Essai - Nos Patriotes vus par une adversaire

Ce portrait de Joseph Papineau daté de 1838 figure parmi les 24 aquarelles de Jane Ellice.
Photo: Source Septentrion Ce portrait de Joseph Papineau daté de 1838 figure parmi les 24 aquarelles de Jane Ellice.

Il n’y a parfois rien comme la vision que les adversaires ont de nous pour nous révéler un recoin occulté de notre psyché collective. Intitulés Dans le sillage des Patriotes. 1838, les journaux intimes de lady Durham et de Jane Ellice, enfin traduits et enrichis de reproductions en couleurs de 24 aquarelles saisissantes de cette dernière, le prouvent. Les deux dames y rient de la servilité canadienne à l’égard du pouvoir colonial anglais qu’elles représentent.

 

Louisa Grey, lady Durham par son mariage avec lord Durham, gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique pendant l’année 1838 et auteur ensuite du fameux rapport sur ces colonies, et Jane Ellice, née Balfour, femme d’Edward Ellice, secrétaire particulier du gouverneur, assistent en juin, avec leurs maris, à une grandiloquente réception de bienvenue chez les Ursulines à Québec. Mais elles sont conscientes qu’au Bas-Canada, à l’inverse des gens en place, les Patriotes se montrent hostiles à l’Angleterre.

 

Présentés l’un par Denis Vaugeois, l’autre par Alain Messier, les journaux de ces dames raffinées, mondaines, friandes d’impressions de voyage et de faits cocasses reflètent surtout les périls politiques. Les observations de la plus jeune, Jane Ellice — elle a environ 24 ans —, sont particulièrement révélatrices.

 

Admiratrice des romans de son compatriote Walter Scott et de ceux de l’Américain James Fenimore Cooper, cette Écossaise exprime, dans son écriture et dans ses aquarelles, la réaction romantique de crainte, mêlée d’étrange sympathie, qu’elle a en scrutant le drame canadien. Accompagnée de son mari, elle rencontre, à Saratoga, dans l’État de New York, Louis-Joseph Papineau, qui s’y est réfugié.

 

Sur ce chef des Patriotes, elle écrit : « De toute évidence, il savait qui nous étions. Il nous a jeté un de ces regards… Un regard d’aigle… expressif, inquisiteur… j’en ai eu des frissons dans le dos, mais ça ne me déplairait pourtant pas de le revoir… » Elle aussi a tout un regard, comme en témoignent les scènes intimistes d’une concrétude hallucinante qu’elle peint : les pièces du manoir de Beauharnois, la région dont son beau-père est seigneur, ou la chambre du presbytère local où des Patriotes la retiennent prisonnière du 4 au 10 novembre 1838.

 

Jane Ellice observe ses geôliers. Leurs armes, des instruments aratoires plus qu’autre chose, leur donnent, malgré des dehors terribles, un air de bonhomie qui leur fait dire : « Nous sommes tous soûls, vous pourriez vous sauver… » Elle les décrit comme « des voyous », mais précise qu’ils sont « des voyous hauts en couleur » !

 

Elle les peint comme elle a peint, au gré de ses déplacements en Amérique, des autochtones et des serviteurs noirs. L’éblouissante quotidienneté des humbles l’attire. Interprète artistique du réformisme whig de lord Durham, Jane Ellice joint à la condescendance qu’elle manifeste quelques miettes d’amour.


Collaborateur

1 commentaire
  • Céline A. Massicotte - Inscrite 15 décembre 2013 14 h 00

    Hélas!

    M. Lapierre, votre critique est trop courte, beaucoup trop courte: à peine ce qu'il faut pour mettre l'eau à la bouche...