Livre - Pallotta della Torre et Marguerite Duras, La passion suspendue

Qu’a-t-on encore à apprendre sur Marguerite Duras, 17 ans après sa mort ? J’étais sceptique devant ces entretiens qu’a accordés l’auteure de L’amant à une journaliste italienne entre 1987 et 1989, et qui étaient demeurés inédits en français jusqu’ici. Pas de grandes révélations, d’accord. Mais passionnant à lire dans l’ensemble. Duras refait en condensé son parcours depuis sa naissance en Indochine, elle parle de l’arrivée de l’écriture dans sa vie comme d’une nécessité, de ses engagements politiques, de son alcoolisme. Elle se livre sans fard, intime, sa parole est libre. Une certaine suffisance dans le ton, oui, parfois. Et quelques égratignures au passage, à l’endroit de l’autre Marguerite (Yourcenar), de Sartre, de Camus, de Sollers, de Barthes… et même de Lacan, qui l’avait pourtant encensée pour Le ravissement de Lol V. Stein. Mais des réflexions solides sur le rôle de la littérature, qu’elle voit comme quelque chose de nécessairement scandaleux, qui jongle avec les interdits. Des remarques éclairantes sur la place, primordiale, de la passion amoureuse dans son œuvre. Et des confidences troublantes, concernant notamment une passion fulgurante, « un amour violent, très érotique », qui lui a donné l’envie de se tuer et qui a changé sa façon de faire de la littérature à partir de la fin des années 1950.