Pour la diversité culturelle et linguistique

Le combat en faveur de la prédominance du français au Québec n'est pas qu'une affaire nationale. Les accords économiques internationaux qui accompagnent le processus de mondialisation mettent en péril presque toutes les langues nationales autres que l'anglais et exigent donc une résistance concertée de la part des partisans de la diversité culturelle et linguistique.

Tel est le message urgent que lance Louise Beaudoin, ex et peut-être future ministre péquiste, dans son Plaidoyer pour la diversité linguistique. «Plusieurs conceptions des mondialisations s'affrontent, écrit-elle. Certains acceptent une vision unipolaire et croient qu'à l'hyperpuissance correspondent tout naturellement une hyperlangue et une hyperculture. D'autres, avec raison, je crois, souhaitent et prévoient l'avènement d'un monde multipolaire, un monde où, notamment, s'exprimeraient de manière relativement équilibrée diverses expressions culturelles dans une multitude de langues.»

La Convention pour la protection et la promotion de la diversité culturelle, adoptée par l'UNESCO en 2005, constitue une première victoire pour les défenseurs de la diversité. En permettant aux «États et gouvernements de soutenir, par des politiques culturelles, leurs industries culturelles», elle justifie, par exemple, le financement du cinéma québécois par les impôts et l'établissement de quotas pour la chanson francophone à la radio. La lutte, toutefois, se poursuit, parce que les États-Unis cherchent pas tous les moyens, dont des accords bilatéraux, à contourner cette entente. La vigilance s'impose donc.

Et cette vigilance passe notamment par un élargissement de la Convention à la diversité linguistique. Comme le fait remarquer Louise Beaudoin, «certains articles de la Charte de la langue française du Québec, la loi 101, par exemple, pourraient un jour être contestés devant l'OMC au nom de la liberté de commerce». Il importe donc «de faire reconnaître sur le plan international le droit des États à protéger, à soutenir et à promouvoir une langue».

À travers le monde, note Louise Beaudoin, «la tendance à l'hégémonie de l'anglais s'intensifie, avec l'accord implicite ou délibéré des pays non anglophones». Dans les instances européennes, l'anglais s'impose de plus en plus comme la langue unique des échanges. Un sursaut est donc plus que jamais nécessaire. «La colonisation linguistique, écrit Beaudoin, n'est pas plus acceptable que d'autres types de colonisation et elle mène au même constat: chute du prestige de sa langue et de l'estime de soi.»

La reconnaissance de la diversité linguistique est même, on l'oublie trop souvent, une condition de la démocratie nationale et internationale. «Soyons clairs, explique Louise Beaudoin dans un clin d'oeil au Bourassa de Charlottetown: négocier dans la langue de l'autre, c'est dès lors lui céder du terrain. À de très rares exceptions près, même au Canada et au Québec, le bilinguisme parfait est exceptionnel [sic]. Ainsi, au motif de l'urgence, au cours d'une réunion de nuit de surcroît, accepter de réfléchir à des résolutions essentielles en anglais, c'est perdre une partie de nos capacités intellectuelles.» Ces choses-là, dans les milieux décisionnels et intellectuels, sont trop rarement reconnues et dites. Louise Beaudoin a le courage de les exposer.

Elle a le courage, aussi, de s'opposer au discours à courte vue selon lequel ce combat pour la diversité serait une marque de frilosité. «La diversité culturelle [et linguistique] n'est pas synonyme de repli, de fermeture, d'enfermement: elle ne couvre pas non plus l'exaltation des identités nationales. Il s'agit, bien au contraire, de la possibilité d'aller vers l'autre, de profiter de l'enrichissement que procure son contact. C'est un éloge de l'altérité. En dernière analyse, c'est la lutte pour que l'ailleurs continue d'exister.» Ce combat politique, aurait-elle pu ajouter, n'est rien de moins qu'un devoir moral.

Au moment d'écrire ce petit livre, Louise Beaudoin ne savait probablement pas qu'elle referait le saut en politique active. Nous permettra-t-on, à nous qui maintenant le savons, de souhaiter qu'elle retrouve son poste de ministre des Relations internationales du gouvernement du Québec? La francophonie, québécoise ou autre, a besoin d'une militante influente comme elle.

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Collaborateur du Devoir

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Plaidoyer pour la diversité linguistique

Louise Beaudoin

Fides

Montréal, 2008, 72 pages

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