Spiritualité - La main de saint Augustin

En novembre 2005, Gérard Depardieu faisait la lecture publique d'extraits des Confessions de saint Augustin à la basilique Notre-Dame. Fait moins connu, il se trouvait en ces lieux à l'instigation de Louis-André Richard, professeur de philosophie au cégep de Sainte-Foy et chargé de cours à la faculté de philosophie de l'Université Laval. Question de prolonger cette rencontre entre le public québécois et Augustin, Louis-André Richard fait paraître un florilège des Confessions. Le livre, en plus de proposer les passages les plus connus de l'oeuvre, offre un texte de présentation pour chacun des extraits et se complète d'une biographie commentée de la vie d'Augustin.

Les Confessions représentent une grande biographie intellectuelle et spirituelle, en plus d'avoir eu une influence déterminante sur la pensée religieuse occidentale. Augustin a écrit l'ouvrage à 43 ans, alors qu'il était évêque d'Hippone. Son but était de scruter son existence pour montrer comment il en était venu à découvrir Dieu. La réflexion sur le péché est particulièrement vivace dans les premiers livres, par exemple dans l'épisode du vol des poires: Augustin était allé en promenade et, passant près d'un verger, il a volé quelques poires. Pourquoi? se demande-t-il. Ces poires n'étaient pas appétissantes et il n'avait même pas faim. Alors? Augustin doit conclure qu'il a fait le mal par pur plaisir, par attrait de l'interdit.

Les derniers livres des Confessions développent de longues réflexions philosophiques, dont celle sur le temps. Le prologue en est cette phrase fameuse, aveu d'ignorance représentant le seuil de toute interrogation philosophique: «Qu'est-ce donc que le temps? Si personne ne m'interroge, je le sais; si je veux répondre à cette question, je l'ignore.» Au fil de ses méditations, Augustin découvre que le temps n'a pas de réalité: il est fait du passé (qui n'est plus), du futur (qui n'est pas encore) et du présent (instant insaisissable). La seule réalité temporelle est l'éternité, qui appartient à Dieu.

Malgré l'intérêt suscité par les propos d'Augustin, on hésite toujours à le suivre totalement. De la même manière que Valéry disait voir partout «la main de Pascal» dans les Pensées et rechigner à se laisser prendre au piège de son argumentation apologétique, on sent toujours dans les Confessions «la main d'Augustin» qui cherche à nous entraîner par cent détours vers le dieu des chrétiens. Cette main tendue sera séduisante pour ceux qui ont engagé une démarche spirituelle, mais elle pourra provoquer de la méfiance chez les autres. Pourtant, il ne faudrait pas, pour si peu, passer outre une oeuvre aussi fondamentale, avec laquelle ce florilège offre un contact stimulant.

Collaborateur du Devoir

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Augustin, florilège des Confessions

Texte établi, présenté et commenté par Louis-André Richard

Presses de l'Université Laval

Québec, 2007, 146 pages