Roman québécois - Vagues à l'âme

De l'onde de choc de la naissance, en passant par la valse des amours heureuses ou malheureuses, du début à la fin, chaque vie humaine est une tectonique complexe faite de collisions qu'on bénit ou qu'on regrette. D'éloignements imperceptibles, d'oubli et de rares plages de bonheur tranquille.

Troisième roman de Maxime Mongeon, Magnitude 9,0 campe un drame en quatre actes sur fond de catastrophe naturelle appréhendée. À sa source? Le tsunami du 26 décembre 2004 qui déferlait sur les côtes de l'Indonésie, de la Thaïlande, de l'Inde, provoqué par un séisme sous-marin d'une magnitude de 9,0 sur l'échelle de Richter. Ses 300 000 victimes. Les multiples coïncidences et les tragédies intimes que cet événement permet.

Une seconde d'achèvement (Leméac, 2001), son premier roman, proposait un questionnement sensible sur l'amour et le désir, des paysages de Thaïlande, une alternance de voix qui cherchaient à comprendre quelque chose à ce qui leur arrivait. Avec Petite (2004), dans lequel le lecteur accompagnait l'errance urbaine d'une adolescente voulant s'affranchir de l'enfance, Maxime Mongeon, écrivain né à Montréal en 1966, adoptait une structure plus simple, qui allait droit au coeur.

Magnitude 9,0 se présente sous la forme d'un contrepoint narratif plus complexe. Un écrivain québécois vieillissant, installé à Cuba avec femme et enfant, réfléchit à sa vie et à son oeuvre. «Mes romans n'ont été qu'un discours complexifié par des certitudes changeantes et des aveuglements passagers, par le battement sourd de mes désirs...» Son fils de 36 ans, à la dérive dans les bas-fonds de Bangkok («mon calvaire», dira-t-il), voudrait recommencer sa vie, retourner sur les terrains de jeu de son enfance, renouer avec son père. Au même instant, à Vancouver, un jeune adulte questionne — sans trop vraiment s'en rendre compte — ses désirs et son orientation sexuelle.

Êtres solitaires et introspectifs, un peu égarés dans le tourbillon de leur existence, les personnages de Maxime Mongeon semblent prisonniers de leurs angoisses, de leurs souvenirs ou de leurs illusions. D'abord très marquées (Bangkok, La Havane, Vancouver), les frontières entre les lieux et les différents personnages s'estompent peu à peu. Émotions et réflexions passent d'un personnage à l'autre comme à travers autant de vases communicants, poussés une immense lame de fond qui viendrait balayer le roman jusqu'au mot «fin».

À ranger toutefois au tableau des faiblesses: les voix des personnages qui n'apparaissent pas assez distinctes. Cet écrasement de la narration, auquel s'ajoute la complexité relative de la structure du roman, malmène forcément un peu l'intérêt du lecteur. Les phrases s'engluent parfois dans une introspection un peu lourde qui s'emploie à cerner et à expliquer plutôt qu'à montrer. Un roman sensible et ambitieux, mais dont la voix s'égare un peu.

Collaborateur du Devoir

MAGNITUDE 9,0

Maxime Mongeon, Leméac, Montréal, 2006, 176 pages