Roman québécois - La confusion des sentiments

Critique d’art depuis de nombreuses années, notamment à titre de collaborateur au Devoir, René Viau signe, avec Hôtel-motel Les Goélands, son premier roman.
Photo: Pascal Ratthé Critique d’art depuis de nombreuses années, notamment à titre de collaborateur au Devoir, René Viau signe, avec Hôtel-motel Les Goélands, son premier roman.

Un couple débarque à Sandy Beach, un «trou perdu» qui fait face au fleuve, quelque part en bordure de la route 138, sur la Côte-Nord à la fin des années 70. Cet endroit, près duquel un avion s'est écrasé en 1957, sert de décor à un huis clos qui échoue à l'hôtel-motel Les Goélands. «Comme dans une toile de Hopper, une tonalité nocturne enveloppe l'enseigne au néon d'un motel avec, devant, l'auréole jaunie des pompes à essence.»

Ils forment un couple étrange et semblent séparés par une cloison invisible. Lui, Jim, Jean-Yves Marleau pour les intimes, fonctionnaire fédéral entre deux contrats. Au mitan de sa vie, il traîne un amour déçu, un immobilisme atavique, des tonnes de souvenirs et de regrets liés à Venise, Paris, Bamako ou Montréal. Elle, Vera, est une journaliste franco-italienne en rupture de ban, plus ou moins sous l'effet permanent des tranquillisants ou des somnifères. Jim aime Alice, qui aime Mathieu, tandis que Vera aime Fabio, qui croupit dans une prison italienne en attendant d'être jugé pour complicité dans un assassinat politique. Là-bas, presque au bout du monde, la jeune femme sera rattrapée par son militantisme dans l'Italie des années de plomb. Leur mémoire s'ensable, le temps paraît suspendu, des souvenirs meurtris volent autour d'eux avec une insistance tenace.

À travers le silence qui les enveloppe s'esquissera entre Jim et Vera un certain rapprochement. Comme deux naufragés de la vie, ils vont s'accrocher l'un à l'autre. «Elle est une carte géographique qu'il scrute. Jim cherche sur ce corps les écheveaux de veines dessinant des signes sous sa peau, les points nodaux où il pourra explorer avec lenteur la zone exacte où se rencontre dans l'oasis blanc son delta. Il aimerait dessiner de nouveaux diagrammes, emprunter des circuits inconnus. Elle est une clairière. Un lac. Une contrée avec ses rivages, ses contours. Labyrinthe.»

Critique d'art depuis de nombreuses années, notamment à titre de collaborateur au Devoir, René Viau est l'auteur de livres consacrés aux peintres Jean Dallaire et Jean-Paul Riopelle. Imprégné du monde des arts visuels, Hôtel-motel Les Goélands est un premier roman à l'écriture dense, parfois aussi un peu confuse, mais hyper attentive aux contours des êtres et des choses.

Collaborateur du Devoir

HÔTEL-MOTEL

LES GOÉLANDS

René Viau, Leméac, Montréal, 2006, 187 pages