Le Prix Nobel José Saramago se porte à la défense de Günter Grass

Madrid — L'écrivain portugais José Saramago, détenteur comme Günter Grass du prix Nobel de littérature, prenait sa défense hier dans un entretien au quotidien espagnol El País après la révélation de son passé chez les Waffen-SS, qualifiant ses détracteurs d'«hypocrites».

José Saramago raconte avoir d'abord été «perplexe», en apprenant la nouvelle: «Je n'aurais jamais pensé qu'il ait pu être dans les Waffen-SS, et encore moins comme volontaire», confie-t-il au journal.

Mais il ajoute aussi avoir été «surpris par la violence des réactions».

«Il avait 17 ans. Et le reste de sa vie, il ne compte pas?», interroge José Saramago.

«Je pense que la réaction qu'il y a eu a été hypocrite, de la part de beaucoup de gens qui ne sondent pas leur propre conscience.»

«Beaucoup de personnes veulent trouver des pieds d'argile aux personnalités influentes [...] et j'estime que l'insinuation selon laquelle Grass l'a dit pour des raisons de promotion de son livre est infâme et indigne», ajoute l'auteur d'une trentaine de livres dont L'Aveuglement, La Caverne, ou Le Dieu manchot.

Prévue pour début septembre, la parution de l'autobiographie-confession de Günter Grass avait été avancée vu l'ampleur du scandale.

Beim Häuten der Zwiebel (En épluchant les oignons), tiré à 150 000 exemplaires, est déjà pratiquement épuisée.

Au soir de sa vie, celui qui fut si prompt à dénoncer dans l'Allemagne d'après-guerre toute trace de connivence avec le nazisme crève l'abcès en y révélant qu'il fut lui aussi à 17 ans membre du corps d'élite des nazis.

José Saramago, qui vit à Lanzarote, la plus orientale des îles Canaries, vient lui aussi d'achever un livre de mémoires sur son enfance, Les Petites Mémoires (traduction en français du titre espagnol de cette oeuvre non encore publiée).

José Saramago, 83 ans, avait obtenu le prix Nobel de littérature un an avant Günter Grass, en 1998.