Quand changer pour une voiture électrique ?

Sur l’ensemble de leur cycle de vie, les voitures électriques génèrent en moyenne 80% moins d’émissions de GES
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Sur l’ensemble de leur cycle de vie, les voitures électriques génèrent en moyenne 80% moins d’émissions de GES

Ce texte est tiré du « Courrier de la planète » du 7 juin 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

La transition vers les véhicules électriques est bien enclenchée. À l’échelle de la société québécoise, une date est fixée pour y arriver : 2035. Mais à l’échelle individuelle, bien des automobilistes s’interrogent sur la date de leur « électrification ».

Éric Vandal, un lecteur du Courrier de la planète, souhaite justement passer à l’électrique pour sa prochaine voiture. Il conduit actuellement une Pontiac Vibe 2010 munie d’un moteur de 1,8 litre. Mais quelle option est préférable pour l’environnement : changer tout de suite ou bien attendre ?

D’abord, il est utile de se référer à des analyses de cycle de vie comparant les voitures électriques à celles, traditionnelles, disposant d’un moteur thermique. Ces études prennent tout en compte, de l’extraction des ressources nécessaires à la fabrication au recyclage des véhicules en fin de vie, en passant par leur utilisation.

Un constat y revient toujours : en début de vie, les véhicules électriques ont une empreinte carbone plus élevée que les véhicules traditionnels. La différence incombe aux matériaux contenus dans les moteurs et les batteries électriques, comme le lithium, dont l’extraction est gourmande en énergie. Le retard « carbone » est ensuite rattrapé au fil des kilomètres parcourus.

Prenons un exemple particulier pour illustrer l’écart en matière d’émissions imputables à la fabrication : à la sortie de l’usine, un Modèle 3 de Tesla (électrique) cumule déjà 12 tonnes de CO2, par rapport à 7 tonnes pour un Toyota RAV4 (traditionnel), selon une analyse de l’Université de Toronto.

« Point d’équivalence »

Pour l’ensemble de son cycle de vie, cependant, une voiture alimentée par de l’électricité renouvelable — comme c’est le cas au Québec — affiche une empreinte carbone environ 80 % moins élevée qu’une voiture traditionnelle, selon une étude publiée en 2021 par l’organisme américain International Council on Clean Transportation (ICCT).

Le « point d’équivalence », où les véhicules traditionnels et électriques ont la même empreinte carbone, dépend étroitement des modèles comparés. Toutefois, selon une étude québécoise réalisée en 2016 par le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) portant sur quelques modèles représentatifs, il s’établissait à 32 000 km.

« Un véhicule électrique neuf est intéressant quand on fait beaucoup de kilométrage, parce que l’on compense rapidement les émissions associées à la production du véhicule, explique Andréanne Brazeau, une analyste en mobilité chez Équiterre. Et aussi par le fait que le vieux véhicule va sûrement se retrouver dans les mains d’une personne qui roule moins, et donc que le véhicule va également émettre moins. »

Si M. Vandal veut arriver au meilleur choix pour la planète, il doit également considérer le contexte de rareté observé actuellement sur le marché des véhicules électriques. Les consommateurs doivent attendre plusieurs mois, voire plus d’un an, tant la demande est forte.

Le propriétaire d’un véhicule peu énergivore peut donc le conserver un peu plus longtemps en sachant que d’autres automobilistes, au volant de véhicules qui consomment beaucoup, pourront davantage réduire leurs émissions en achetant un véhicule zéro émission à sa place — si ces derniers choisissent d’effectivement acheter électrique…

« Quand on a un véhicule, c’est sûr que c’est mieux d’étirer sa durée de vie le plus longtemps possible », conseille de manière générale Mme Brazeau. À l’occasion d’un remplacement, elle propose aussi aux automobilistes de prendre un moment pour évaluer leurs réels besoins en matière de transport et de favoriser les petits modèles.

Une réponse vouée à changer

Évidemment, les véhicules ne nuisent pas à l’environnement qu’en matière de climat : ils contribuent aussi à l’exploitation des milieux naturels, à la création de déchets, à la pollution atmosphérique, etc.

Selon l’analyse de cycle de vie du CIRAIG — qui se penchait aussi sur d’autres aspects que les émissions de GES —, les véhicules électriques sont moins délétères pour l’environnement dans toutes les catégories, sauf en matière d’épuisement des ressources minérales, où ils font un peu moins bien que les véhicules traditionnels.

Tout compte fait, la réponse à la question de M. Vandal serait peut-être de patienter un peu avant d’acheter un véhicule électrique, à moins qu’il fasse particulièrement beaucoup de kilométrage.

Cette réponse pourrait néanmoins changer dans les prochaines années : l’ICCT prévoit que la production de batteries sera 20 % moins intensive en carbone en 2030. Elle évalue aussi que le recyclage des batteries pourrait « significativement » réduire les émissions associées. De quoi faire indéniablement pencher la balance d’un côté.



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