Arracher de l’asphalte pour rafraîchir l’atmosphère

En 2021, Marion Le Bloa et sa famille ont « déminéralisé » la cour arrière de leur plex du quartier Rosemont, à Montréal
Marion Le Bloa En 2021, Marion Le Bloa et sa famille ont « déminéralisé » la cour arrière de leur plex du quartier Rosemont, à Montréal

Ce texte est tiré du « Courrier de la planète » du 17 mai 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

L’an dernier, la case de stationnement au fond de la cour de Marion Le Bloa brillait par son inutilité. Elle et son conjoint, qui habitent le quartier Rosemont, à Montréal, avaient vendu leur voiture deux ans plus tôt. Ils décidèrent donc de remplacer cet espace asphalté par un peu de verdure.

« On est un peu passés pour des fous ! » raconte maintenant Mme Le Bloa. Car même dans les quartiers les plus denses de la métropole où il est tout à fait possible de vivre sans voiture, les stationnements personnels demeurent recherchés. Et s’en débarrasser paraît incongru.

Et pourtant : l’asphalte et le béton contribuent à la formation d’îlots de chaleur urbains. Quand le soleil plombe, on dénote plusieurs degrés d’écart entre les surfaces végétales et celles qui sont minéralisées. À l’intérieur d’une ville, on peut mesurer des différences s’approchant de 10 °C entre différents quartiers plus ou moins verts.

La différence incombe à la couleur noire de l’asphalte, qui absorbe beaucoup plus de chaleur que les surfaces claires. Elle tient aussi à la capacité supérieure des matériaux minéraux à emmagasiner la chaleur.

Ainsi, quand les surfaces d’asphalte et de béton ne sont pas absolument nécessaires, aussi bien s’en libérer. Les bénéfices se font ressentir sur place, pour les gens qui occupent l’espace, et à l’échelle du quartier, qui devient un peu plus frais.

Invitation à agir

Mme Le Bloa et les membres de sa famille ont été surpris par la simplicité du verdissement de leur case de stationnement donnant sur la ruelle au fond de leur cour. Très rapidement, ils ont réalisé que de grosses galettes d’asphalte s’arrachaient presque toutes seules. « On a embauché les enfants de la ruelle », rigole la maman de deux rejetons de 8 et 11 ans.

Ils ont ensuite engagé — pour vrai, cette fois — un ouvrier qui est venu, avec un petit tracteur, retirer 60 cm de gravier. De la terre et de la tourbe ont ensuite été appliquées sur la surface. À terme, la famille veut planter des arbres pour rendre ce coin de leur cour encore plus verdissant.

La « complexification » des espaces verts, avec des herbes non entretenues ou des arbustes, bonifierait d’ailleurs son effet climatiseur par rapport au gazon, selon une étude montréalaise parue en 2018. Évidemment, ces espaces plus complexes sont aussi des écosystèmes plus accueillants pour la faune et la flore locales.

De manière générale, la déminéralisation permet également de favoriser l’absorption d’eau de pluie par le sol. Cette eau « consomme » ensuite de la chaleur fournie par le soleil en s’évaporant, ce qui rafraîchit l’ambiance. Elle abreuve aussi les arbres, dont l’évapotranspiration produit le même effet refroidissant.

Pour inciter les citoyens, les entreprises, les organismes et les municipalités à troquer le bitume pour les boutures, le Centre d’écologie urbaine de Montréal a lancé récemment une nouvelle campagne de sensibilisation au sujet de la déminéralisation. Son site Web propose des conseils pour ceux qui veulent tenter l’expérience.

Quant à Mme Le Bloa, dont « les enfants vivent dans la ruelle », elle estime que le verdissement de la totalité de sa cour améliorera la qualité de vie de sa famille. « On verra maintenant si d’autres résidents du quartier vont suivre », dit-elle.

Même dans les scénarios climatiques optimistes, Montréal comptera trois fois plus de journées par année où le mercure dépassera les 30 °C à partir de 2050, par rapport à la fin du XXe siècle.

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