Des écologistes poursuivent le ministre Steven Guilbeault pour son feu vert à Bay du Nord

Rodger Bosch Agence France-Presse

Deux groupes écologistes poursuivent en justice le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, en raison de son approbation du mégaprojet pétrolier Bay du Nord. Ils affirment que l’exploitation de 300 millions de barils de pétrole en milieu marin va à l’encontre des obligations climatiques du Canada à l’échelle internationale.

Ecojustice, au nom d’Équiterre et de la Fondation Sierra Club Canada, a déposé la poursuite contre le ministre Guilbeault en Cour fédérale. Selon ces groupes de défense de l’environnement, le feu vert donné au projet de la pétrolière norvégienne Equinor contrevient à « l’appel pressant à réduire les émissions mondiales, alors que la réalité de l’urgence climatique devient de plus en plus alarmante à chaque événement météorologique ».

Équiterre (cofondé par Steven Guilbeault) et ses alliés contestent notamment « la rhétorique de l’industrie et des gouvernements » selon laquelle le projet sera éventuellement « carboneutre ». Cette affirmation, rappellent-ils, ne tient pas compte de l’utilisation du pétrole qui sera exploité au large des côtes de Terre-Neuve. Concrètement, l’utilisation de ce pétrole pourrait émettre 116 millions de tonnes de gaz à effet de serre.

« Une menace » envers la lutte contre les GES

« Le feu vert donné à Bay du Nord aura pour conséquence de retarder la transition et de verrouiller le développement économique des collectivités de Terre-Neuve-et-Labrador dans l’exploitation des hydrocarbures », a fait valoir Colleen Thorpe, directrice générale d’Équiterre.

« Cette décision fait fi des avertissements des scientifiques et ne cadre ni avec nos obligations [nationales] et internationales ni avec notre devoir moral vis-à-vis des générations présentes et futures. Ce projet représente une menace pour nos écosystèmes marins et nos objectifs de réduction des émissions de GES », ajoute-t-elle.

Réagissant à cette action en justice, le cabinet de Steven Guilbeault a assuré que le projet a été soumis à un processus environnemental rigoureux avant d’être autorisé. « L’Agence indépendante d’évaluation d’impacts a réalisé une évaluation environnementale sur Bay du Nord. Ce projet doit atteindre la carboneutralité [en] 2050, en plus de 137 autres mesures de protection de l’environnement juridiquement contraignantes », a expliqué son bureau par écrit.

Le gouvernement Trudeau estime en outre que l’exploitation de ce pétrole en milieu marin est cohérente avec la stratégie climatique fédérale. « Bay du Nord sera soumis à des conditions environnementales parmi les plus rigoureuses de l’histoire du Canada et présentera une intensité d’émissions cinq fois moindre que la moyenne des projets pétroliers et gaziers au Canada. Ce projet s’aligne également sur l’ambitieux plan de réduction des émissions de notre gouvernement, qui vise à réduire la pollution. »

Écosystèmes marins

 

Equinor détient des permis d’exploration dans une zone située à 470 kilomètres au large des côtes de Terre-Neuve. C’est dans cette zone, où les fonds marins se situent à plus de 1000 mètres de profondeur, qu’elle souhaite forer jusqu’à 60 puits d’exploitation tout en poursuivant ses forages exploratoires. Selon les évaluations de l’entreprise, plus de 300 millions de barils de pétrole pourraient y être extraits d’ici 2058.

Le projet d’Equinor se situe dans une « zone d’importance écologique et biologique de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique », mais aussi dans des « écosystèmes marins vulnérables », selon ce qu’on peut lire dans le rapport final de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC).

Les forages seront aussi menés non loin d’habitats essentiels reconnus d’espèces menacées, de refuges d’oiseaux et d’un important « refuge marin » mis en place par le gouvernement Trudeau pour atteindre ses objectifs de protection des océans.

Cette région maritime est par ailleurs reconnue comme un habitat important pour plusieurs espèces de poissons exploitées commercialement, 14 espèces d’oiseaux en péril, ainsi qu’une quinzaine d’espèces de mammifères marins particulièrement sensibles à la pollution sonore sous-marine. Equinor prévoit d’y faire des levés sismiques.

En ce qui a trait aux risques de déversement pétrolier en mer, le rapport de l’AEIC juge que ceux-ci sont minimes. Le document mentionne aussi qu’en cas d’« éruption » pétrolière hors de contrôle, un « système de coiffage » pourrait devoir être installé à la tête du puits d’exploitation. Mais le déploiement de ce système prendrait « de 18 à 36 jours », puisque cet équipement doit être transporté depuis la Norvège ou le Brésil.

Pourquoi le gouvernement fédéral n’a-t-il pas exigé qu’un « système de coiffage » soit disponible au Canada — à Terre-Neuve, par exemple ? « Disposer d’un système d’équipement de coiffage dans l’est du Canada est peu susceptible de réduire le temps global d’installation, étant donné que le site doit être préparé, indépendamment du lieu où l’équipement de coiffage est acquis », explique au Devoir le cabinet du ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault.

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