Une autre baleine remonte jusqu’à Montréal

Pour la deuxième fois en deux ans, une baleine égarée a nagé jusqu’à Montréal, pour se retrouver exactement dans le même secteur du fleuve Saint-Laurent. Cette fois, il s’agit d’un petit rorqual, une espèce fréquemment observée dans l’estuaire. L’animal, qui se trouve à plus de 450 kilomètres de son habitat naturel, pourrait bien être condamné.

Ce cétacé au corps fuselé et au dos sombre est une espèce de baleine à fanons qui peut mesurer environ neuf à dix mètres à l’âge adulte. Celui qui a d’abord été observé dimanche, avant d’être revu à plusieurs reprises lundi durant toute la journée, serait toutefois vraisemblablement un individu juvénile.

Il pourrait donc s’agir d’un animal âgé de quelques mois à peine, mesurant environ trois mètres. Le petit rorqual mesure tout de même plus de 2,50 mètres à la naissance, pour un poids avoisinant les 450 kg. À l’âge adulte, son poids peut atteindre les 10 tonnes.

Ce jeune petit rorqual, qui arrive à Montréal deux ans à peine après une jeune femelle baleine à bosse, a passé toute la journée de lundi à nager entre l’île Sainte-Hélène et l’île Notre-Dame, près de la passerelle du Cosmos, non loin de la Biosphère. C’est exactement là que la baleine à bosse, observée il y a deux ans, avait été vue pour la dernière fois, avant d’être retrouvée morte en aval, dans la voie maritime.

Comme la nouvelle de sa présence a rapidement été diffusée sur les réseaux sociaux, plusieurs curieux, mais aussi des représentants de plusieurs médias, se sont rendus sur place. La sécurité du parc Jean-Drapeau a d’ailleurs dû bloquer l’accès au pont en fin de journée, en raison de la présence de curieux.

Les commentaires recueillis sur place se résumaient essentiellement à des questions : « Qu’est-ce que ce petit rorqual fait là ? Que peut-on faire pour le sauver ? Peut-il retourner chez lui seul ? » Autant de questions qui demeurent sans réponse, comme pour le cas de la baleine à bosse observée en 2020.

Loin de chez lui

 

Comme l’animal nageait face à un fort courant depuis plus de 24 heures, cette situation pourrait à terme l’épuiser, selon le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, Robert Michaud. « Ce sont des animaux moins puissants et qui ont moins de réserves que les baleines à bosse, comme celle qui s’est rendue à Montréal en 2020. »

L’animal, qui venait respirer à la surface toutes les trois à cinq minutes, serait toutefois en bonne condition physique, selon les premières images analysées par les scientifiques. Ils ne sont pas en mesure d’indiquer si ce cétacé serait capable de s’alimenter dans le secteur. Cette baleine, qui vit normalement en eau salée, se nourrit principalement de capelans et de harengs, des espèces qu’on ne trouve pas dans les eaux du fleuve dans le secteur de Montréal.

Pour le moment, aucune intervention n’est prévue pour tenter de capturer ou d’effaroucher cet animal. Une telle opération n’a d’ailleurs jamais été tentée au Québec pour un animal de cette taille qui nage librement.

Pour espérer regagner son habitat naturel, soit l’estuaire du Saint-Laurent, ce petit rorqual devrait faire demi-tour et redescendre la voie maritime sur plus de 450 kilomètres. L’espèce y est en effet très fréquemment observée en été, notamment dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Le petit rorqual n’est d’ailleurs pas une espèce en péril, puisqu’elle compterait plusieurs centaines de milliers d’individus à l’échelle de la planète.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le petit rorqual juvénile a passé toute la journée de lundi à nager entre l’île Sainte- Hélène et l’île Notre-Dame, là où la baleine à bosse observée il y a deux ans avait été vue pour la dernière fois avant d’être retrouvée morte.

C’est la deuxième fois en moins de deux ans qu’un cétacé de grande taille se retrouve dans la région de Montréal. En mai 2020, une jeune baleine à bosse femelle de 10 mètres avait passé plus d’une semaine dans le secteur. Elle avait attiré chaque jour des centaines de curieux, venus l’observer près du quai de l’Horloge. Ils avaient notamment pu la voir effectuer des dizaines de sauts spectaculaires hors de l’eau.

Cette baleine à bosse, qui avait causé tout un émoi à Montréal, était finalement morte des suites d’un « événement soudain », selon le rapport de la nécropsie du cétacé. Même si la piste d’une collision avec un navire dans la voie maritime du Saint-Laurent demeure très plausible, les scientifiques qui ont analysé le cas n’ont pas pu confirmer cette hypothèse.



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