ArcelorMittal se tourne vers l’hydrogène

La chaîne de finition du laminoir de l’entreprise à Longueuil
Photo: Capture d'écran ArcelorMittal La chaîne de finition du laminoir de l’entreprise à Longueuil

Le géant de l’acier ArcelorMittal veut délaisser le gaz naturel à son aciérie de Contrecœur au profit de l’hydrogène vert. L’entreprise a entamé des démarches pour que Québec s’engage à rendre disponible l’électricité nécessaire au développement de la filière, ce qui selon elle faciliterait la production d’un des aciers « les moins polluants de la planète ».

La multinationale enregistrée au Luxembourg n’a pas voulu commenter les démarches ni détailler ses ambitions dans l’hydrogène, se contentant de dire qu’elle devrait faire des annonces à ce sujet dans les prochains jours.

Or, la multinationale s’est par ailleurs enregistrée dans le registre des lobbyistes au cours des derniers jours, a constaté Le Devoir. Elle y décrit une série de démarches visant à accélérer une transition énergétique de ses activités au Québec. Elle écrit vouloir délaisser « une quantité importante de gaz naturels » pour de l’hydrogène vert à son aciérie de Contrecœur. L’usine transforme les billettes — grâce à de hautes températures fournies par du gaz naturel — en d’autres produits.

Positionnement stratégique

 

Pour faire ce virage, la multinationale, qui emploie près de 170 000 personnes à travers le monde, veut obtenir l’appui financier du gouvernement du Québec. Cette aide permettrait de réaliser les études techniques nécessaires pour s’approvisionner en hydrogène.

En parallèle, l’entreprise demande l’élaboration, par le gouvernement Legault, d’une stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui prendrait en compte l’empreinte environnementale de la fabrication des matériaux de construction.

Ce texte est publié via notre Pôle environnement.

Lors d’achats et d’appels d’offres, le gouvernement devrait, selon ArcelorMittal, choisir les produits « dont la fabrication permet de réduire son empreinte carbone » et « pénalis[er] les produits dont le processus de fabrication alourdit l’empreinte carbone », cela « même si le coût est supérieur ».

« Cela pourrait faciliter l’approvisionnement en acier à faible empreinte carbone ou d’autres matériaux carboneutres », est-il écrit.

ArcelorMittal a déjà entamé un virage vers l’hydrogène vert outre-Atlantique. Sa division européenne annonçait en 2020 une stratégie qui s’articule autour de l’hydrogène vert. Celle-ci devrait lui permettre de réduire de 30 % ses émissions de CO2 d’ici 2030 et d’atteindre son objectif de carboneutralité en 2050.

Depuis, les annonces se sont multipliées. L’entreprise a signé une entente avec Air Liquide en mars 2021 pour décarboner les activités du sidérurgiste à Dunkerque, en France, misant à la fois sur l’hydrogène et le captage de carbone. Il a été impossible de confirmer ou infirmer si une autre entente était envisagée avec Air Liquide, propriétaire d’une usine d’hydrogène à Bécancour.

En septembre, ArcelorMittal a également reçu un financement de l’État allemand de 55 millions d’euros (75 millions de dollars canadiens) pour une aciérie de démonstration à Hambourg qui devrait utiliser de l’hydrogène vert produit à partir d’électricité provenant de parcs éoliens. Cette usine est actuellement alimentée par de l’hydrogène gris produit à partir de gaz naturel.

Et au Canada ? Le gouvernement de l’Ontario a quant à lui injecté 500 millions de dollars en février dans un projet — estimé à 1,8 milliard de dollars — pour produire de « l’acier durable » à l’usine d’Hamilton. Pour ce faire, ArcelorMittal compte remplacer par de l’hydrogène le charbon et le coke qui alimentent ses fours et hauts fourneaux. Cela permettra de réduire les émissions annuelles de GES de trois millions de tonnes, soit l’équivalent d’environ un million de voitures en circulation, estime le gouvernement ontarien.

Stratégie québécoise

 

Le gouvernement du Québec dévoilera sa stratégie sur l’hydrogène vert et les bioénergies dans les prochaines semaines. Celle-ci doit définir « les grandes orientations afin de faire du Québec un chef de file mondial en la matière ».

Dans son Plan pour une économie verte 2030, publié en novembre 2020, le gouvernement soutient vouloir se positionner comme un « leader dans la production » d’hydrogène vert et les bioénergies : « Le développement de la filière de l’hydrogène vert demandera d’importants investissements du secteur privé. Le gouvernement devra rassurer les investisseurs en créant un contexte économique stable et prévisible. »



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