Le site d'enfouissement de Lachenaie veut traiter plus de résidus

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le dépotoir de Lachenaie, exploité par Complexe Enviro Connexions, dans le secteur de Lachenaie, à Terrebonne

Le propriétaire du site d’enfouissement de Lachenaie à Terrebonne, Complexe Enviro Connexions, a entamé des démarches auprès de Québec pour recevoir plus de matières résiduelles en raison de l’augmentation de la quantité de déchets générés par la reprise économique. La filiale de la multinationale Waste Connexions a par ailleurs payé près de 60 millions de dollars pour acheter des terrains adjacents à son site et mettra sous peu la main sur 35 hectares de terres en zone agricole.

Complexe Enviro Connexions (CEC) s’est enregistré en mars dernier au registre des lobbyistes du Québec pour pouvoir assurer « la gestion de tonnes supplémentaires de matières résiduelles ». L’année 2021 « a entraîné la génération de volumes [de résidus] sans précédent et inattendus » à cause de la pandémie et de la reprise économique, peut-on y lire.

La filiale canadienne de multinationale texane Waste Connexions a refusé les demandes d’entrevue du Devoir pour commenter davantage cette démarche.

Environ 95 % de ce que reçoit le site de Lachenaie, surnommé par certains « la poubelle de la communauté métropolitaine de Montréal », provient des 82 municipalités de la CMM. À moins d’agrandissement, le complexe ne devrait plus avoir les capacités autorisées pour recevoir de nouveaux déchets dès 2029.

Or, au cours des dernières années, le CEC a injecté des dizaines de millions pour étendre discrètement sa présence sur le bord de l’autoroute 640. Le Devoir a recensé cinq transactions totalisant 59,6 millions de dollars depuis juillet 2020. Les terrains acquis sont voisins du site d’enfouissement.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

L’entreprise a, entre autres, mis la main sur la Sablière Thouin ainsi que les terres appartenant à la famille qui en est propriétaire. « Ces terrains feront partie d’un processus de transformation pour le développement d’infrastructures vertes afin de répondre aux demandes actuelles et futures de la société », s’est contenté d’écrire l’entreprise dans un courriel.

Cette dernière exclut-elle d’y agrandir son site d’enfouissement dans les prochaines décennies ? CEC a refusé de répondre à cette question. Elle affirme que « sous réserve d’autorisation gouvernementale » le site actuel pourrait « être exploité pendant 30 années supplémentaires ».

À noter : CEC a vendu cet automne une partie des terrains nouvellement acquis à la Ville de Terrebonne pour 14,7 millions de dollars. La transaction permettra à la municipalité d’y construire un parc industriel.

Cette valse de transactions ne surprend pas Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets : « On ne peut pas affirmer avec certitude que c’est pour un agrandissement, mais on peut le présumer » à cause des sommes dépensées et de la superficie des terrains.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Pour CEC, M. Ménard y perçoit une stratégie visant à se positionner en vue des prochaines années : « Les grandes entreprises comme Waste Connexions achètent des terrains près de leur site, à gauche et à droite. Même si c’est morcelé, ils essaient de reconstituer le casse-tête au fil des ans. Et lorsque la capacité [d’un site] est atteinte, l’urgence fait qu’ils arrivent avec une solution : celle d’agrandir. »

Il est toujours plus facile d’obtenir les autorisations pour agrandir un site en activité plutôt que d’en construire un nouveau, observe-t-il : « Le gouvernement ne considère pas un agrandissement comme un nouveau site. Nous, on considère plutôt que c’est un nouveau site qui est développé à côté d’un ancien. »

En marge de ces acquisitions, CEC a reçu, dans les derniers mois, les autorisations de la Commission de la protection des terres agricoles pour mettre la main sur deux terres en zone agricole totalisant 35 hectares, l’équivalent de la superficie du parc Jarry à Montréal.

Transaction à Mascouche

Ces terrains appartiennent à la Ville de Mascouche depuis 2019. Ils sont situés à 1,5 kilomètre de son complexe de Lachenaie. La transaction devrait avoir lieu dans les prochains mois.

Le maire de Mascouche, Guillaume Tremblay, affirme qu’aucune activité d’enfouissement ou de valorisation de matières résiduelles ne se déroulera dans sa ville : « Une partie du zonage est agricole et une partie est reconnue comme étant dans les boisés métropolitains. Ce serait interdit au sens de la loi québécoise. »

L’entente de cession de terrains entre la ville et CEC avait pour but de contrer le développement projeté de l’Aéroport des Moulins il y a quelques années. Non seulement la municipalité ne voulait pas de cet aéroport, mais la présence d’oiseaux attirés par le site d’enfouissement aurait rendu la cohabitation difficile. « On a eu une entente avec eux [CEC] pour qu’on puisse dire [aux promoteurs de l’aéroport] “prenez vos cliques et vos claques et allez vous installer ailleurs”. »

« Il n’y aura aucune installation pour traiter les matières résiduelles, car il s’agit d’une zone de conservation en plus d’une zone agricole », affirme CEC, qui n’a pas voulu détailler ce qu’elle compte développer sur ce site.

Le Devoir a obtenu une entente qu’elle a conclue avec Ferme Oli. Celle-ci stipule que ce producteur agricole de Repentigny pourra se servir d’une partie des terres de CEC sans payer de loyer. En contrepartie, il devra utiliser les matières résiduelles fertilisantes provenant du complexe de Lachenaie. À̀ plus long terme, CEC projette d’y construire des serres qui pourraient utiliser du biogaz produit par son complexe environnemental.

Ce texte est publié via notre Pôle environnement.



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