Des sites d’enfouissement sur le point de déborder

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Depuis 2020, le gouvernement du Québec a autorisé par décret des agrandissements de trois lieux d’enfouissement technique: ceux de Sainte-Sophie et de Drummondville, que gère Waste Management, ainsi que celui de Lachenaie (sur la photo), qui appartient à la filiale canadienne de Waste Connexions.

Chaque année, plus de 8,3 millions de tonnes de matières résiduelles finissent dans les sites d’enfouissement de la province. À ce rythme, 9 des 38 lieux d’enfouissement technique en exploitation au Québec devraient atteindre leur capacité maximale autorisée d’ici 2030, selon des données du BAPE. Des voix appellent à revoir les façons de faire pour réduire la quantité de matières enfouies.

« En gérant par ultimatum, on se retrouve toujours à prendre des décisions rapidement, par décret et qui, au final, favorisent l’agrandissement des sites », dénonce Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

Depuis 2020, le gouvernement du Québec a autorisé par décret des agrandissements de trois lieux d’enfouissement technique : ceux de Sainte-Sophie et de Drummondville, que gère Waste Management, ainsi que celui de Lachenaie, qui appartient à la filiale canadienne de Waste Connexions.

C’est quand même très choquant de voir la quantité de matières qui est jetée et le type de matière

L’une des solutions pour freiner les agrandissements passerait par une plus grande transparence des activités qui s’y déroulent, selon M. Ménard. Il cite l’exemple de la quantité des matériaux de recouvrement qui fausse la donne, selon lui.

Constitués de sols propres et contaminés, de sable, de verre et de résidus de déchiquetage, les matériaux de recouvrement servent quotidiennement à recouvrir les déchets ultimes qui sont enfouis.

Or, non seulement ces matériaux ne sont pas assujettis aux redevances que récolte le Québec chaque fois que des résidus sont éliminés, mais ils ne sont pas comptabilisés dans les tonnages annuels autorisés pour les lieux d’enfouissement, fait-il remarquer : « Pourtant leur quantité a augmenté dans les dernières années. »

La quantité de matériaux de recouvrement a en effet bondi de 25 % entre 2008 et 2019, et représente près de 45 % de ce qui se trouve dans les sites, selon les récentes estimations d’Équiterre. « Donc lorsqu’on prend ces matériaux en considération, il y a dans les faits plus de matières qui finissent dans les sites d’enfouissement qu’il y en avait il y a dix ans », note Amélie Côté, analyste en réduction à la source chez Équiterre.

« Et c’est quand même très choquant de voir la quantité de matières qui est jetée et le type de matière », observe-t-elle. Elle cite l’exemple des 292 000 tonnes de textiles, des 1,5 million de tonnes de matières organiques et les 215 000 tonnes d’encombrants — comme les meubles — enfouies chaque année.

Ces produits devraient être détournés des sites. Il faut « sortir de ce système du prêt-à-jeter » et étendre la responsabilité non pas seulement aux consommateurs, mais aux industries, dit-elle : « Essentiellement, 60 % des matières enfouies viennent des industries, des commerces et de la construction. Donc, il y a beaucoup à faire sur ce plan. »

Pour ce faire, il est impératif d’augmenter les coûts d’enfouissement, selon elle : « En ce moment, ça ne coûte pas assez cher de jeter. Le problème reste entier si c’est moins cher d’éliminer que de réduire à la source ou de réemployer, de recycler ou de composter. »

Du côté de l’industrie

Directeur général du Conseil des entreprises en technologies environnementales, Richard Mimeau, est bien au fait de ce qui se déroule dans l’industrie : « C’est vrai que la capacité [d’enfouissement] des sites est plus grande que ce qui est autorisé à l’heure actuelle. »

Il défend toutefois les entreprises du secteur qui traitent les matières résiduelles, soutenant qu’elles font plus partie de la solution que du problème : « Ces entreprises-là s’occupent des déchets des citoyens, pas de leurs déchets à elles. Nos membres font tout pour récupérer, mais les déchets ultimes, il va en rester, et il faut les enfouir comme il faut. »

Il ajoute : « Et oui, ce sont des multinationales comme Waste Management, Waste Connexions [propriétaire de Complexe Enviro Connexions] ou EBI. Mais il n’y a pas une municipalité qui, par exemple, récupère les biogaz comme elles le font parce qu’elles ont les moyens financiers d’investir dans ces technologies et de le faire correctement. »

Une meilleure compréhension de ce qui se déroule « dans ces complexes environnementaux » permettrait certainement d’établir des orientations plus efficaces pour le traitement des matières résiduelles. « Parce que c’est une industrie complexe », dit-il, citant l’exemple de la volonté de « sortir les matières organiques des sites » d’enfouissement.

« Dans les faits, les matières organiques sont nécessaires à la décomposition. Si on enlève totalement les matières organiques, on ne va se retrouver qu’avec du solide. C’est un exemple parmi d’autres de ce qui doit être considéré. »

Ce texte est publié via notre Pôle environnement.



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