Des fondations veulent mieux subventionner l’action climatique

Raphaëlle Ritchot
Collaboration spéciale
En plus de verser des subventions sur la question de la transition écologique à des organismes de bienfaisance, les fondations peuvent aussi adopter une politique d’investissements responsables.
Illustration: Romain Lasser En plus de verser des subventions sur la question de la transition écologique à des organismes de bienfaisance, les fondations peuvent aussi adopter une politique d’investissements responsables.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Si, traditionnellement, les fondations subventionnaires n’ont pas toujours eu un intérêt pour la question climatique, de plus en plus d’entre elles cherchent des façons de s’impliquer pour l’environnement, selon des experts du milieu.

« Je dirais que c’est facilement moins de 5 % des dons philanthropiques au Canada qui vont à la question environnementale. Il y a donc un gros rattrapage à faire », explique d’entrée de jeu le président-directeur général de la Fondation du Grand Montréal, Karel Mayrand, qui a auparavant travaillé à la Fondation David Suzuki.

Si ce dernier a amené sa sensibilité pour l’environnement à la Fondation du Grand Montréal, il croit que les fondations seront de plus en plus amenées à collaborer et même à partager leur savoir-faire.

« Il y a d’autres fondations philanthropiques montréalaises qui veulent faire quelque chose sur le climat et l’environnement à Montréal. Nous avons réuni ces fondations ensemble autour d’une même table pour faire en sorte que les fondations qui ont plus d’expérience sur la question puissent échanger avec celles qui ont beaucoup d’intérêt, mais qui ne savent pas nécessairement par quel bout prendre cet enjeu. Présentement, il y a facilement une demi-douzaine de fondations philanthropiques à Montréal qui cherchent des façons concrètes de s’impliquer en transition écologique et pour le climat. C’est vraiment en train de débloquer », indique-t-il.

Une opinion que partage le directeur général de la Fondation familiale Trottier, Éric St-Pierre, qui invite les fondations, même celles dont le but principal n’est pas l’environnement, à s’ouvrir à cet enjeu.

« Je voudrais que les fondations trouvent des façons d’inclure le climat dans leurs objectifs, que ce soit avec les subventions qu’elles offrent ou leur dotation en faisant des investissements écoresponsables », précise-t-il.

Des placements écoresponsables

 

En plus de verser des subventions sur la question de la transition écologique à des organismes de bienfaisance, une autre façon d’investir dans le climat pour les fondations est de placer leur dotation pour qu’elle travaille pour l’environnement, et non contre celui-ci.

« Par exemple, à la Fondation du Grand Montréal, notre actif est de 420 millions de dollars, alors qu’on verse peut-être 16 à 20 millions de dollars de subventions par année. Quand on dit 420 millions, il faut réfléchir à la façon dont cet argent est investi. Nous avons donc adopté l’automne dernier une politique d’investissements responsables. En gros, nous avons pris l’engagement, pour l’ensemble de nos actifs, de nous mettre sur une trajectoire conforme avec l’Accord de Paris », détaille M. Mayrand.

Présentement, il y a facilement une demi-douzaine de fondations philanthropiques à Montréal qui cherchent des façons concrètes de s’impliquer en transition écologique et sur le climat. C’est vraiment en train de débloquer.

 

En plus de travailler de concert sur les questions climatiques, ce genre d’initiatives a attiré plusieurs nouveaux placements à la Fondation du Grand Montréal.

De son côté, la Fondation familiale Trottier a décidé depuis 2015-2016 d’éliminer tous les investissements qui touchaient aux énergies fossiles : « depuis, nous n’avons plus d’actifs dans le charbon, le gaz naturel et le pétrole », indique M. St-Pierre.

Besoins actuels

 

Pour être en mesure de donner plus aux questions climatiques, le milieu philanthropique réclame aussi des changements dans les règles afin que les organismes souhaitant être reconnus par l’Agence du revenu du Canada puissent le faire plus facilement.

« Les organismes environnementaux sont plus jeunes, et c’est souvent une barrière. Il y a des initiatives que l’on voudrait financer, mais on n’y arrive pas parce que la loi [Loi sur l’impôt sur le revenu en lien avec les donations] nous oblige à financer uniquement des organismes qualifiés par l’Agence de revenu Canada », explique M. Mayrand.

Il estime qu’au moment où la loi a été écrite, l’environnement n’a pas été inclus, car ce n’était pas un enjeu à l’époque et que, comme ce domaine est indirectement inclus dans la loi, cela fait en sorte qu’il est « peut-être plus difficile » pour ces organismes d’obtenir leur statut.

Karel Mayrand mentionne également le besoin de financer des activités de plaidoyer.

 

« On a aussi besoin de jouer avec la fiscalité et la réglementation, un peu comme cela s’est fait avec la question du tabagisme à l’époque, et, souvent, le milieu philanthropique va financer des recherches, mais ne va pas vouloir financer d’activités de plaidoyer, résume-t-il. Et sans celles-ci, les lois ne changent pas et, si les lois ne changent pas, on n’atteint pas les objectifs environnementaux. »

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