Des exemples de bâtiments inspirants pour leur efficacité énergétique

Guillaume Roy
Collaboration spéciale, Unpointcinq.ca
Le Plan pour une économie verte 2030 du Québec vise à diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre issues du chauffage des bâtiments. 
Photo: iStock Le Plan pour une économie verte 2030 du Québec vise à diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre issues du chauffage des bâtiments. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Immobilier

D’ici 2030, le Plan pour une économie verte du gouvernement du Québec vise à diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre (GES) issues du chauffage des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels. À quoi ressembleront les bâtiments du futur ?

Un hôpital en meilleure santé

 

À Montréal-Nord, l’hôpital Marie-Clarac a subi toute une transformation en 2019 avec l’aide d’Énergère, une entreprise qui offre des projets clés en main en efficacité énergétique. Celle-ci a déniché des subventions de 1,5 million pour mettre en œuvre les travaux nécessaires tout en garantissant à l’établissement des économies annuelles de 242 000 $ sur sa facture énergétique.

Comment ? En éliminant notamment l’utilisation de la vapeur produite au moyen de gaz naturel qui servait auparavant au chauffage de l’eau de la buanderie et du bâtiment. Désormais, c’est seulement le gaz naturel qui sert au chauffage et à la climatisation, ce qui diminue la consommation d’énergie au final. De plus, d’importants travaux ont optimisé la ventilation, la climatisation et le système de traitement de l’air. Un système de récupération d’énergie, qui comprend une boucle d’eau glacée servant à la climatisation, a été mis en place. Ces mesures ont permis à l’hôpital de réduire ses émissions de GES de 70 %, soit de 1100 tonnes d’équivalent CO2 (t éq. CO2) par an (à peu près les émissions annuelles de 115 Québécois), sans changer la source d’énergie. D’autre part, les travaux ont aussi permis à l’établissement de réduire sa consommation d’eau de 16 900 m3 par an, soit l’équivalent de 4,5 piscines olympiques !

Un parc immobilier inspirant

 

Depuis quelques années, Desjardins joue un rôle de chef de file dans le développement durable et la lutte contre les changements climatiques. Cinq des dix immeubles de son parc immobilier à Lévis ont réussi à réduire leurs émissions de GES de 5 % à 65 % en un an.

Desjardins investit annuellement 6 millions dans un programme de maintien des actifs, ce qui lui permet d’améliorer au passage l’efficacité énergétique de ses bâtiments. Concrètement, cela a permis entre 2017 et 2019 l’élimination de 29 % de ses émissions annuelles, soit 98 t éq. CO2, ce qui correspond à l’impact sur le climat de 980 vols aller-retour entre Montréal et Toronto.

« Comme nous utilisons l’hydroélectricité comme source d’énergie principale, les réductions en matière d’émissions de GES sont moins spectaculaires que si nous utilisions encore les combustibles fossiles et que nous n’avions pas fait tous les efforts réalisés ces dernières années », remarque Michel Beaulieu, conseiller principal de la division Gestion immobilière à Groupe immobilier Desjardins.

Par exemple, des systèmes de géothermie et de récupération de chaleur ont été mis en place pour réduire la consommation énergétique. Ces systèmes emmagasinent la chaleur (ou la fraîcheur) provenant de l’air ou de l’eau à l’intérieur d’un bâtiment pour la réutiliser comme source d’énergie. Ce serait comme récupérer l’eau chaude qui coule de votre douche pour réchauffer les tuyaux d’alimentation de votre chauffe-eau. Dans certains cas, l’enveloppe extérieure du bâtiment a été refaite en utilisant des matériaux plus isolants et on a installé des fenêtres plus performantes. Et tous les immeubles sont en voie d’être illuminés avec des lampes à DEL !

Réduire les GES clés en main

 

C’est aussi un projet en efficacité énergétique clés en main, cette fois piloté par l’entreprise montréalaise Krome Services, qui a permis au 3333, rue Jean-Talon Ouest à Montréal, un immeuble résidentiel, de réduire ses émissions de GES de 453 t éq. CO2 par année (soit 24 allers-retours en voiture entre Montréal et Vancouver), et de faire fondre sa facture énergétique de 54 %.

Encore une fois, c’est un système de récupération de chaleur au gaz naturel qui a permis d’optimiser le chauffage du bâtiment, la ventilation et le système d’eau chaude. Des contrôles automatisés du chauffage et de la climatisation permettent aussi de maximiser l’efficacité énergétique.

« Les économies générées permettront de rembourser l’investissement de près de 1 million en trois ans », lance fièrement Antoine Colney, directeur de la conception à Krome Services, une entreprise fondée en 2016. « On suivra le projet de A à Z en effectuant un suivi très serré de la consommation d’énergie de l’immeuble pendant 10 ans, dit-il. Si les économies promises ne sont pas atteintes, nous prendrons des mesures correctives et réinvestirons au besoin. En effet, si on n’atteint pas les objectifs promis au client, on doit payer de notre poche, mais ce n’est jamais arrivé. »

Récupérer l’énergie

Le Groupe Mach, un géant de l’immobilier commercial au Québec, travaille à réduire ses dépenses énergétiques et son empreinte carbone. Et ses efforts portent leurs fruits dans son bâtiment commercial situé au 319 de la rue Franquet, à Québec. En plus de nombreux bureaux, le bâtiment abrite des locaux industriels et un laboratoire dont certaines activités avaient pour effet de surchauffer ou de trop refroidir des pièces par moments. Autrement dit, il y avait des pertes d’énergie.

La solution ? Récupérer l’énergie perdue et la réinjecter dans le chauffage et le système d’eau chaude. On en a profité pour optimiser les systèmes de ventilation, et la chaudière au gaz naturel a été remplacée par un système fonctionnant à l’hydroélectricité. Ces changements ont réduit les émissions de GES de 835 t éq. CO2 par an (à peu près 185 tours de la Terre en avion), ce qui représente plus de 80 % des émissions du bâtiment. Les économies sur la facture énergétique se chiffrent à 180 000 $ par an et on prévoit récupérer le capital investi en trois ans, d’après Antoine Colney, qui supervise aussi ce projet chez Krome Services.


 

Une première version de ce texte a été publiée le 16 mars 2021 sur unpointcinq.ca

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