Les défis de la transition vers une économie circulaire

Caroline Rodgers
Collaboration spéciale
«Jusqu’à tout récemment, il n’y avait pas d’incitatifs économiques importants à privilégier la circularité et notamment à réutiliser les matériaux qui fonctionnent encore dans un objet usagé.»
Illustration: Romain Lasser «Jusqu’à tout récemment, il n’y avait pas d’incitatifs économiques importants à privilégier la circularité et notamment à réutiliser les matériaux qui fonctionnent encore dans un objet usagé.»

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 20 ans du CIRAIG

Depuis l’ère industrielle, il s’avère souvent plus rentable de jeter nos vieux produits et d’extraire de nouvelles ressources pour en produire d’autres que de les réparer ou de les recycler. Le principe d’économie circulaire va à l’encontre de cette tendance, mais ne se révèle pas nécessairement facile à implanter à grande échelle.

« L’économie circulaire consiste à tirer le maximum des matières premières que l’on extrait, en travaillant en boucle fermée et en prolongeant le plus possible la durée de vie de nos objets et des matériaux », explique Guillaume Majeau-Bettez, professeur adjoint au Département de génie chimique de Polytechnique et membre de deux chaires de recherche au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG).

« Jusqu’à tout récemment, il n’y avait pas d’incitatifs économiques importants à privilégier la circularité et notamment à réutiliser les matériaux qui fonctionnent encore dans un objet usagé. Dernièrement, on a cependant commencé à s’intéresser davantage à l’économie circulaire, pour des raisons qui sont tout autant environnementales, économiques et stratégiques que géopolitiques. L’accès aux ressources, comme les terres rares que l’on utilise pour fabriquer des puces électroniques, n’est pas toujours facile par exemple. »

Dans un téléphone cellulaire, il y a environ la moitié des éléments du tableau périodique

 

Jusqu’à présent, la majorité de nos efforts pour lutter contre les changements climatiques s’est concentrée du côté du système énergétique : centrales au charbon, combustibles fossiles et transports. L’extraction de matière pour la production est la prochaine étape de nos efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais de nombreux obstacles entravent la réutilisation et le recyclage des matériaux.

« La complexité de la composition de nos produits en est un, avance Guillaume Majeau-Bettez. Dans un téléphone cellulaire, il y a environ la moitié des éléments du tableau périodique. De nombreux métaux se retrouvent en infime quantité dans une multitude de produits, ce qui fait en sorte qu’il n’est pas rentable d’aller les chercher pour les réutiliser. Il faut développer des procédés de tri et de recyclage plus avancés pour que ce soit efficace. »

La difficulté de bien recycler

 

Un simple bac de recyclage contenant différentes matières constitue plusieurs défis et un casse-tête pour les municipalités.

« Elles reçoivent de la matière recyclable et compostable, mais doivent trouver les solutions optimales pour les valoriser. Il est difficile d’aller chercher de la valeur pour recycler du plastique souillé ou du verre de différentes couleurs, pour arriver à de la matière recyclable de bonne qualité. Il y a un défi pour s’assurer que la matière qu’on va chercher peut se substituer à la matière primaire. Si on obtient de la matière secondaire de basse qualité, on va pouvoir l’utiliser, mais elle ne remplacera pas nécessairement la matière vierge. On se retrouve avec des débouchés restreints pour la matière recyclée. Par exemple, l’acier qu’on va chercher en recyclant des voitures est contaminé avec du cuivre. Cela veut dire qu’on ne peut pas l’utiliser pour faire d’autres voitures. »

L’économie circulaire implique par ailleurs de mieux utiliser les produits dès le début de leur vie, notamment par l’économie de partage de véhicules ou encore d’outils. Un phénomène encore trop marginal. Il faudra aussi lutter contre l’obsolescence programmée de nombreux objets de consommation courants, et changer nos habitudes.

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