Une baleine noire, nouvelle maman et empêtrée

La femelle Snow Cone a toujours un câble d'engin de pêche pris dans la bouche.
Photo: NOAA permit 20556 La femelle Snow Cone a toujours un câble d'engin de pêche pris dans la bouche.

La saison des naissances vient de débuter pour les baleines noires de l’Atlantique Nord, une espèce au seuil de l’extinction qui fréquente de plus en plus les eaux du golfe du Saint-Laurent et qui fait l’objet de mesures de protection sans précédent ici et aux États-Unis. Malgré cela, le déclin de la population s’est accéléré depuis quelques années.

La femelle nommée « Snow Cone », âgée de 16 ans, symbolise bien ces jours-ci les principaux enjeux de survie auxquels sont confrontées les baleines noires : les collisions avec les navires et les empêtrements dans des engins de pêche. Elle vient de donner naissance près des côtes de l’État américain de la Géorgie. L’an dernier, elle avait aussi eu un baleineau, mais celui-ci a été mortellement frappé et mutilé par une hélice de bateau, près des côtes du New Jersey.

Snow Cone est aussi connue des chercheurs canadiens, notamment parce qu’elle a été vue l’été dernier dans le golfe du Saint-Laurent, empêtrée dans un engin de pêche. Malgré des tentatives pour la libérer, elle est repartie avec des cordages pris dans sa bouche. Selon les informations diffusées vendredi l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), elle est d’ailleurs toujours en partie empêtrée.

Peu de naissances

La naissance du baleineau de Snow Cone est la deuxième rapportée cette année pour cette espèce qui ne compte plus que 336 individus, selon des données publiées en octobre. Dans ce contexte, chaque nouveau baleineau est une bonne nouvelle pour les scientifiques américains et canadiens qui étudient cette population reconnue pour vivre près des côtes. Les femelles baleines noires donnent habituellement naissance à leur baleineau entre fin novembre et début mars, essentiellement au large des côtes des États de la Géorgie et de la Floride.

Crédit : Georgia DNR/ NOAA permit 20556

Selon le North Atlantic Right Whale Consortium (NARWC), le taux de reproduction a toutefois nettement reculé au cours des dernières années, si bien que « les faibles naissances chaque année ont éliminé la capacité de la population à croître et faire face à la mortalité causée par les humains ».

L’an dernier, 17 baleineaux ont vu le jour, mais deux sont rapidement décédés. Pour la saison des naissances 2019-2020, les experts avaient recensé une dizaine de baleineaux. Ce chiffre se situait sous la moyenne des dernières années, exception faite de la saison 2017-2018, au cours de laquelle aucun baleineau n’avait vu le jour. Sur la période 2007-2017, la moyenne annuelle était de 18 baleineaux, avec des pointes à 22 en 2013, 22 en 2011 et 39 en 2009.

« Beaucoup de femelles peuvent être incapables d’accumuler assez de graisse pour réussir à tomber enceintes ou mener une grossesse à terme en raison de possibles réductions de la disponibilité de la nourriture et d’un effort accru pour trouver de la nourriture », selon le NARWC.

Les chercheurs du New England Aquarium estiment pour leur part qu’il est possible, dans certains cas, que des femelles qui ont subi un empêtrement dans des engins de pêche ne soient pas en mesure de se reproduire, en raison des répercussions importantes sur leur condition physique. Plus de 80 % des adultes de l’espèce portent des marques d’empêtrements.

Les efforts des dernières décennies avaient pourtant démontré qu’il était possible de faire croître la population. On ne comptait que 275 individus au début des années 1990. Mais grâce à des mesures de protection importantes mises en place dans les eaux américaines, dont des modifications des routes de navigation, des règles pour la pêche commerciale ainsi qu’un système de surveillance, la population avait atteint 500 individus en 2010.

Mortalités records

En plus du faible taux de natalité, les baleines noires ont subi des mortalités records au cours des dernières années. En 2017, pas moins de 17 individus adultes ont été retrouvés morts, dont 12 dans les eaux canadiennes. Un total de 10 baleines noires sont mortes en 2019, dont une femelle qui s’était empêtrée à au moins quatre reprises en 15 ans.

Cette année, le gouvernement canadien n’a toutefois recensé aucune mortalité dans le Saint-Laurent, dans le cadre des opérations de surveillance sans précédent qui sont menées depuis 2018 pour protéger ces cétacés.

Ces mesures de protection, qui comprennent des limites de vitesse aux navires et la fermeture de zones de pêche, sont essentielles pour protéger l’accès à un marché américain vital pour les pêcheurs, et notamment pour le crabe des neiges et le homard. Il existe en effet une législation aux États-Unis qui permet au pays de « bannir les importations » des produits de la pêche si l’industrie met en péril les mammifères marins.

Tout indique d’ailleurs que les baleines noires sont de plus en plus nombreuses à fréquenter le golfe du Saint-Laurent, du printemps à l’automne, après avoir en bonne partie déserté des zones comme la baie de Fundy. Ce phénomène pourrait être lié au réchauffement climatique, qui modifie la distribution de la nourriture.

Selon une nouvelle étude pilotée par des scientifiques du Canada et des États-Unis, le golfe du Saint-Laurent constitue désormais « un habitat important » pour plus de 40 % de toute la population des baleines noires de l’Atlantique Nord.

Une baleine «urbaine»

La baleine noire peut atteindre une taille de 18 mètres, pour un poids de plus de 60 tonnes. Chaque individu est reconnaissable aux taches blanches uniques qu’il porte sur la tête, appelées callosités. Il s’agit d’une espèce qui se nourrit essentiellement de copépodes, de petits crustacés qu’elle filtre à l’aide de ses fanons.
 

La baleine noire est parfois qualifiée de « baleine urbaine », puisqu’elle vit près des côtes, notamment lors de la période de mise bas, au large des États américains de la Géorgie et de la Floride. Cela la rend particulièrement vulnérable aux collisions avec les navires et aux empêtrements dans les engins de pêche.
 

La baleine noire, appelée Right Whale en anglais, a été décimée par des siècles de chasse commerciale. Elle était une cible privilégiée pour les baleiniers, puisqu’elle flotte une fois morte et qu’elle fournit une bonne quantité de graisse, cette matière qui était fondue pour produire de l’huile.



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