Le patron de Rogers se repent et s’explique

Tony Staffieri, président et chef de la direction de Rogers, a expliqué lundi le déroulement de la journée catastrophique du 8 juillet, fournissant plus de détails sur les événements.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Tony Staffieri, président et chef de la direction de Rogers, a expliqué lundi le déroulement de la journée catastrophique du 8 juillet, fournissant plus de détails sur les événements.

Le grand patron de Rogers a dit lundi regretter de ne pas avoir tenu informé le premier ministre du Québec, François Legault, quand une panne majeure a paralysé le réseau de l’entreprise le 8 juillet dernier. Il a aussi donné plus de détails sur les causes du problème.

« Nous n’avons pas notifié le premier ministre du Québec également, et en rétrospective, je le regrette. Je suis déçu que nous n’ayons pas tenté de le rejoindre plus tôt », a indiqué Tony Staffieri, président et chef de la direction de Rogers. Il répondait alors à une question du député conservateur Bernard Généreux lors d’une audience spéciale du Comité permanent de l’industrie et de la technologie, lundi, au parlement d’Ottawa.

M. Staffieri y a expliqué le déroulement de la journée catastrophique du 8 juillet, fournissant aux élus un peu plus de détails sur les événements.

Ce matin-là, 12 millions de clients des réseaux cellulaire et Internet de Rogers ont vu leur accès coupé, certains d’entre eux pour plus d’une journée. Des citoyens se sont trouvés incapables de joindre le 911 et il n’était plus possible d’utiliser le système de paiement Interac au pays, entre autres conséquences.

Problème technique

 

Le grand patron du géant des télécommunications s’est excusé auprès des gens touchés par la panne. Il a expliqué qu’une défaillance du système est survenue après l’installation d’une mise à jour sur le réseau central. Étant donné la complexité du réseau, « comprendre ce qui a causé la panne a pris quelque temps », a-t-il expliqué.

Une fois l’erreur repérée, des délais supplémentaires ont été nécessaires pour reconnecter les usagers au réseau. Il a notamment été nécessaire de déconnecter physiquement une pièce d’équipement fautive. Selon le grand patron de Rogers, la manoeuvre avait été mise à l’essai sans problème à cinq reprises.

« On avait des procédures en place pour s’assurer que le 911 et les appels d’urgence changent à un autre opérateur. Pour des raisons techniques très spécifiques, ce transfert automatique ne s’est pas produit », a-t-il aussi indiqué, réfutant qu’il pourrait s’agir d’une décision d’affaires.

Tony Staffieri dit avoir averti les autorités fédérales de la panne vers midi, le 8 juillet. Il n’est entré en contact avec les provinces que plus tard en soirée, selon sa version des faits.

Il promet maintenant de séparer les services centraux du téléphone et d’Internet, au coût de 250 millions de dollars. Il a aussi annoncé des investissements de 10 milliards pour renforcer le réseau. En guise de compensation pour cette panne, tous les clients de Rogers recevront automatiquement un crédit de cinq jours sur leur facture.

Le p.-d.g. de Rogers a essuyé plusieurs questions des élus du comité sur sa tentative d’acquisition de son compétiteur Shaw, une transaction qui est actuellement à l’étape de la médiation avec le commissaire de la concurrence du Canada. Plusieurs députés ont exprimé des craintes selon lesquelles le réseau pourrait être fragilisé par une baisse de la concurrence. « C’est une question d’échelle, a soutenu M. Staffieri. C’est nécessaire pour faire des investissements qu’aucune des deux compagnies n’est prête à faire seule, comme de brancher les communautés rurales et autochtones. »

Enquêtes

 

Le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, a également témoigné en comité parlementaire lundi. Le ministre a raconté comment il a parlé aux dirigeants de Rogers depuis Tokyo, où il se trouvait au moment de la panne.

Le ministre a souligné que le problème a été causé par une seule compagnie, mais il dit être prêt à examiner les conclusions de l’enquête du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) en cours — et celles du comité — pour savoir si la loi doit être renforcée. Il n’a pas dit s’il bloquerait une éventuelle acquisition de Shaw par Rogers, mais a précisé qu’il empêcherait le transfert de toutes les licences du premier vers le second.

Entre-temps, il a insisté sur le fait qu’il a exigé auprès des grandes compagnies de télécommunication un accord sur l’itinérance d’urgence entre les compagnies, l’assistance mutuelle pendant les pannes et un protocole pour mieux informer le public et les autorités pendant les situations problématiques.

Le ministre Champagne avait donné 60 jours à Rogers, Bell, Telus et Vidéotron, notamment, pour s’entendre. Il leur reste maintenant 45 jours.

Le CRTC a reçu vendredi le rapport détaillant le problème qu’il avait demandé à Rogers. Ses experts sont en train de l’analyser pour déterminer les prochaines étapes, qui pourraient inclure des changements dans la réglementation des entreprises de télécommunication.

Devant les élus, son premier dirigeant, Ian Scott, a indiqué que le régulateur a comme pouvoir d’émettre des amendes à Rogers si l’entreprise n’obéit pas à ses consignes. Pour l’instant, elle « a été très collaborative », a-t-il attesté.

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