Comment la réalité virtuelle influera-t-elle sur nos vies?

Pour être une réelle menace, l’IA devrait probablement acquérir en premier lieu une forme physique, chose qui semble tout à fait réaliste dans le contexte d’un film de science-fiction, mais qui paraît très peu probable dans la vraie vie.
Getty Images / iStock Pour être une réelle menace, l’IA devrait probablement acquérir en premier lieu une forme physique, chose qui semble tout à fait réaliste dans le contexte d’un film de science-fiction, mais qui paraît très peu probable dans la vraie vie.

Ce texte est tiré du Courrier de l'économie du 4 juillet 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Comment la réalité virtuelle influera-t-elle sur nos vies ? Devons-nous craindre l’intelligence artificielle qui arrive très bientôt comme dans le film Terminator ? Cette (double) question de Marcel-Nicolas Murillo tombe à point. Un ingénieur de Google vient d’être temporairement suspendu pour violation de la confidentialité après avoir diffusé sur Internet un constat qui a effectivement un petit relent de science-fiction : il s’est dit persuadé que le logiciel qu’il a aidé à mettre au point est « sentient » . La sentience est cette faculté d’un être vivant de pouvoir ressentir des émotions, de la douleur, etc. Le chercheur de Google va jusqu’à comparer la capacité de son logiciel à réfléchir de façon autonome à celle d’« un enfant de 7 ou 8 ans ».

L’intelligence artificielle (IA) en question, appelée LaMDA (pour « Language Model for Dialogue Applications ») « comprend les lois de la physique » et serait capable d’« échapper au contrôle » de ses programmeurs, redoute Blake Lemoine. En entrevue avec des médias américains à la fin juin, l’ingénieur américain est allé un peu plus loin en admettant que l’IA de Google « pourrait faire des choses malveillantes », alléguant par là que, laissée à elle-même, cette IA pourrait menacer l’humanité.

Naturellement, pour être une réelle menace, l’IA devrait probablement acquérir en premier lieu une forme physique, chose qui semble tout à fait réaliste dans le contexte d’un film de science-fiction, mais qui paraît très peu probable dans la vraie vie. Une IA capable de discuter aussi naturellement qu’un enfant de 7 ans n’est pas pour autant un pirate informatique et n’a probablement pas la faculté de contrôler des systèmes matériels qui vont au-delà des simples réseaux informatiques.

Il faut dire toutefois que les environnements de réalité virtuelle sont justement cela : des réseaux informatiques. Ils se présentent sous une forme visuelle et sonore qui trompe l’oeil et dans laquelle un logiciel peut effectivement adopter une forme physique. Le bien ou le mal que cet avatar pourra bien faire aux humains demeure donc tout à fait relatif puisqu’il ne sera jamais plus que virtuel… à moins que ne se développent des interfaces homme-machine qui permettent de faire fonctionner à distance du matériel bel et bien physique.

De façon plus large, il existe des secteurs d’activité où une IA mal intentionnée ou maladroite pourrait faire de véritables dégâts. Pensons au monde de la propriété intellectuelle. Il est déjà possible de confier à des logiciels le mandat de créer de nouveaux logiciels de toutes pièces. D’autres peuvent rédiger des poèmes ou des chansons aussi finement que le plus fin des chansonniers. D’autres encore sont capables de produire des textes plus longs et plus étoffés que s’ils étaient auteurs ou journalistes.

Ces systèmes ont été créés à partir de bouts de code ayant eux-mêmes été créés par d’autres. Puis, ils consultent des dizaines, sinon des milliers de textes, d’articles et de publications, desquels ils s’inspirent ensuite pour leurs propres créations. La question que se posent tant les technologues que les avocats est la suivante : à qui appartiennent toutes ces créations ? Les lois sur la propriété intellectuelle sont complètement dépassées par la situation.

Après tout, l’IA n’est peut-être pas encore aussi consciente et autonome qu’on aimerait l’imaginer (si à tout hasard on aime imaginer des scénarios catastrophe…), mais elle est déjà suffisamment développée pour influer sur le monde humain. Et répondre immédiatement à cette influence, cela va sans dire, préviendra probablement les dérapages où, en effet, une intelligence artificielle voudra prendre le contrôle sinon de l’humanité tout entière, au moins d’un environnement virtuel où les humains voudront cohabiter avec elle.

À voir en vidéo