Le plan d’Ottawa pour désengorger les aéroports ne décolle pas

L’aéroport Montréal-Trudeau est désormais à peu près aussi achalandé que pendant les meilleures années d’avant la pandémie.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne L’aéroport Montréal-Trudeau est désormais à peu près aussi achalandé que pendant les meilleures années d’avant la pandémie.

Au moins, l’attente n’a plus lieu dans un sous-sol suffoquant. Mais les nombreuses rénovations des dernières années n’empêchent pas les voyageurs arrivant à l’aéroport Montréal-Trudeau de devoir attendre parfois des heures avant de pouvoir rentrer au pays, puisque le problème est plutôt le manque de personnel. La situation pourrait empirer si elle n’est pas bien prise en compte par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), craint le Syndicat des douanes et de l’immigration.

Aux premières loges pour témoigner des délais d’attente prolongés subis par les voyageurs entrant au Canada ces derniers jours, le syndicat des douaniers critique les « demi-mesures mal planifiées » contenues dans le Plan d’action 2022 de l’ASFC pour améliorer la fluidité aux frontières durant la période estivale. L’organisme calcule qu’il manque présentement entre 1000 et 3000 agents, à l’aube d’une période des vacances qui s’annonce à peu près aussi achalandée que durant les meilleures années d’avant la pandémie.

Signe que l’achalandage à l’aéroport international de Montréal a fortement repris depuis son plancher pandémique, le trafic de passagers embarqués et débarqués en avril dernier était équivalent à 72 % de l’achalandage d’avril 2019, selon les données les plus à jour d’Aéroports de Montréal (ADM).

« Pour le mois de mai, nous pouvons estimer une récupération à près de 80 % du trafic de passagers de 2019 », précise Eric Forest, porte-parole d’ADM. « Nous prévoyons que ces chiffres auront également augmenté pour le mois juin », ajoute-t-il.

Des mesures insuffisantes

« Nous craignons que les mesures proposées par l’Agence [des services frontaliers] aient pour seul effet d’incommoder davantage les voyageurs et de compromettre la sécurité aux frontières », a déclaré par communiqué lundi le président national du Syndicat des douanes et de l’immigration, Mark Weber. « Le ministre [fédéral de la Sécurité publique], Marco Mendicino, et l’ASFC doivent sans tarder augmenter le nombre d’agentes et d’agents afin d’éviter que les services offerts aux voyageurs ne soient réduits davantage. »

Le syndicat déplore du fait même l’imposition de mesures de travail plus strictes aux agents déjà employés par l’agence fédérale, une stratégie à court terme qui, selon lui, ne corrigera pas durablement la situation. Le Plan d’action, observe le syndicat, est un ensemble « de demi-mesures mal planifiées », telles que les heures supplémentaires obligatoires, la prolongation des affectations et le refus catégorique de congés discrétionnaires.

Résultat : les voyageurs canadiens et étrangers qui rentrent au pays devront prendre leur mal en patience cet été, et peut-être durant les quelques autres saisons suivantes. « À l’heure où la population canadienne recommence à voyager, l’ASFC est mal équipée pour composer avec l’augmentation du flux de voyageurs aux frontières, et le gouvernement n’est pas prêt à rectifier le tir », estime Mark Weber. « Si le gouvernement tient vraiment à éliminer les longs délais d’attente pour les années à venir, il doit embaucher d’autres d’agents. »

Des modèles fiables

 

De son côté, l’Agence des services frontaliers du Canada se rabat sur ses analyses et sur ses prévisions de l’achalandage et dit être capable de déployer des ressources au bon endroit au bon moment. Cette approche « a bien servi les agents frontaliers au cours des étés précédents, le service aux voyageurs étant efficacement équilibré avec nos responsabilités en matière de sécurité et de sûreté », explique-t-elle dans un courriel au Devoir.

L’agence dit avoir conscience de la hausse de l’achalandage aux postes frontaliers et aux aéroports ces dernières semaines et promet donc d’ajouter des ressources à mesure que ce sera nécessaire. Elle cite en exemple l’ajout de kiosques dans les principaux aéroports du pays et la mise en service d’agents frontaliers étudiants pour aider à accueillir davantage de voyageurs.

De son côté, le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, dit être ouvert aux suggestions du syndicat des douaniers pour aider à répondre à la hausse du trafic de voyageurs entrant au pays. « Le ministre Mendicino apprécie les idées soulevées par le Syndicat des douanes et de l’immigration et [les rencontrera] dans un avenir très proche », a affirmé au Devoir son attachée de presse Audrey Champoux.

« Nous partageons l’objectif de veiller à ce que tous les Canadiens puissent voyager cet été sans tracas ni retards indus et que les agents de l’ASFC soient soutenus adéquatement dans l’accomplissement de leur important travail. »

Avec Clémence Pavic

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