Baisse de 22% des ventes de propriétés résidentielles au Canada

Les agents immobiliers remarquent que les acheteurs potentiels négocient plus qu’ils n’étaient en mesure de le faire, tandis que certains vendeurs retardent l’inscription de leurs maisons.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les agents immobiliers remarquent que les acheteurs potentiels négocient plus qu’ils n’étaient en mesure de le faire, tandis que certains vendeurs retardent l’inscription de leurs maisons.

Le marché canadien de l’habitation a continué de se refroidir le mois dernier, l’association immobilière du pays ayant constaté que les ventes de maisons avaient chuté de près de 22 % depuis l’an dernier et de près de 9 % entre avril et mai.

L’Association canadienne de l’immeuble (ACI) a indiqué mercredi que, sur une base annuelle et non désaisonnalisée, les ventes s’étaient établies à 53 720 en mai, une baisse par rapport aux 68 598 transactions réalisées le même mois en 2021. En données désaisonnalisées, elles se sont chiffrées à 42 649, contre 46 644 en avril.

« Rappelons que nous nous attendions depuis un certain temps déjà à un retour à la normale des ventes et à une stabilisation des prix », a noté l’économiste principale de l’ACI, Shaun Cathcart, dans un communiqué. « Par contre, nous ne l’attendions pas de sitôt. »

Le marché immobilier du pays avait entamé l’année avec force, montrant une flambée des prix et un rythme effréné de ventes qui ont incité les provinces et le gouvernement fédéral à envisager une série de mesures d’apaisement.

L’Ontario, par exemple, a augmenté une taxe destinée aux acheteurs de maison non-résidents en la faisant passer en mars de 15 % à 20 % et a élargi la politique à l’ensemble de la province, plutôt qu’à la seule région du Grand Toronto.

Mais la hausse des taux d’intérêt et des taux hypothécaires, à laquelle les économistes attribuent une grande partie du refroidissement, a encore plus d’impact que la mosaïque de politiques.

« Les Canadiens s’attendaient généralement à ce que les prix des maisons continuent d’augmenter, ce qui a attiré les investisseurs et les acheteurs de plusieurs propriétés, tout en poussant de nombreux ménages à étirer l’élastique de peur de manquer quelque chose », a observé Robert Kavcic, économiste principal de BMO Marchés des capitaux.

« Mais, à partir de la première hausse de taux d’intérêt de la Banque du Canada, les attentes du marché ont commencé à s’effondrer. »

Le retour des inspections

 

Les agents immobiliers remarquent maintenant que les acheteurs potentiels négocient plus qu’ils n’étaient en mesure de le faire au cours des mois précédents, tandis que les vendeurs finissent de digérer cette évolution du marché et que certains retardent même l’inscription de leurs maisons.

Lorsque Sara Rowshanbin, une agente immobilière de Chestnut Park Real Estate dans la région du Grand Toronto, dit à ses clients qu’ils peuvent demander une inspection de la maison, leurs yeux s’illuminent parce que la plupart des acheteurs abandonnaient cette condition lorsque le marché était hyperactif. Aujourd’hui, environ la moitié des offres qu’elle aide à placer sont conditionnelles à une inspection.

Cependant, la façon dont les vendeurs réagissent aux offres en pensant au refroidissement du marché est « partout ».

« Certains les reçoivent à bras ouverts et disent “travaillons ensemble là-dessus” et d’autres demandent “est-ce une faute de frappe ?” On peut donc dire […] que le marché a changé très rapidement », a-t-elle observé.

En conséquence, l’ACI a constaté que le volume de ventes de mai ressemblait à celui du second semestre de 2019, avant le début de la pandémie de COVID-19, tout en soulignant que la diminution avait été plus prononcée en avril.

Les ventes de mai ont diminué dans les trois quarts de tous les marchés locaux, menés par des régions comme celle du Lower Mainland en Colombie-Britannique, Calgary, Edmonton, le Grand Toronto et Ottawa.

 

Les prix moins touchés

L’association s’attend désormais à ce que 568 288 propriétés changent de mains cette année, une baisse de 14,7 % par rapport au record de 2021. Il s’agirait malgré tout du deuxième chiffre annuel le plus élevé jamais enregistré. Pour 2023, l’ACI entrevoit une diminution supplémentaire de 2,8 % à 552 403 transactions.

Malgré tout, ce répit ne devrait pas beaucoup toucher les prix.

 

L’ACI prévoit que le prix national moyen des habitations augmentera de 10,8 % sur une base annuelle pour atteindre 762 386 $ en 2022 et s’attend à ce que les gains les plus importants proviennent des provinces maritimes, de l’Ontario et du Québec. Ensuite, le prix moyen augmentera de 3,1 % de plus pour atteindre 786 282 $ en 2023.

Le prix moyen désaisonnalisé en mai était de 700 438 $, en baisse de près de 4 % par rapport à celui de 728 171 $ d’avril.

Le prix moyen non désaisonnalisé était de 711 316 $, en hausse d’environ 3 % par rapport à celui de 687 595 $ de l’année précédente.

L’économiste Rishi Sondhi, des Services économiques TD, a interprété ces chiffres comme un signe que l’activité « se réduit particulièrement » dans le Grand Toronto, où les investisseurs ont joué un rôle important au cours de la dernière année.

« Il est également probable que certains acheteurs du Grand Toronto aient acheté leurs maisons avant de vendre les anciennes (pensant que le marché resterait chaud) et sont maintenant obligés d’accepter des prix plus bas pour mener à bien leurs transactions », a écrit M. Sondhi dans une note aux investisseurs.

« Nous nous attendrions cependant à ce que cette dynamique prenne fin dans un délai relativement court. »

Les nouvelles inscriptions à la vente ont grimpé de 4,5 % sur une base désaisonnalisée, passant de 70 971 en avril à 74 145 en mai, influencées par un bond dans les nouvelles inscriptions à Montréal.

Sur une base non désaisonnalisée, les nouvelles inscriptions ont totalisé 100 643 le mois dernier, en hausse de plus de 6 % par rapport à 94 704 en mai 2021.

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