Minuit moins une pour les producteurs maraîchers bios

Si tous les légumes ne sont pas vendus, des fermes craignent d’être en déficit cette année.
Jacques Nadeau Le Devoir Si tous les légumes ne sont pas vendus, des fermes craignent d’être en déficit cette année.

Après un engouement en 2020 et 2021, les Québécois délaissent légèrement les paniers de légumes locaux cet été. Certaines fermes craignent d’hériter de surplus et de ne pas joindre les deux bouts.

C’est cette semaine que la coopérative Aux champs qui chantent, dans les Laurentides, remet ses premiers paniers de légumes hebdomadaires de la saison. Roquette, ail vert, radis, concombre, basilic et rhubarbe biologiques font partie des 11 produits que les 225 abonnés recevront pour 35 $ à divers points de chute, comme Montréal, Deux-Montagnes et Lachute.

Le nombre d’abonnés est toutefois plus faible que ce qui était prévu par les membres de la coopérative, dont l’une des missions est d’être accueillante pour les personnes queer et trans.

« En 2020, on avait autour de 150 abonnés. En 2021, on est passé à 200 à la fin de la saison et on avait une liste d’attente. Cette année, on a repris le point de chute d’une autre ferme qui avait une centaine d’inscrits, alors on croyait pouvoir se rendre à 300 sans problème », explique Eby Heller, qui cultive au sein de la coopérative.

Les producteurs maraîchers ont donc planifié leur production et leur main-d’œuvre en fonction de cet objectif plus élevé que l’année dernière. Mais ils ont eu une mauvaise surprise. « Beaucoup de gens nous ont dit qu’avec l’augmentation du coût de la vie, ils ne sont plus en mesure de payer notre panier », se désole Eby Heller, qui reconnaît qu’il est plus dispendieux de consommer des légumes bios que les légumes non bios de certaines grandes chaînes d’épicerie.

Minuit moins une

 

Sans pouvoir la chiffrer exactement, la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPE) constate une baisse du nombre d’inscrits dans l’ensemble de son réseau de plus de 150 fermiers de famille.

« J’entends que plusieurs personnes vont profiter de l’été pour aller ailleurs, car c’est un premier été normal post-pandémie. Mais les paniers bios hebdomadaires demandent un engagement. Il faut payer à l’avance, il faut être là certaines journées et certaines heures », constate la présidente de la CAPE, Émilie Viau-Drouin, en guise d’explication supplémentaire.

À la ferme Aux champs qui chantent, on craint un déficit si tous les légumes ne sont pas vendus. « On met une énorme quantité de travail dans la promotion pour aller chercher plus de gens, alors qu’on est hyper occupés dans les champs », souligne Eby Heller.

Beaucoup de gens nous ont dit qu’avec l’augmentation du coût de la vie, ils ne sont plus en mesure de payer notre panier

L’équipe a notamment lancé une campagne de « paniers solidaires ». Il s’agit d’une campagne de financement ayant pour objectif d’amasser 20 000 $ pour offrir jusqu’à 50 abonnements à 50 % de rabais à des familles ayant un budget limité. Près de 5000 $ ont été recueillis jusqu’à maintenant.

Selon Émilie Viau-Drouin, « il est un peu minuit moins une » pour les producteurs maraîchers, car la distribution de paniers commence généralement cette semaine.

Il n’est toutefois pas trop tard pour s’inscrire. La présidente de la CAPE encourage les citoyens à le faire, faisant valoir que les prix des paniers sont fixes pour une période se terminant souvent en novembre. Même s’ils peuvent paraître chers dans l’immédiat, ils ne seront pas soumis à l’inflation attendue dans les prochains mois.

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