Un investissement crypto de la Caisse de dépôt en difficulté

La Caisse de dépôt a un important investissement dans Celsius Network, une plateforme d’intérêts et de prêts sur cryptomonnaies.
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne

La Caisse de dépôt a un important investissement dans Celsius Network, une plateforme d’intérêts et de prêts sur cryptomonnaies.

Celsius Network, une plateforme d’intérêts et de prêts sur cryptomonnaies dans laquelle la Caisse de dépôt a un important investissement, a annoncé qu’elle gelait les retraits et les transferts de ses clients, soit 1,7 million de personnes.

L’entreprise a évoqué « les conditions extrêmes » dans le marché des cryptomonnaies, ébranlé dans les dernières semaines, pour justifier sa décision, dans un billet de blogue publié dimanche. « Nous prenons cette décision afin de mettre Celsius dans une meilleure posture afin d’honorer, à long terme, ses obligations. »

La décision évoque « l’équivalent moderne » d’une panique bancaire quand des institutions financières devaient fermer leurs portes en raison d’informations ou de rumeurs selon lesquelles elles n’avaient pas suffisamment de liquidités, croit le professeur en finance de l’ESG-UQAM Alexandre F. Roch. « Ça envoie un mauvais message aux investisseurs, et même aux clients. » Les clients de Celsius Network risquent de perdre beaucoup d’argent en raison des difficultés de l’entreprise et de la débâcle des cryptomonnaies, croit M. Roch. « Une fois que ça se passe, c’est difficile de remettre la pâte à dents dans le tube. C’est difficile de rétablir cette confiance-là. »

La question sur l’avenir de Celsius Network demeure ouverte, mais le spécialiste des cryptomonnaies Louis Roy croit que le modèle d’une entreprise qui offre des prêts en prenant des cryptomonnaies comme collatéral demeure pertinent. « Je pense que c’est là pour longtemps », estime le président de Catallaxy, la filiale de Raymond Chabot Grant Thornton spécialisée dans la chaîne de blocs.

M. Roch estime, pour sa part, qu’il est difficile de se prononcer sur la viabilité à long terme d’un tel modèle d’entreprise. S’il reconnaît qu’il pourrait y avoir un intérêt pour ce service, il souligne que les cryptomonnaies n’ont « aucune valeur fondamentale. Ça part de rien. Si le prix du bitcoin s’effondre, il n’y a rien derrière ce collatéral-là. »

Le gel de Celsius Network contraste avec la confiance affichée par son équipe de direction peu de temps avant l’annonce de dimanche. Samedi, le grand patron de l’entreprise, Alex Mashinsky, avait accusé ses détracteurs de désinformation. « Connaissez-vous une seule personne qui a eu du mal à retirer ses fonds de Celsius ? Pourquoi partagez-vous de la peur et de la désinformation ? » écrivait-il sur Twitter une journée avant de geler les transferts.

Outre les clients échaudés, la décision représente un revers pour la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a investi 150 millions dans la plateforme en octobre dernier.

 

À la Caisse de dépôt, on dit suivre ce dossier « de très près ». On souligne que les difficultés de Celsius surviennent à un moment où les investisseurs réduisent leur risque dans toutes les catégories d’actifs. « Celsius agit de façon proactive pour s’acquitter de ses obligations auprès de ses clients et a honoré ses engagements auprès de ses clients jusqu’à présent », commente sa porte-parole, Kate Monfette.

Wall Street en bear market

 

Dans un climat d’aversion générale pour le risque, tout ce qui touchait de près ou de loin aux cryptomonnaies a été fui comme la peste lundi, comme en témoignent les résultats de la plateforme Coinbase (-11,4 %) ou du spécialiste du « minage » (création de bitcoins) Riot Blockhain (-10,1 %). Le bitcoin chutait de près de 15 %, sous les 23 500 $US. Le tout étant à mettre dans un contexte de baisse généralisée en Bourse, Wall Street redoutant que l’inflation ne pousse la banque centrale américaine (Fed) à serrer encore la vis puisque se profile à l’horizon un ralentissement économique, voire une récession.

Le Dow Jones a perdu 2,8 % à 30 517,06 points, l’indice Nasdaq, sous influence technologique, a lâché 4,7 % à 10 809,22 points, tandis que l’indice élargi S&P 500 a abandonné 3,9 % à 3749,91 points. Le S&P 500, considéré comme l’indice le plus représentatif de Wall Street, est entré en bear market, ce qui signifie qu’il a perdu plus de 20 % depuis son pic historique de début janvier (-22 % en clôture lundi).

Globalement, les investisseurs affichent « un manque de confiance dans les valorisations, sachant que les avertissements sur résultats sont encore peu nombreux malgré les anticipations d’une croissance bien plus lente, voire d’une récession dans les prochains mois », selon Edward Moya, d’Oanda.

La perspective d’un jaillissement des taux d’intérêt a aussi bousculé le marché obligataire, qui a été victime d’un désengagement massif. Le rendement des emprunts d’État américains à 10 ans, qui évolue en sens opposé de leur prix, s’est envolé jusqu’à 3,38 %, une première depuis plus de 11 ans. La courbe des taux, qui relie l’ensemble des échéances obligataires entre taux courts et longs, s’est disloquée lundi, le rendement des bons du Trésor américains à 2 ans passant même brièvement au-dessus de 10 ans, signe parfois interprété comme avant-coureur d’une récession.

Beaucoup estiment ainsi que l’indice VIX, qui mesure la volatilité du marché, bien qu’ayant bondi de près de 25 % lundi, est encore à bonne distance des niveaux qui correspondent historiquement à un marché approchant de son plus bas.

Avec l’Agence France-Presse

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