Le SPGQ craint une pénurie de main-d'œuvre dans la fonction publique

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Selon le syndicat, la rémunération globale dans l’administration québécoise affiche un retard de 27,5% par rapport à celles des administrations municipale et fédérale, ainsi que celle des entreprises publiques.
Image: iStock Selon le syndicat, la rémunération globale dans l’administration québécoise affiche un retard de 27,5% par rapport à celles des administrations municipale et fédérale, ainsi que celle des entreprises publiques.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) s’alarme des problèmes d’attractivité et de rétention des professionnels dans la fonction publique du Québec en raison des conditions de travail et du salaire à la traîne.

En l’espace de quelques semaines, plusieurs dizaines d’employés de Revenu Québec ont quitté leur emploi pour aller travailler à l’Agence du revenu du Canada, selon le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). « C’est une hécatombe à Revenu Québec », s’exclame Line Lamarre, présidente du syndicat.

Selon elle, cette vague de départs s’est produite lorsque les employés ont vu des emplois affichés à l’Agence du revenu du Canada. « Je pense que le gouvernement fédéral a compris quelque chose que le gouvernement provincial n’a pas compris, dit-elle. Pour aller faire le même travail à l’Agence, cela veut dire 15 000 à 20 000 dollars de plus [par année], avec un télétravail assuré. »

De la même façon, des dizaines de professionnels en informatique auraient quitté les rangs de Loto-Québec pendant la pandémie, avant que la société d’État propose des primes salariales pour garder ses employés, poursuit la présidente syndicale.

Si la province est confrontée à la pénurie de main-d’œuvre, le secteur de la fonction publique du Québec est particulièrement touché en raison de problèmes d’attractivité et de rétention du personnel, selon le SPGQ. Ce dernier représente près de 30 700 spécialistes travaillant majoritairement dans la fonction publique, à Revenu Québec, dans les domaines de la santé et de l’éducation, ainsi que dans les sociétés d’État.

« À la fonction publique, on vous subordonne de façon excessive, on ne vous paye pas, on ne vous laisse pas de liberté ou de choix, et après ça on se demande pourquoi on a un problème d’attraction et de rétention ! s’indigne Line Lamarre. C’est sûr qu’à un moment donné, nos gens ne se reconnaissent plus là-dedans, ils deviennent apathiques. Avec la pénurie de main-d’œuvre, ils comprennent qu’il y a plein de gens qui aimeraient avoir leur expertise, qui les traitent comme des adultes, des professionnels, et qui sont prêts à les payer. »

Sans rajustement, la situation pourrait être lourde de conséquences, craint Mme Lamarre. « Ceux qui ne décideront pas d’aller ailleurs seront peut-être ceux qui sont les moins performants, peut-être qu’on va se retrouver avec une main-d’œuvre un peu déqualifiée », prévient la représentante syndicale.

Elle donne l’exemple des services de garde et des écoles de la province, obligés d’embaucher des employés non qualifiés pour combler leurs besoins. Pour rectifier cette situation, la présidente croit qu’il faut absolument ajuster les salaires et les conditions de travail des employés de la fonction publique.

Des conditions décalées

 

« Malheureusement, dans l’État [québécois], on a fait des professionnels des techniciens », croit Line Lamarre, qui dénonce l’attitude paternaliste souvent observée dans les milieux de travail. « Je t’impose un horaire, je veux te voir au bureau, assis sur ta chaise, je pense que tu es en train de faire ton travail, je te donne des tâches qui font partie d’un mandat plus large sur lequel tu n’as pas vraiment de contrôle. En déprofessionnalisant les gens, on les infantilise, carrément ! » La pandémie et la venue du télétravail ont toutefois commencé à changer la donne, se réjouit-elle.

Le SPGQ fait aussi le constat que les travailleurs de l’État québécois s’appauvrissent. Dans un communiqué publié en novembre dernier, le syndicat observe que la rémunération globale dans l’administration québécoise affiche un retard de 9,4 % par rapport à celle d’autres salariés québécois, et de 27,5 % par rapport à celles des administrations municipales et fédérale, ainsi que celle des entreprises publiques.

« Si tu es une bibliothécaire à Hydro-Québec, tu gagnes plus cher qu’une bibliothécaire dans la fonction publique », illustre Mme Lamarre. « Est-ce qu’on paye parce que ça rapporte de l’argent ou pour la compétence de la personne ? » se demande-t-elle.

« Les emplois dans les catégories comme l’éducation, la culture, la santé, les services publics, c’est hautement féminin, et c’est là qu’on se rend compte que ce sont ces secteurs d’activité qui sont sous-payés », observe la présidente syndicale.

« Le gouvernement a l’obligation de faire la promotion du travail des travailleurs de l’État, qui portent un modèle de société, plaide-t-elle. Le télétravail, l’autonomie professionnelle et des salaires qui guident la société, soit comment on paye le savoir. Je pense que le secrétariat du Conseil du trésor doit offrir des conditions de travail qui sont à l’avant-garde de la société. »

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