Les défis des secteurs au service de la population

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Électrifier la flotte d’autobus en 2030, comme promis par le gouvernement québécois, sera un défi majeur, croit Bruno-Pierre Gauthier, président du secteur transport.
Photo: iStock Électrifier la flotte d’autobus en 2030, comme promis par le gouvernement québécois, sera un défi majeur, croit Bruno-Pierre Gauthier, président du secteur transport.

Ce texte fait partie du cahier spécial 75 ans de la FEESP

Ils nous conduisent, nous protègent, s’occupent de nos villes et accomplissent bien d’autres services pour le bien de la population. Ces missions clés dans nos vies s’accompagnent de nombreux défis pour les travailleurs des six secteurs publics soutenus par la FEESP-CSN.

« Chaque secteur a ses enjeux », indique Stéphanie Gratton, vice-présidente de la FEESP-CSN. Pour la responsable politique de quatre d’entre eux (transport scolaire, sécurité du public, multisectoriel et organismes gouvernementaux), l’un des grands défis de la fédération est la relance post-COVID. « Cela demande beaucoup d’appui à nos syndicats locaux qui ont travaillé très fort durant la pandémie. Mais nous sommes très présents et nous nous affichons partout pour que nos messages soient entendus », assure-t-elle. Simon Mathieu Malenfant, vice-président trésorier de la fédération, est responsable politique des secteurs du transport et des municipalités. « Nous sommes à l’écoute des changements de lois et nous anticipons les défis liés aux transitions énergétiques pour accompagner nos syndicats », souligne-t-il.

Le défi du transport électrique

 

Électrifier la flotte d’autobus en 2030, comme promis par le gouvernement, sera un défi majeur selon Bruno-Pierre Gauthier, président du secteur transport. Ses 4500 membres travaillent dans le transport collectif, celui de marchandises et celui par canalisation. « Sur l’île de Montréal, nous ne pourrons pas forcément avoir des autobus 100 % électriques. Hydro-Québec n’est pas capable de nous fournir assez de bornes et de courant pour recharger nos autobus la nuit ! » lance-t-il. Cette transition amène un enjeu sécuritaire pour le personnel d’entretien. « Les dangers d’électrocution sont mortels, maintenant », alerte Simon Mathieu Malenfant.

Les chauffeurs d’autobus sont par ailleurs gênés par la ceinture à trois points, qui ne s’ajuste pas aux gabarits. « Elle passe dans le cou ou sous le bras de certains », déplore Bruno-Pierre Gauthier, préoccupé également par la baisse d’affluence et de personnel et la diminution de service au détriment des usagers, en lien avec la concurrence de projets privés.

Municipalités de toutes tailles

 

André Lajoie, président du secteur municipal, aime se rappeler que la FEESP a été créée sur la base de syndicats municipaux. Son enjeu est d’assurer une cohésion avec des municipalités de toutes tailles (136 syndicats). « C’est un défi de recréer un lien en présentiel après la pandémie », dit-il.

Le président souhaite mieux faire connaître le régime de retraite des employés municipaux, parrainé par la FEESP lors de sa création. « Il permet aux petites municipalités d’adhérer à un régime de retraite à prestations déterminées qu’elles ne pourraient pas porter seules », explique-t-il. D’autres outils créés par la fédération doivent être mis de l’avant (logiciel de coût de la sous-traitance, recueil de conventions collectives). L’accompagnement aux changements législatifs est également un défi majeur dans ce secteur.

En panne de reconnaissance

 

« Il faut arrêter de banaliser le travail des chauffeurs ! » clame Josée Dubé, présidente du secteur du transport scolaire (autobus, berlines), qui regroupe 63 syndicats. Ce qui a été longtemps une « jobine de retraité » est devenu un métier exigeant des compétences et de la patience avec des enfants aux défis parfois extrêmes que les chauffeurs gèrent seuls. « Cela fait 25 ans que nous nous battons pour obtenir de meilleures conditions », constate pourtant Josée Dubé.

Les chauffeurs d’autobus roulent entre 5 et 7 h 30 par jour. La plupart gagnent un salaire de 14 $ l’heure environ pendant plusieurs années avant d’espérer grimper à 17 ou 18 $, car les négociations entre les commissions scolaires et les transporteurs privés sont serrées. Ces faibles salaires conduisent à une pénurie de main-d’œuvre et à des bris de service. « Nous avons 10 500 chauffeurs d’autobus au Québec. Il en manque 1 500 ! » alerte Mme Dubé. La fédération a lancé une pétition pour demander un plus gros budget au gouvernement, et elle prépare une grande manifestation à Québec le 14 mai.

La parole du gouvernement

 

Le secteur des organismes gouvernementaux rassemble 9000 membres de structures variées comme la SAQ, la Société québécoise du cannabis, l’aide juridique ou les traversiers. « Mais nous avons tous le même employeur : le gouvernement », lance la présidente du secteur, Stéphanie Martel-Gill. L’enjeu est de se rapprocher. « Nous avons développé des négociations regroupant plusieurs syndicats, chez les traversiers et les casinos, par exemple », souligne Stéphanie Gratton.

Un autre défi est de s’assurer que le gouvernement honore ses promesses. « Il dit de belles choses pour inciter le secteur privé à bien traiter ses employés, mais il ne le fait pas dans sa propre cour », alerte Mme Martel-Gill. Des conditions de travail négociées dans les conventions collectives ne sont pas respectées. « Des milliers de griefs sont déposés chaque année à la SAQ », dénonce la présidente.

La participation du multisectoriel

 

« Nous regroupons des membres de milieux variés comme les cafétérias, les centrales d’énergie, les élévateurs à grain ou encore les ports », explique Éric Fillion, qui préside le secteur multisectoriel. Il faut trouver des points communs aux 3000 travailleurs répartis dans 90 syndicats. « Nous avons, par exemple, organisé des colloques en lien avec le Code fédéral », indique le président.

Il vient de relancer une tournée stoppée par la pandémie de COVID-19, pour s’imprégner de la réalité du secteur et proposer des outils et des formations adaptés. Le journal du secteur (Le Multisectoriel) informe, crée du lien et met en valeur ces métiers dans leur diversité. « L’un de nos enjeux majeurs est de stimuler la participation aux instances de la fédération et au mouvement syndical », confie M. Fillion.

Relancer un jeune secteur

 

Créé il y a quatre ans, la sécurité du public est le plus jeune secteur. « Il regroupe des syndicats ayant pour principale mission la protection du public : agents de la paix, agents de sécurité dans les aéroports et dans les transports en commun, etc. Ils font face à des problématiques similaires dans leurs emplois », explique Mathieu Lavoie, président du secteur. C’est le cas des chocs post-traumatiques, qui ont fait l’objet d’un colloque en 2019. « Puis, la pandémie a freiné l’émergence de notre secteur, mais elle nous a permis de prendre conscience que certains employeurs ne formaient pas adéquatement leurs employés en santé et sécurité », souligne M. Lavoie.

Aujourd’hui, il se rapproche de ses 3500 membres répartis dans plus d’une quinzaine de syndicats. Son plus grand défi est de « faire connaître le secteur, le promouvoir et l’agrandir ».

À voir en vidéo