75 ans de luttes syndicales pour la FEESP

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Rassemblement du Front Commun au Forum de Montréal le 7 mars 1972
Photo: Michel Giroux Rassemblement du Front Commun au Forum de Montréal le 7 mars 1972

Ce texte fait partie du cahier spécial 75 ans de la FEESP

En juin 1947, une vingtaine de syndicats de travailleurs municipaux s’unissent pour former la Fédération des syndicats municipaux. C’est le début de l’histoire mouvementée de la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP-CSN), qui fête cette année ses 75 ans.

Ginette Guérin, qui a dirigé la FEESP de 1988 à 2009, salue le courage du premier président, René Constant, et de ses collègues militants qui ont fondé ce syndicat sous le règne de Maurice Duplessis. Ils ont été confrontés au gouvernement très antisyndicaliste de l’Union nationale, qui a notamment adopté une loi interdisant le recours à la grève dans les secteurs publics et parapublics.

« Ce n’est qu’en 1964 — quatre ans après l’arrivée au pouvoir de Jean Lesage — que ces travailleurs ont retrouvé ce droit », rappelle Ginette Guérin. Ils n’ont pas mis de temps à l’exercer. En décembre 1964, les employés de la Régie des alcools du Québec ont déclenché une grève qui a duré deux mois et demi, suivie l’année d’après de celles des ingénieurs et des gens de métier d’Hydro-Québec.

De durs combats

 

La syndicalisation a fortement augmenté au Québec pendant les années 1960 et les effectifs de la FEESP ont presque doublé. Les employés de soutien des commissions scolaires et des cégeps, ainsi que les salariés de la Régie des alcools comptaient parmi les nouveaux membres, tout comme ceux de la commission scolaire de Valleyfield, où travaillait Ginette Guérin. « La fédération voulait alors revaloriser la réputation des fonctionnaires et obtenir la parité salariale avec le secteur privé », relate-t-elle.

Pendant que le taux de syndicalisation s’améliore, les relations avec le gouvernement Lesage se dégradent. En 1972, la CSN, la FTQ et la CEQ — ex-CSQ — forment le premier Front commun intersyndical dans le cadre des difficiles négociations pour le renouvellement des conventions collectives des employés des secteurs publics et parapublics.

L’affrontement avec l’État verra notamment le débrayage, pendant 10 jours, de plus de 210 000 travailleurs, dont près de 12 000 de la FEESP, et l’emprisonnement des chefs des trois grandes centrales syndicales. Cette année-là, Ginette Guérin assiste à son tout premier congrès de la CSN. « Ça brassait royalement et les débats étaient de très haut niveau, c’était impressionnant ! » confie-t-elle.

Dix ans plus tard, les relations avec le gouvernement — dirigé cette fois par le Parti Québécois — tournent encore une fois au vinaigre. Aux prises avec une forte récession économique, Québec décide en décembre 1982 de couper unilatéralement les salaires et les conditions de travail de ses employés. Les syndicats déclenchent une grève générale en janvier 1983. Le gouvernement adopte alors une loi spéciale — surnommée « loi matraque » — pour forcer le retour au travail dans les collèges et les écoles publiques.

Photo: Louise de Grosbois Manifestation du Front commun, le 29 janvier 1983 à Québec, contre la baisse des salaires et la réduction des conditions de travail

« Les syndiqués étaient très déçus du gouvernement de René Lévesque, se souvient Ginette Guérin. Beaucoup de nos membres considéraient qu’il avait été élu grâce au soutien des travailleurs et qu’il les laissait tomber. »

Équité salariale et retraite

 

Ginette Guérin accède à la présidence de la FEESP en 1988 et sera aux avant-postes de la lutte pour l’équité salariale entre les hommes et les femmes. « C’est un petit syndicat municipal composé d’une dizaine d’employées de bureau de Marieville qui l’a obtenue pour la première fois en 1993, après une grève de 15 mois, raconte-t-elle. Ce gain a ouvert la voie à d’autres syndicats municipaux. » En 1996, le gouvernement a adopté la Loi québécoise sur l’équité salariale.

Le président de la FEESP de 2009 à 2018, Denis Marcoux, se souvient pour sa part du dur combat sur les régimes de retraite des employés municipaux. À l’époque, les maires de Montréal et de Québec se plaignaient de déficits dans ces régimes. En 2014, le gouvernement vote le projet de loi 3, qui devient la loi 15. Certains employés municipaux perdent jusqu’à 40 % de leur rente de retraite, d’autres doivent renflouer jusqu’à 50 % des déficits de leur régime, ce qui allait à l’encontre des conventions collectives.

« Ce dossier n’est pas réglé huit ans plus tard, il reste devant les tribunaux et la cause pourrait se retrouver en Cour suprême », souligne Denis Marcoux. Les syndicats affirment que plusieurs articles de la loi 15 sont anticonstitutionnels, puisqu’ils briment les droits fondamentaux d’association, de libre négociation et de grève.

La FEESP compte maintenant plus de 425 syndicats affiliés représentant 65 000 membres des services publics et parapublics. « C’est à la fois un défi et une force, note Denis Marcoux. Ça exige beaucoup de coordination pour bien soutenir nos membres qui évoluent dans des domaines très différents. Mais c’est aussi la grande richesse de la Fédération, qui lui permet de passer à travers les moments les plus difficiles et de réaliser des gains. »

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