La hausse des taux hypothécaires pousse à l’achat

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Selon les experts, les futures hausses des taux d’intérêt ne freineront pas l’engouement pour l’immobilier, mais entraîneront plutôt une stabilisation graduelle des prix.
Valérian Mazataud Le Devoir Selon les experts, les futures hausses des taux d’intérêt ne freineront pas l’engouement pour l’immobilier, mais entraîneront plutôt une stabilisation graduelle des prix.

Ce texte fait partie du cahier spécial Immobilier

La récente hausse du taux directeur par la Banque du Canada entraîne une frénésie d’acheteurs sur le marché immobilier au Québec, constatent des experts. De nombreux aspirants propriétaires souhaitent ainsi profiter des taux hypothécaires encore bas auprès de leur institution financière. Et ce, avant que la banque centrale ne hausse son taux directeur à nouveau.

« Chaque fois qu’on augmente les taux ou qu’on menace de le faire, ça provoque une ruée des acheteurs vers l’inventaire qui est disponible. Et comme il y en a peu présentement, ça continue à alimenter un marché quand même très actif », observe Georges Bardagi, courtier immobilier et président de RE/MAX du Cartier.

Le 2 mars dernier, la Banque du Canada a haussé son taux directeur d’un quart de point de pourcentage, le faisant passer à 0,5 %, afin de lutter contre l’inflation galopante. Il s’agit d’une première depuis qu’elle l’a baissé au début de la pandémie à son niveau plancher. La banque centrale a du même coup prévenu que cette augmentation ne sera pas la seule à survenir au cours de l’année.

Un marché encore dynamique

 

La pandémie a entraîné une forte demande en immobilier, spécialement en dehors des centres urbains pour les chalets, note M. Bardagi. « Est-ce que ça va commencer à se résorber avec la hausse des taux ? Je ne sais pas. Parce que voyager va aussi coûter de plus en plus cher avec l’explosion du prix de l’essence », avance-t-il.

Dans la métropole, le marché demeure dynamique, avec un nombre assez bas de propriétés disponibles, observe le courtier. « Mais c’est surtout le marché des banlieues qui a augmenté de beaucoup », précise-t-il.

M. Bardagi estime que les futures hausses des taux d’intérêt ne freineront pas l’engouement pour l’immobilier, mais entraîneront plutôt une stabilisation graduelle des prix. « Si je viens réduire le pouvoir d’achat des consommateurs en augmentant le taux hypothécaire, forcément, les prix ne peuvent pas augmenter aussi vite et de façon aussi élevée que c’était le cas l’an passé », prédit-il.

Chaque fois qu’on augmente les taux ou qu’on menace de le faire, ça provoque une ruée des acheteurs vers l’inventaire qui est disponible. Et comme il y en a peu présentement, ça continue à alimenter un marché quand même très actif.

 

De nouvelles augmentations des taux pourraient équilibrer le marché plus tard en 2022, croit Robert Hogue, économiste en chef adjoint à RBC Canada. « On s’attend quand même à une hausse substantielle en tout et pour tout de 1,5 point de pourcentage. C’est là où, à notre avis, ça va commencer à peser sur la demande », avance-t-il.

Un taux fixe ou variable ?

Les récentes annonces de la Banque du Canada provoquent également des craintes chez ceux qui possèdent déjà une propriété, constate de son côté Philippe Béland, courtier hypothécaire et membre du Consortium hypothécaire. « On a plus de discussions pour savoir s’il vaut mieux fixer ou pas le taux d’intérêt », illustre-t-il.

Selon lui, il existe « énormément de facteurs » à considérer. « Mais, malheureusement, les gens ont tendance parfois à réagir par la peur », observe-t-il. La date de terme de l’hypothèque, la différence entre les taux fixes et variables actuels, le projet de s’acheter une autre propriété… tels sont quelques-uns des facteurs qui peuvent faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. « Il y a des aspects en dehors des prévisions de taux d’intérêt qui peuvent faire en sorte que c’est mieux de garder le taux variable », précise le courtier.

De plus en plus de difficultés pour les premiers acheteurs

 

Ceux qui écoperont le plus de la croissance des taux d’intérêt restent les premiers acheteurs, estime M. Hogue. « Pour eux, la pression augmente. En raison de la hausse des prix qu’on a connue particulièrement au cours de la pandémie, et maintenant, dans un environnement où les taux d’intérêt vont être augmentés », affirme-t-il.

M. Béland abonde en ce sens. Le courtier hypothécaire observe que de plus en plus de premiers acheteurs reçoivent l’aide financière de leurs parents pour la mise de fonds ou pour garantir leur prêt. « Un premier acheteur, même avec la mise de fonds minimale, le projet est en train de lui échapper des mains », dit-il.

Quoi qu’il en soit, les experts recommandent de faire preuve de prudence. Ainsi, les acheteurs devraient se préqualifier pour une hypothèque avant de passer à l’action et, peut-être, revoir leur prix à la baisse, explique M. Bardagi.

D’après M. Hogue, les acheteurs devront également être ouverts aux compromis. « Que ce soit dans le style d’habitation, le quartier ou une autre ville, où les gens peuvent être en mesure de trouver quelque chose qui respecterait plus leur cadre budgétaire. »

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