La CSN craint un retour à l’austérité lors du prochain budget

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
«Ça fait des décennies qu’on le répète, mais je pense que la pandémie l’a démontré. Quand les services publics ne fonctionnent pas bien, c’est toute la société et toute l’économie du Québec qui en souffrent», illustre la présidente de la CSN.
Image: iStock «Ça fait des décennies qu’on le répète, mais je pense que la pandémie l’a démontré. Quand les services publics ne fonctionnent pas bien, c’est toute la société et toute l’économie du Québec qui en souffrent», illustre la présidente de la CSN.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Redoutant une nouvelle rigueur budgétaire à la suite du prochain budget de Québec, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) réclame des investissements dans les services publics et l’établissement de politiques globales et pérennes.

« Notre première préoccupation, ce serait de devoir revenir à une situation qui ressemblerait à de l’austérité. Ce qui nous fait craindre [une telle chose], c’est la gestion de la dette », déclare d’emblée la présidente de la CSN, Caroline Senneville.

« Et souvent, on dit que c’est pour l’avenir des gens. Mais quel avenir auront-ils si on n’est pas capables de rattraper le retard scolaire induit par la pandémie ? Les jeunes, s’ils vivent dans des logements insalubres ou surpeuplés ? S’ils n’ont pas accès à des services spécialisés ? » demande celle qui estime qu’il faut améliorer les conditions actuelles pour regarder vers l’avenir.

En février, le gouvernement Legault a annoncé qu’il présenterait en mars un budget visant à freiner l’inflation, qui est plus importante que ses prévisions faites l’automne dernier. Le ministre des Finances, Eric Girard, avait alors dit s’attendre à une hausse des prix de 4 % pour l’exercice en cours au lieu des 3 % originalement projetés.

Pour la présidente de la CSN, la lutte contre la hausse du coût de la vie ne doit pas se faire par une baisse des impôts, mais par une augmentation des salaires. « Ça passe par un salaire minimum plus gros sur lequel le gouvernement pourra prélever des taxes et des impôts », dit-elle. Selon elle, une baisse d’impôts aurait plutôt pour effet de diminuer encore les services publics. « Et si vous demandez à quelqu’un qui attend des traitements de chimiothérapie s’il préfère cela ou pouvoir se faire opérer, vous avez la réponse », fait-elle valoir.

La CSN réclame donc un salaire minimum de 18 $ l’heure, qui ferait en sorte, d’après elle, qu’un contribuable puisse assurer tous ses besoins en matière de logement, de nourriture et de santé. « C’est un revenu qui permet aux gens de vivre dignement », résume Mme Senneville.

Des leçons à tirer de la pandémie

Selon la présidente de la CSN, la pandémie a mis en lumière le fait que le Québec n’était pas préparé à une telle crise. « C’est dans la mission des gouvernements de faire en sorte qu’on soit prêts à faire face à des crises plus larges », dit-elle. Elle cite en exemple les inondations et les feux de forêt qui ont ravagé d’autres régions ailleurs au Canada.

Et les diverses coupes dans les services publics au fil des ans n’ont pas aidé, d’après elle. « On nous a dit que ça coûtait trop cher, on les voyait seulement comme une dépense. Et on s’est rendu compte que, les services publics, c’est un rouage de l’économie au même titre que les PME, les grandes entreprises et les services qui ne sont pas publics », insiste-t-elle.

18 $ l'heure
C’est le salaire horaire minimum réclamé par la CSN afin de permettre à tous les travailleurs de vivre dignement.

Ainsi, elle réclame de Québec un réinvestissement dans ces infrastructures. « Ça fait des décennies qu’on le répète, mais je pense que la pandémie l’a démontré. Quand les services publics ne fonctionnent pas bien, c’est toute la société et toute l’économie du Québec qui en souffrent », illustre-t-elle.

Mme Senneville avance également que, dans son budget, le gouvernement québécois aura « beaucoup de rattrapage à faire », notamment dans les systèmes de santé. « Il y a eu énormément de délestages. On est en pénurie de main-d’œuvre, on n’a pas les moyens de garder les gens chez eux en attente d’une opération », dit-elle.

Elle souligne aussi les effets de la pandémie sur la santé psychologique des jeunes et sur leur réussite scolaire. Pour elle, il ne suffit pas de répondre à ces enjeux lorsqu’ils surviennent, mais également d’établir des politiques publiques globales qui dureront, car l’ensemble des secteurs sont interreliés.

« Il y a des employeurs qui peinent à trouver des salariés à Montréal parce que les gens ne veulent pas venir. Ils se disent : si j’accepte un poste à Montréal, soit je vais avoir de la difficulté à me loger, soit je vais être obligé d’aller tellement loin que je vais passer beaucoup de temps dans les transports. » Elle souligne l’importance d’une vision globale pour faire face à ce type d’enjeux. « Parce que, quand on traite les problèmes seulement lorsqu’ils émergent, on ne les règle pas à la source », insiste-t-elle.

« Gouverner, ce n’est pas juste répondre aux crises. C’est avoir une vision à plus long terme et qui va tenir compte de tous les éléments, conclut-elle. Et si on veut que l’économie fonctionne, il faut que les services publics fonctionnent. »

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