La SPGQ veut agir contre la discrimination systémique envers les femmes

Catherine Girouard
Collaboration spéciale
Selon une étude de l'IRIS, les employés de l’administration québécoise, en grande majorité des femmes, subissent une forme de discrimination systémique fondée sur le sexe.
Illustration: iStock Selon une étude de l'IRIS, les employés de l’administration québécoise, en grande majorité des femmes, subissent une forme de discrimination systémique fondée sur le sexe.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Parler d’égalité et des droits des femmes n’est pas réservé au 8 mars, pour le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Depuis plusieurs années, l’organisation cogne à la porte du gouvernement pour inciter les élus à agir contre la discrimination systémique envers les femmes. Une situation qui perdure encore dans le secteur public et dans plusieurs organisations parapubliques, clame-t-il.

« On cogne, on cogne et on cogne encore à la porte [du ministre Boulet]. On entend parfois quelqu’un nous dire “oui oui, on va l’ouvrir !”, mais on attend encore qu’elle s’ouvre, la porte ! raconte Line Lamarre, présidente du SPGQ. C’est un peu triste. Malgré la Loi sur l’équité salariale, les femmes peinent encore à être traitées à égalité. »

Cette loi adoptée en 1996 a permis de belles avancées et a atteint une bonne partie des objectifs qu’elle avait au départ, souligne Mme Lamarre. Mais elle a maintenant atteint ses limites, ajoute-t-elle. « Actuellement, l’équité se vit uniquement au sein d’un même employeur. Il y a une forme d’équité dans la fonction publique, mais quand on étudie la situation de plus près, on se rend compte que ce n’est pas encore au point. »

Des chiffres corroborent ces dires. Selon une étude réalisée par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) en 2019, le pouvoir d’achat des employés de l’administration québécoise accusait un recul d’environ 1,2 % par rapport à l’an 2000, en raison des différentes mesures d’austérité instaurées au fil des ans. A contrario, le pouvoir d’achat des autres secteurs a augmenté de 11 % en moyenne. Or, la proportion de femmes (72,2 %) au sein de l’administration québécoise est plus élevée que dans les autres secteurs.

Le rapport stipule aussi que « l’écart de la rémunération entre l’administration québécoise et les entreprises publiques est en moyenne de 24 %. Les employés des entreprises publiques sont toutefois majoritairement des hommes, contrairement à ceux de l’administration québécoise. »

Conclusion de l’IRIS : les employés de l’administration québécoise, en grande majorité des femmes, subissent une forme de discrimination systémique fondée sur le sexe. « Cette discrimination ne s’observe pas entre les hommes et les femmes à l’intérieur des différents sous-secteurs du secteur public, mais plutôt entre les sous-secteurs sexuellement ségrégués », précise l’IRIS. Cela signifie par exemple que, pour plusieurs catégories d’emploi de professionnels, les organisations majoritairement masculines, comme Hydro-Québec, offrent souvent des salaires plus élevés que les organisations majoritairement féminines, comme les musées nationaux et la fonction publique. « Pourquoi une bibliothécaire chez Hydro-Québec gagnerait-elle plus qu’une bibliothécaire à la Grande Bibliothèque ? » demande Mme Lamarre.

Quand féminisation rime avec stagnation des salaires

 

La discrimination systémique basée sur le sexe s’est aussi fait sentir avec la féminisation de certaines professions. On a pu l’observer entre autres dans les cégeps, indique la présidente du SPGQ, où l’écart de salaire entre les membres du personnel professionnel et les autres corps d’emploi a évolué en leur défaveur au même rythme que la féminisation des professions. Par conséquent, le salaire des conseillers pédagogiques, auparavant supérieur, est maintenant inférieur à celui des enseignants qu’ils conseillent. D’importants problèmes d’attraction et de rétention en découlent, déplore le syndicat.

En sous-payant les femmes, on envoie le message qu’elles sont moins bonnes. La Loi sur l’équité salariale actuelle n’a pas corrigé cette conception de la valeur du travail d’une femme.

 

« La Loi sur l’équité salariale n’atteint pas son objectif, résume Line Lamarre. Elle doit faire en sorte que, pour une même complexité d’emploi et un même niveau d’études, on obtienne le même salaire dans une entreprise, mais aussi entre les différentes entreprises et les différents secteurs. »

De plus, ces iniquités envoient un message négatif quant à la valeur des femmes, ajoute la présidente. « En marketing, quand on veut vendre un produit, on ne peut pas l’afficher à un prix trop élevé, au risque que les gens ne l’achètent pas, mais on ne peut pas l’afficher trop bas non plus, car on penserait alors que ce n’est pas un bon produit. Nous avons le même raisonnement pour le salaire des humains. Si je suis payée 50 $ l’heure, je suis sûrement meilleure que si on me donne 20 $ l’heure. En sous-payant les femmes, on envoie le message qu’elles sont moins bonnes. La Loi sur l’équité salariale actuelle n’a pas corrigé cette conception de la valeur du travail d’une femme. »

C’est pourquoi le SPGQ et l’IRIS proposent notamment de modifier la Loi sur l’équité salariale pour permettre la mise sur pied de programmes d’équité salariale entre différents sous-secteurs des secteurs public et parapublic.

Dix jours de congé payés pour les femmes victimes de violence

Un autre grand dossier actuel du SPGQ touche aussi particulièrement les femmes. Le syndicat milite pour que dix jours de congé soient automatiquement octroyés aux femmes victimes de violences familiales. « Si une femme doit quitter son partenaire au milieu de la nuit pour se protéger, elle doit être assurée qu’elle n’aura pas à se casser la tête les dix jours suivants pour savoir comment payer son épicerie, soutient Line Lamarre. Cette mesure offrirait aux femmes un moment tampon leur permettant de se retirer, de réfléchir, de trouver un nouveau lieu sécuritaire où vivre… Je parle des femmes, ici, parce qu’elles représentent la grande majorité des victimes, mais cette mesure s’appliquerait aussi aux hommes victimes de violence. » Actuellement, rien n’est offert pour ce type de situation. Le syndicat aimerait faire inscrire cette mesure dans la Loi sur les normes du travail pour qu’elle s’applique à tous les travailleurs du Québec.

 

Le SPGQ a déposé sur le site de l’Assemblée nationale une pétition pour réclamer dix jours de congé payés pour les victimes de violence conjugale.



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