À chaque produit de placement son utilité

Charles-Édouard Carrier
Collaboration spéciale
L’apport d'un professionnel de la finance demeure pertinent sur tout le continuum budgétaire, de la gestion de la dette à celle des surplus.
Photo: Getty Images L’apport d'un professionnel de la finance demeure pertinent sur tout le continuum budgétaire, de la gestion de la dette à celle des surplus.

Ce texte fait partie du cahier spécial Finances personnelles

Le contexte inflationniste dans lequel nous nous trouvons actuellement, l’incertitude induite par la pandémie et ses effets à long terme, ainsi que la Banque du Canada qui tarde à hausser son taux directeur sont des éléments susceptibles d’avoir bien des répercussions sur les portefeuilles de placement. Tour d’horizon de différents produits à considérer en cette période singulière avec Dominic Paquette, planificateur financier et fondateur de Partenaire-Conseils.

Le REEE

 

En tête de liste, le Régime enregistré d’épargne études (REEE). Selon Dominic Paquette, il s’agit d’un des produits de placement les plus sous-estimés. « Le gouvernement fédéral injecte une subvention de 20 %, à laquelle s’ajoute un 10 % venant du provincial, pour un total de 30 %. L’argent fructifie à l’abri de l’impôt et, pour les parents, la partie du capital investi peut toujours être retirée en cas d’urgence. Il n’y a pas d’outil plus performant », assure-t-il.

Comme bien des régimes d’épargne enregistrés, plus l’on cotise tôt, plus on profite de la croissance du placement. « Les parents qui n’auraient pas eu le privilège de cotiser en bas âge peuvent récupérer de façon rétroactive les cotisations qu’ils n’ont pas utilisées », ajoute le spécialiste. D’ailleurs, il n’y a pas que les parents qui peuvent cotiser à un REEE. Grands-parents, tuteurs ou tout autre proche peuvent ouvrir un REEE à l’intention d’un enfant.

Le CELI

 

Il peut être intéressant de garder un coussin de liquidités dans un compte d’épargne libre d’impôt (CELI), mais Dominic Paquette favorise le CELI diversifié, équilibré et surtout sans risque. « Les gens achètent des produits à risque, techno, bitcoin, cannabis, et comptabilisent des pertes. Mais la perte en capital ne peut se retrouver sur la déclaration de revenus. Le CELI doit être vu comme un fonds d’urgence ou un outil d’accumulation à long terme. Dans ce cas, on essaie de favoriser des dividendes, des revenus d’intérêt ou d’autres types de placement qui génèrent un revenu récurrent. C’est beaucoup moins risqué. » Le montant que l’on peut cotiser à un CELI est limité par les droits de cotisation. Si, pour une année, l’épargnant n’atteint pas le plafond de cotisation, les droits inutilisés se reportent à l’année suivante.

Le REER collectif

 

Lorsque c’est possible de le faire, le planificateur financier encourage les salariés à s’inscrire au programme d’épargne collective que proposent certains employeurs : « La déduction se fait à la source. Donc si j’ai un revenu de 50 000 $ et que je cotise 3000 $ à mon REER, l’employeur prélèvera les impôts sur 47 000 $. Cela signifie qu’à chaque période de paie, le salarié profite du remboursement d’impôt immédiatement au lieu d’attendre l’année suivante. De plus, avec l’achat périodique ou échelonné, on achète des placements à différents moments dans l’année et profite des fluctuations. Finalement, ces programmes sont souvent bonifiés par une cotisation de l’employeur qui peut prendre différentes formes. »

L’appel de la Bourse

L’arrivée de plateformes en ligne qui permettent d’acheter et de vendre des actions à partir de son téléphone intelligent sans payer de frais de transaction a séduit plusieurs nouveaux investisseurs plus ou moins expérimentés. Dominic Paquette appelle à la prudence lorsqu’on se lance dans l’aventure boursière sans stratégies fiscales. « Il faut un plan de match réel, une vision à long terme pour relativiser certaines décisions. Lorsque c’est trop facile de bouger, de vendre, d’acheter, les gens réagissent plus souvent de façon émotive. L’accompagnement par un professionnel aide à prendre du recul. J’ai vu beaucoup de gens qui s’amusent à le faire en parallèle [d’une stratégie d’investissement mise en place par un planificateur]. Mais j’ai aussi vu beaucoup de gens abandonner et demander de l’aide pour restructurer leur portefeuille. »

Trop peu, trop tard ?

Il n’y a pas d’âge pour profiter de bons véhicules de placement, comme l’explique le planificateur financier : « C’est la stratégie qui change, en fonction des objectifs à atteindre dans le temps. Comme c’est le cas présentement, la fluctuation du marché ne devrait pas influencer [les rendements outre mesure] chez les jeunes. Mais en plein décaissement à 70 ans, il faut être plus prudent et considérer l’impact de la situation actuelle sur l’ensemble de l’actif. »

Et si l’on s’imagine que ça prend beaucoup d’argent pour qu’un portefeuille bénéficie des conseils d’un planificateur, l’apport du professionnel de la finance demeure pertinent sur tout le continuum budgétaire, de la gestion de la dette à celle des surplus, poursuit-il.

Quatre profils, quatre scénarios

Bien qu’il insiste sur le fait que les conseils devraient toujours être personnalisés et analysés au cas par cas, Dominic Paquette a accepté de faire quelques recommandations selon différents types d’épargnants.

1. Jeune travailleur autonome célibataire disposant d’un revenu de 35 000 $

« La première chose à évaluer, c’est la mise à part de l’argent. On essaie de séparer la dette affaires et la dette personnelle pour aller chercher une déduction fiscale sur la portion dite d’affaires. Pour mieux gérer les entrants et sortants, on utilise deux comptes de banque et deux marges de crédit distinctes. On peut ainsi réaliser des économies d’impôt puisque les intérêts sur la marge de crédit d’affaires sont déductibles. Pour investir, le CELI est sans doute plus flexible et accessible que le REER, d’autant plus que le REER a moins d’impact en matière de déductions. Comme il n’a personne à charge, l’assurance vie ou invalidité est moins pertinente. »

2. Famille composée de deux parents, un salarié et un travailleur autonome, et de trois enfants de moins de 10 ans, disposant d’un revenu familial de 100 000 $

« Encore une fois, il faut établir les dépenses dites d’affaires et séparer les comptes pour se concentrer sur le remboursement de la dette personnelle. La dette affaires ne sera pas priorisée. Avec une jeune famille, on considère le revenu global et on encourage la cotisation REER qui peut vraiment tout changer puisqu’on abaisse le revenu imposable. Les crédits d’impôt et les montants alloués pour les enfants sont basés non pas sur le revenu brut, mais net, donc le revenu imposable. Les économies d’impôt pourraient être redirigées vers le REEE, et ce, bien avant le CELI considérant le jeune âge des enfants et l’accès au capital pour les parents en cas d’urgence. »

3. Mère célibataire salariée et deux adolescents, disposant d’un revenu de 80 000 $

« Dans un contexte de hausse des taux d’intérêt, il faut s’assurer de gérer de façon très serrée la dette en optant pour un taux d’intérêt fixe et en éliminant les dettes de consommation. On essaie de consolider le tout pour s’assurer qu’il n’y a pas de surprises au budget à cause d’une hausse de taux. Compte tenu de l’avantage direct du REER sur le revenu, il devient un choix plus pertinent que le REEE. Les enfants sont plus vieux et l’impact en matière de capitalisation à long terme serait moindre. On peut aussi ajouter une assurance vie temporaire de 10 ans, un choix économique, le temps que les enfants deviennent autonomes. »

4. Couple d’entrepreneurs de 55 ans disposant d’un revenu familial de 120 000 $

« On peut exploiter le fractionnement de revenu en favorisant un équilibre de revenu entre les deux personnes pour cotiser au maximum à la Régie des rentes du Québec et profiter des bénéfices sociaux comme l’assurance-emploi, mais aussi pour que le taux d’imposition marginal soit plus faible. En société, si un des conjoints gagne 90 000 $ et l’autre 30 000 $, il serait plus judicieux d’avoir deux revenus de 60 000 $ pour limiter les frais indirects et réduire l’impôt. À long terme, ça peut avoir un grand impact. On préfère le REER et non pas le CELI puisque cela a un effet de revenu additionnel. On peut opter pour des assurances-vie avec dividendes pour compenser le CELI et utiliser cette protection comme outil de retraite. »



À voir en vidéo