La boucherie Slovenia, une institution montréalaise, ferme ses portes

Après 50 ans à offrir aux Montréalais une panoplie de produits venant d’Europe de l’Est, la boucherie-charcuterie Slovenia, sise sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, fermera ses portes le 29 janvier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Après 50 ans à offrir aux Montréalais une panoplie de produits venant d’Europe de l’Est, la boucherie-charcuterie Slovenia, sise sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, fermera ses portes le 29 janvier.

Ses sandwichs à la viande fumée sont mémorables, raconte-t-on. Tout comme ses saucisses piquantes. Après 50 ans à offrir aux Montréalais une panoplie de produits venant d’Europe de l’Est, la boucherie-charcuterie Slovenia, sise sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, fermera ses portes le 29 janvier.

« C’est à cause de la pandémie. Tout va mal », souffle le propriétaire, Jean Teixeira, croisé sur place jeudi après-midi.

« Il y a moins d’achalandage, les gens mangent moins de viande, et le prix de la viande augmente », énumère l’homme en transportant une grosse casserole remplie d’eau. En plus de desservir sa clientèle sur la Main, la boucherie approvisionne plusieurs restaurants, explique-t-il. Un secteur que la pandémie a frappé de plein fouet.

Sous son sarrau de boucher, Jean Teixeira raconte avoir repris il y a environ 16 ans le commerce fondé à l’origine par deux frères slovènes. Les produits aux accents européens y sont toujours fièrement représentés sur les étagères : aux côtés des pots de choucroute et de poivrons rôtis trônent des emballages de pains d’épice et de spéculoos.

Derrière le comptoir, une calculatrice traîne à côté de factures rédigées à la main. Sur le mur, une page d’un calendrier datant de 1933 de l’Association des bouchers de Montréal est encadrée.

Une institution

 

« C’est une institution qui ferme ses portes », laisse tomber Gary Decoste, en sortant du commerce avec un sandwich à la saucisse piquante et une boisson gazeuse à la cerise à la main.

L’homme, qui vit et travaille sur le Plateau Mont-Royal, fréquente la boucherie depuis son enfance. « Quand j’étais jeune, je voyais les saucisses accrochées dans la vitrine, je trouvais ça ben spécial ! »

Après avoir appris la fermeture prochaine du commerce, Gary Decoste a voulu venir y faire un dernier tour. « Le service est très bon, et la viande, délicieuse. C’est un endroit unique à Montréal. »

« Cet endroit va me manquer, glisse à son tour Ryan Glive. C’est vraiment dommage que ça ferme, c’est très triste. » D’autant que l’histoire familiale du jeune homme de 21 ans s’imbrique dans celle de la boucherie. « Je suis slovène, raconte-t-il. Quand ma mère avait mon âge, elle travaillait ici. Et ma tante a travaillé ici pendant 35 ans. »

Ryan Glive promet de revenir d’ici la fermeture de la boucherie avec sa mère et sa tante. « Pour notre dernière fois, je pense qu’on va prendre un peu de tout : du smoked meat, des saucisses, des sandwichs. »

Un commerce de quartier

 

« Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse, une manifestation ? », déclare Raoul Martinez, en repartant de la boucherie Slovenia avec sous le bras deux portions du « mélange spécial » : salami, saucisses piquantes et choucroute. « C’est triste. Je viens ici chaque semaine depuis des années. Je suis un homme d’habitude… »

Carl Gagné, qui habite aussi le quartier, prend la nouvelle avec philosophie. « Je trouve ça terrible de perdre un beau commerce de quartier comme celui-ci, mais je comprends les propriétaires qui sont fatigués. »

L’homme est reparti dans le froid de janvier avec un triptyque sous le bras : un sandwich au salami piquant, à la viande fumée et au jambon. « C’est une partie de Montréal qui s’en va. »

Sur Facebook, des clients venant d’aussi loin que la Gaspésie ou l’Abitibi-Témiscamingue ont déploré la fermeture de la boucherie. « Vous étiez un incontournable quand nous allions à Montréal. Une glacière remplie de vos produits revenait à Gaspé », a écrit une internaute.

Plusieurs ont laissé une anecdote personnelle sur la page de la boucherie. Une dame a raconté y avoir rencontré son mari. Une autre a mentionné que son époux, dans ses derniers jours de vie à l’hôpital, lui avait réclamé un sandwich de chez Slovenia.

Pour un autre internaute, le Slovenia était, à travers son regard de jeune garçon, « l’incarnation même de Montréal ». « Mon père nous y amenait quelques fois durant l’été, s’est-il souvenu. Le smoked meat, les saucisses et une canette de boisson gazeuse qu’on mangeait debout. Le bonheur. »

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