Omicron met les épiciers sous pression

En raison du manque de personnel, certains épiciers pourraient être contraints de fermer des comptoirs de service ou de réduire leurs heures d’ouverture.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir En raison du manque de personnel, certains épiciers pourraient être contraints de fermer des comptoirs de service ou de réduire leurs heures d’ouverture.

La vague Omicron exerce une forte pression sur les épiciers, qui doivent poursuivre leurs activités malgré une forte augmentation du taux d’absentéisme de leurs employés malades ou soumis à un isolement préventif.

Dans les épiceries du Québec, le taux d’absentéisme varierait entre 10 % et 20 %, estime Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA). « Je vous dirais qu’on touche du bois tous les jours dans chacun des commerces concernant si on va en perdre beaucoup aujourd’hui [des employés] ou pas. On espère que ça va se replacer, parce que ça met beaucoup de pression sur les équipes », dit-il.

Les vacances scolaires des Fêtes ont permis aux employés-étudiants d’offrir plus de disponibilités pour compenser les absences, mais Éric Courtemanche Baril, propriétaire d’un Marché Tradition à Québec, craint que la situation devienne plus difficile dans les prochaines semaines. « C’est sûr que dans les semaines suivantes, on n’aura pas cette capacité de se retourner aussi rapidement et de donner des heures à des gens qui ne sont pas à l’école. »

En raison du manque de personnel, certains épiciers pourraient être contraints de fermer des comptoirs de service ou de réduire leurs heures d’ouverture. Dans l’établissement de M. Baril, environ 15 % des employés sont absents en raison de la COVID-19. Il se souvient de deux moments où le taux d’absentéisme était monté à 25 %, au cours des deuxième et troisième vagues. « Il a fallu carrément fermer certains services et réduire nos heures d’ouverture. Je fermais à 21 heures [au lieu de 23 heures] par manque d’employés. Il y a des services que j’ai fermés à l’occasion, comme le prêt-à-manger. Quand on tombe en haut du 20-25 %, on n’a pas le choix de fermer des services ou de réduire ses heures d’ouverture. »

Tests rapides

L’ADA aimerait que les travailleurs des épiceries aient un meilleur accès aux tests de dépistage, ce qui permettrait de réduire la période d’isolement des employés qui ne sont pas infectés. Craignant une pénurie, Québec a limité l’accès aux tests PCR. L’industrie de l’alimentation doit donc se rabattre sur les tests rapides. « On va être dépendants de la disponibilité des tests rapides, commente M. Blouin. Il y a des détaillants qui en avaient déjà commandé, il y en a qui les ont déjà tous utilisés, d’autres qui attendent d’en avoir. »

Chaîne d’approvisionnement

Les épiciers ne sont pas les seuls à devoir composer avec des problèmes d’absentéisme. Toute la chaîne alimentaire subit des pressions, constate Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie. « Le problème avec Omicron, c’est que ça frappe fort, et ça frappe extrêmement rapidement. On ne permet pas à l’industrie de s’adapter. »

C’est le cas notamment d’un abattoir d’Exceldor situé près de Québec, où l’on a décidé d’euthanasier des poulets qui ne pouvaient pas être transformés, faute de personnel. La coopérative a attribué ses difficultés à l’augmentation des cas de COVID-19 combinée aux retards fédéraux dans le traitement des demandes de travailleurs étrangers temporaires.

Dans ce contexte, la Santé publique du Québec n’avait pas le choix de réduire la période d’isolement de 10 jours à 5 jours pour les personnes atteintes de la COVID-19, croit M. Charlebois. Cet assouplissement était nécessaire pour la chaîne d’approvisionnement alimentaire. « Même si la Santé publique a été critiquée, du point de vue de l’industrie, moi, je ne vois pas comment on aurait eu le choix, dit l’économiste. C’est incroyable ce qui se passe. »

M. Charlebois n’anticipe pas de fermetures d’épicerie, mais il croit que les consommateurs doivent s’attendre à ne pas trouver sur les tablettes tous les produits qu’ils ont l’habitude de consommer. « Je suis un peu inquiet de ce qui se passe avec la chaîne d’approvisionnement présentement. Ce ne sera pas évident de garder le monde et de s’assurer qu’il y a une fluidité au sein de la chaîne. »

Il invite les consommateurs à ne pas se ruer dans les épiceries pour faire des réserves. « Paniquer, ce serait la pire chose à faire, prévient l’économiste. Il vaut mieux aller à l’épicerie plusieurs fois, si vous êtes à l’aise de le faire. La situation risque d’empirer si les gens achètent leur nourriture trop d’avance. »

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