Sauver les médecins de l’infobésité

Jonathan Hershon Saint-Jean, cofondateur de Pathway
Photo: Jonathan Hershon Saint-Jean Jonathan Hershon Saint-Jean, cofondateur de Pathway

La recherche médicale ne s’arrête jamais. En fait, elle s’accélère. Selon les données de l’industrie de la santé, il se publie dans le monde l’équivalent de près de 100 nouvelles études chaque heure, si bien qu’un clinicien devrait passer 21 heures par jour à tout lire pour se garder au fait des plus récentes découvertes dans son domaine d’expertise. La jeune pousse Pathway a été créée par trois Montréalais qui croient qu’il est possible de faire le tri de toute cette information pour aider les professionnels de la santé à faire leur travail plus efficacement.

Pathway vient de boucler un financement de 1,6 million pour raffiner sa technologie, étoffer la quantité d’information qu’elle rapatrie dans son service et étendre son offre à davantage de secteurs de la médecine. Son application est déjà utilisée dans 180 pays par des médecins, des pharmaciens et des étudiants en médecine. La technologie aura-t-elle l’effet escompté sur cet important secteur d’activité ? Jonathan Hershon Saint-Jean, cofondateur de Pathway, espère que oui.

L’infobésité médicale

L’infobésité est un terme né au début de l’adoption du Web par le grand public quand il a été constaté à quel point le volume d’information qu’il est possible de trouver sur Internet à propos de la plupart des sujets est énorme. Cette surdose d’information peut mener une personne à ne plus trop savoir comment distinguer l’information la plus récente et la plus pertinente, un phénomène qui continue d’être d’actualité jusqu’en santé, où le niveau de connaissance sur la maladie évolue à une rapidité qui dépasse l’entendement. Le problème, c’est que cette information est souvent disparate, utilise des termes différents et s’avère un véritable casse-tête, constate Jonathan Hershon Saint-Jean.

« La rapidité à laquelle est produite la recherche en santé est complètement folle, et ça ne cesse de s’accélérer. Ce que nous avons mis au point, c’est un outil qui fait un condensé et qui normalise toute cette recherche, pour que les termes utilisés d’une à l’autre soient les mêmes. Nous en extrayons l’information qui est cliniquement utile pour les spécialistes qui désirent effectuer le bon diagnostic et proposer le bon remède. C’est un gain de temps énorme. »

La technologie en santé

Il a été découvert, dès les premières semaines de la pandémie de COVID-19, que le secteur québécois de la santé reposait sur au moins une technologie qu’on peut sans trop se tromper qualifier de dépassée : le télécopieur. À une époque où les messageries électroniques sont omniprésentes, il semble évident qu’un petit rehaussement des outils de travail aiderait à rendre le système plus performant sans trop changer les façons de faire dans le secteur. Y a-t-il de la place pour plus de technologie en santé ?

« Tout à fait. Il se fait encore bien des choses manuellement qui pourraient être numérisées ou même automatisées. Même au Québec, il y a certaines pratiques qui pourraient être améliorées pour accélérer sur-le-champ le traitement des patients. Je pense par exemple au partage des données entre différents établissements de santé », dit M. Hershon Saint-Jean.

Le gouvernement du Québec a déjà affirmé que, selon lui, les données personnelles issues du secteur de la santé représentaient « une mine d’or », à condition de bien les exploiter. Qu’en pensez-vous ?

Je suis d’accord. Le Dr Louis Mullie, un de nos cofondateurs, est d’ailleurs impliqué dans un projet appelé CODA-19 qui cherche à étudier comment rendre le système plus sûr et plus efficace à partir de la tonne de données anonymes fournies par des établissements de santé à propos de gens atteints de la COVID-19.

Jonathan Hershon Saint-Jean

La résistance au changement

Vu de l’extérieur, le secteur québécois de la santé peut avoir l’air d’un énorme monolithe qui résiste à tout changement ou à toute réforme qui viserait à en améliorer l’efficacité. La réalité est évidemment plus complexe que cela. La santé est un terme assez large, qui englobe une très grande variété de soins et de services qu’il est difficile d’encadrer d’une façon unique. Sans que ce soit optimal, le système fonctionne à sa façon et, souvent, les solutions qui se présentent comme innovantes se heurtent à une résistance qui les empêche d’être intégrées au système. C’est un défi qu’espère pouvoir éviter Pathway.

« De façon générale, les cliniciens sont assez ouverts aux nouvelles idées, mais ça varie selon l’âge », dit M. Hershon Saint-Jean. « Les plus jeunes professionnels sont plus ouverts aux nouvelles technologies. On calcule qu’ils ont recours en moyenne à cinq applications spécialisées pour faire leur travail. Pour notre application, nous l’offrons directement aux cliniciens. Cela nous aide à valider notre service et à l’améliorer rapidement. Nous avons aussi adopté cette approche bottom-up parce que nous espérons que ceux qui utilisent actuellement notre application partageront leur expérience avec leurs collègues et qu’elle sera ainsi de plus en plus utilisée dans l’ensemble du secteur. »

L’intelligence artificielle en santé

L’intelligence artificielle (IA) est un terme qui englobe de nombreuses technologies numériques qui ont toutes en commun une chose : elles reposent sur l’analyse automatisée d’un volume de données si important qu’il serait à peu près impossible d’en faire l’étude manuellement. Une autre partie de l’IA est l’apprentissage automatisé, une application de la technologie où celle-ci se perfectionne à mesure qu’on lui soumet des données. C’est pourquoi les premiers systèmes d’IA sont généralement moins performants que prévu : ils doivent d’abord apprendre, puis, en s’améliorant, ils finissent par être plus performants qu’un humain pour certaines tâches précises. Le volume de données est important, et l’IA peut y jouer un rôle pivot, croit Jonathan Hershon Saint-Jean.

« Seulement dans la recherche médicale, l’IA peut effectuer une recommandation de la bonne information à partir d’une importante quantité d’études avec un degré de précision et de rapidité beaucoup plus élevé que si on confiait la tâche à des médecins. Les centres de recherche et les laboratoires partout dans le monde utilisent environ 300 échelles d’évaluation et de qualification différentes pour exprimer leurs résultats. L’IA permet déjà à la base de structurer toute cette information pour trier et standardiser tous ces résultats. Mais l’IA n’est pas là pour remplacer les spécialistes, au contraire : nous avons une équipe de médecins qui supervise la technologie. C’est aussi comme ça que nous entraînons notre IA à devenir chaque jour plus efficace. »

Pathway en un clin d’oeil

Créée en 2018
25 personnes employées de l’entreprise
Application lancée officiellement en 2020
Déjà téléchargée dans 180 pays



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