Ottawa et Québec investissent dans l’électrification de l’aéronautique

Le secteur aéronautique a traversé une «tempête parfaite» l’an dernier, a rappelé jeudi le p.-d.g. de CAE, Marc Parent (à gauche), lors d’une conférence de presse, notamment en compagnie de Justin Trudeau.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le secteur aéronautique a traversé une «tempête parfaite» l’an dernier, a rappelé jeudi le p.-d.g. de CAE, Marc Parent (à gauche), lors d’une conférence de presse, notamment en compagnie de Justin Trudeau.

L’industrie québécoise de l’aéronautique entame un virage vers son électrification grâce à un soutien financier de 693 millions de dollars d’Ottawa et de Québec. Bell Textron et Pratt & Whitney s’engagent à concevoir respectivement un hélicoptère électrique et un moteur d’avion hybride. CAE, pour sa part, mise sur le développement de technologies liées à cette aventure.

Le secteur aéronautique a traversé une « tempête parfaite » l’an dernier, a rappelé jeudi le p.-d.g. de CAE, Marc Parent, lors de la conférence qui a réuni les représentants de l’industrie et des gouvernements. Au printemps 2020, le trafic aérien commercial a chuté de 90 % du jour au lendemain, a-t-il rappelé : « On a tous compris qu’il fallait faire quelque chose, non seulement pour garder les emplois, mais aussi pour assurer une croissance. C’est clair que ça passe par l’innovation et l’agilité. »

Trois grands projets

C’est par l’électrification de l’aéronautique que l’industrie québécoise compte innover.

Pour ce faire, 1,8 milliard de dollars seront investis dans trois projets chapeautés par autant d’entreprises : Pratt & Whitney, CAE et Bell Textron. Les gouvernements du Canada et du Québec allongeront respectivement 440 millions et 253 millions, laissant au secteur privé le soin d’investir 1,1 milliard.

Pratt & Whitney veut concevoir d’ici quatre ans un moteur à propulsion hybride électrique. Réalisé en collaboration avec De Havilland Aircraft, ce moteur permettra de réduire de 30 % la consommation de carburant des aéronefs, selon Maria Della Posta, présidente de Pratt & Whitney Canada.

Le projet Viridis de Bell Textron Canada vise pour sa part à développer et à commercialiser des technologies aéronautiques plus respectueuses de l’environnement. À quand un hélicoptère hybride ou électrique en ciel québécois ? Le président de Bell Textron Canada, Steeve Lavoie, n’a pas voulu se commettre.

693 millions
C’est le soutien financer total que verseront Québec et Ottawa à l’industrie québécoise de l’aéronautique.

Désignant l’hélicoptère installé derrière les dignitaires présents au palais des congrès de Montréal, M. Lavoie a toutefois donné un premier indice : « C’est un démonstrateur hybride électrique qui a été testé ; il a fait plus de 50 heures de vol. […] Aujourd’hui, je peux vous dire qu’un modèle comme celui-ci va nous servir à réduire drastiquement les [émissions de] GES. »

Enfin, CAE a pour sa part annoncé le déploiement dans les cinq prochaines années d’un programme de développement de technologies numériques, notamment liées à l’électrification de l’aviation. L’entreprise reconnue pour ses simulateurs de vol veut d’ailleurs atteindre la carboneutralité.

Les investissements fédéraux de jeudi détaillent en fait des sommes promises plus tôt cette année. Dans son budget d’avril, Ottawa disait vouloir injecter 1,75 milliard de dollars sur sept ans en aéronautique grâce au Fonds stratégique pour l’innovation.

Le gouvernement Trudeau avait aussi promis en avril une aide de 250 millions de dollars sur trois ans pour les PME du secteur de l’aérospatiale. En conférence de presse, la ministre du Développement économique, Mélanie Joly, a confirmé cet investissement : de cette somme, près de 100 millions devraient être investis au Québec, a-t-elle assuré.

« Créer de la richesse »

Le premier ministre du Québec, François Legault, de son côté, a souligné à gros traits l’incidence positive de ces projets sur le marché de l’emploi. « Les trois annonces qu’on fait aujourd’hui vont créer 1000 nouveaux emplois payants. Et quand je dis payant, c’est que ce sont des emplois [dont les salaires] dépassent 80 000 $ par année. »

La pénurie de main-d’œuvre est un défi tant pour les gouvernements que les entreprises, a-t-il rappelé. « Des emplois à 20 000 $ ou 30 000 $ par an, il y en a beaucoup. Mais lorsqu’on se compare avec l’Ontario, on n’a pas assez au Québec d’emplois à 70 000 $ ou 80 000 $ par année. »

Ces emplois bien rémunérés vont permettre de « créer de la richesse », a insisté M. Legault.

Mais il ne suffit pas de créer des emplois, il faut pouvoir les combler, a-t-il convenu. « Ça, ça passe par l’éducation, qui restera toujours la priorité des priorités. Et quand je dis éducation, ça peut vouloir dire requalification. » Il faut aussi être capable « de prioriser certains secteurs » où les salaires sont plus élevés, comme l’ingénierie, a-t-il souligné.

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