La grève des ingénieurs est un casse-tête pour les entrepreneurs

La Ville a maintenu les chantiers jugés «essentiels», dont ceux de la rue Peel, de la rue Sainte-Catherine Ouest, du MIL Montréal et de l’échangeur Remembrance–Côte-des-Neiges.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La Ville a maintenu les chantiers jugés «essentiels», dont ceux de la rue Peel, de la rue Sainte-Catherine Ouest, du MIL Montréal et de l’échangeur Remembrance–Côte-des-Neiges.

L’administration Plante soutient que la grève des ingénieurs municipaux n’aura pas de répercussions majeures sur les chantiers municipaux, mais les entrepreneurs, eux, ne partagent pas cet avis. La suspension des chantiers est un casse-tête, et la Ville de Montréal doit s’attendre à des réclamations de leur part, disent-ils.

« Quand je commence à avoir des téléphones d’entrepreneurs, c’est déjà problématique », explique Caroline Amireault, directrice générale de l’Association québécoise des entrepreneurs en infrastructure (AQEI). « Un des problèmes majeurs, c’est que les employeurs vont devoir mettre à pied des employés. Comme il y a une pénurie de main-d’œuvre, ces travailleurs vont se faire engager ailleurs. C’est vraiment le plus grand problème que les entrepreneurs vont avoir à gérer. »

La grève déclenchée le 2 juin dernier par le Syndicat professionnel des scientifiques à pratique exclusive de Montréal (SPSPEM), qui regroupe 550 membres, dont 520 ingénieurs, ainsi que des chimistes, des arpenteurs-géomètres et des vétérinaires, commence déjà à peser lourd pour les entrepreneurs qui ont dû mettre des chantiers sur pause.

Litige sur la rémunération

La Ville estime que la moitié des chantiers routiers, soit une soixantaine, ont été suspendus ou ont été retardés. Les négociations sont au point mort, et le litige touche essentiellement la rémunération. Les syndiqués réclament un rattrapage salarial, car, avancent-ils, la Ville peine à retenir ses ingénieurs et ses professionnels. Ils demandent aussi une compensation financière pour des concessions accordées antérieurement.

Lors de l’assemblée du conseil municipal la semaine dernière, la mairesse Valérie Plante avait allégué que la grève aurait un effet limité sur les chantiers. La Ville a d’ailleurs maintenu les chantiers jugés « essentiels », dont ceux de la rue Peel, de la rue Sainte-Catherine Ouest, du MIL Montréal et de l’échangeur Remembrance–Côte-des-Neiges. Dans certains cas, des cadres ont pris la relève des ingénieurs sur les chantiers. Ailleurs, la surveillance était déjà assurée par des firmes privées.

Caroline Amireault n’est pas convaincue que les entrepreneurs seront en mesure de relancer rapidement les chantiers une fois la grève terminée, leurs employés ayant possiblement été réquisitionnés ailleurs. « On est dans une réalité où on est dans une pénurie de main-d’œuvre, et il y a surchauffe pour les travaux en infrastructure. C’est complexe. C’est une orchestration pour l’employeur. Il a consacré du temps à la Ville de Montréal pour faire ses travaux à cette période-là. Son carnet de commandes est fixé dans le temps. »

Des réclamations à prévoir

« Je prévois beaucoup de problèmes au niveau des entrepreneurs et beaucoup de réclamations aussi », indique Mme Amireault. Elle évoque les frais subis par les entrepreneurs, notamment en ce qui a trait aux équipements de sécurité qui doivent être laissés sur les chantiers désertés et aux assurances. Elle évoque aussi le contexte entourant l’augmentation du coût des matériaux, qui pourrait avoir un impact financier pour les entrepreneurs. « Le temps a été bien choisi par les professionnels [pour faire la grève]. On est en pleine saison de la construction, et cette saison est courte », dit-elle.

On est dans une réalité où on est dans une pénurie de main-d’oeuvre, et il y a surchauffe pour les travaux en infrastructure. C’est complexe. C’est une orchestration pour l’employeur.

Vendredi dernier, le président du comité exécutif, Benoit Dorais, jugeait démesurées les demandes salariales du syndicat représentant les ingénieurs et les scientifiques. « Ça ne respecte absolument pas la capacité de payer des payeurs de taxes », avait-il dit.

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