Des pressions internes pour un virage vert à ExxonMobil et à Chevron

Les actionnaires d'ExxonMobil ont voté en faveur d’une résolution, présentée par BNP Paribas, obligeant l'entreprise à faire un rapport expliquant si ses activités de lobbying sont bien alignées aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, signé en 2015.
Photo: Matthew Brown Associated Press Les actionnaires d'ExxonMobil ont voté en faveur d’une résolution, présentée par BNP Paribas, obligeant l'entreprise à faire un rapport expliquant si ses activités de lobbying sont bien alignées aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, signé en 2015.

Les actionnaires d’ExxonMobil et de Chevron ont voté, mercredi, pour forcer les géants pétroliers américains à lutter plus énergiquement contre les changements climatiques. Cela témoigne d’une pression qui s’accentue sur les producteurs d’or noir afin qu’ils répondent aux préoccupations environnementales.

À ExxonMobil, au moins deux des quatre candidats au conseil d’administration proposés par la société d’investissement Engine No. 1, qui avait lancé fin 2020 une campagne appelant l’entreprise à miser moins sur le pétrole et le gaz et plus sur les énergies renouvelables, ont été retenus. Les actionnaires de l’entreprise ont aussi voté en faveur d’une résolution, présentée par BNP Paribas, obligeant ExxonMobil à faire un rapport expliquant si ses activités de lobbying sont bien alignées aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, signé en 2015.

L’assemblée générale du groupe était surveillée de près. Signe que les votes étaient serrés, la réunion a été suspendue pendant une heure et la séance de questions s’est prolongée pendant près d’une heure supplémentaire. À Chevron, qui tenait également mercredi son assemblée générale annuelle, une proposition demandant à ce que l’entreprise réduise les émissions de gaz à effet de serre de ses produits a recueilli 61 % des votes, malgré l’opposition du conseil d’administration.

« Ces votes reflètent une prise de conscience croissante de l’importance des voix des actionnaires pour accélérer la transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables », a souligné Mark van Baal, de l’organisme néerlandais Follow This. « Les investisseurs institutionnels comprennent qu’aucun investissement n’est sûr dans une économie mondiale ravagée par le changement climatique », a-t-il ajouté.

Pas de retour en arrière

« ExxonMobil ne peut plus revenir en arrière », a estimé de son côté Andrew Logan, de l’ONG américaine Ceres.

Engine No. 1 avait lancé, fin 2020, une campagne appelant la firme à dépenser moins pour de nouveaux projets pétroliers et gaziers et à envisager plus sérieusement les énergies alternatives, comme l’ont fait d’autres grands groupes du secteur, comme Shell ou Total. « Quel que soit le résultat du vote, le changement arrive », s’est félicité l’un de ses responsables, Charlie Penner, avant la proclamation des résultats.

Engine No. 1 était appuyé dans sa démarche par les trois plus grands fonds de pension américains CalSTRS, CalPERS et New York State Common ainsi que par les cabinets ISS et Glass Lewis, qui donnent des recommandations de vote aux actionnaires.

Darren Woods, le p.-d.g. d’ExxonMobil, a reconnu le « désir des actionnaires d’impulser un changement » et a assuré que le groupe était « bien positionné pour y répondre ». La direction a promis dès fin 2020 d’accentuer ses efforts pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre au cours des cinq prochaines années et a annoncé en février la création d’une filiale consacrée aux énergies moins polluantes.

Mais le groupe ne prévoit pour l’instant y consacrer que 3 milliards de dollars d’ici 2025, ce qui est peu par rapport à ses dépenses annuelles d’exploration pétrolière et gazière. Et il met surtout l’accent sur les techniques de capture et de stockage du carbone, contestées par certains militants.

Devant la pression d’une opinion publique et de certains investisseurs, tous les grands groupes du secteur ont été amenés, ces derniers mois, à revoir leur stratégie climatique. ExxonMobil était encore en 2013 le groupe privé valant le plus cher en Bourse au monde. Mais son étoile a depuis pâli et il a été sorti, à l’été 2020, de l’indice vedette Dow Jones. Touché de plein fouet par la chute de la demande en énergie au plus fort de la pandémie, il a perdu 22 milliards de dollars en 2020.

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