Lion, dernière ligne droite avant la Bourse

L'usine de Saint-Jérôme a une capacité de production de 2500 véhicules par année, et l’entreprise compte un peu plus de 300 véhicules en circulation.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L'usine de Saint-Jérôme a une capacité de production de 2500 véhicules par année, et l’entreprise compte un peu plus de 300 véhicules en circulation.

Cela fait déjà plusieurs mois que Lion Électrique a annoncé son intention de se lancer en Bourse. Et ce devrait être bientôt chose faite. Vendredi, les actionnaires de Northern Genesis Acquisition (NGA) voteront sur la fusion avec la compagnie d’autobus et de camions électriques québécoise. Le Devoir fait le point sur le saut dans la cour des grands que s’apprête à faire l’entreprise de Saint-Jérôme.

Fondée en 2008 par Marc Bédard, son actuel p.-d.g., Lion Électrique voit les choses en grand. Le constructeur québécois a choisi le chemin de la Bourse de New York (NYSE) pour financer sa croissance. Et plutôt que d’emprunter la voie traditionnelle du premier appel public à l’épargne (PAPE ou IPO en anglais) pour passer du statut d’entreprise privée à celui de compagnie publique,Lion préfère fusionner avec NGA, une société d’acquisition à vocation spécifique (SPAC) déjà cotée en Bourse. Ce type d’entreprises, parfois appelées « compagnies de chèque en blanc », n’ont d’autre vocation que de fusionner avec une entreprise prometteuse, qui prend ensuite sa place à la Bourse.

La valeur boursière initiale de la nouvelle entité, dont le symbole sera « LEV », est évaluée à environ 1,9 milliard de dollars américains (soit 2,5 milliards de dollars canadiens).

L’action de NGA, qui deviendra elle aussi « LEV » lorsque le regroupement avec Lion sera approuvé, a accusé une certaine volatilité dans les dernières semaines. En janvier, elle a culminé à 33,48 $ US. L’engouement pour l’électrification des transports et l’intérêt pour les SPAC — et peut-être aussi l’entrevue de Marc Bédard avec Jim Cramer, le célèbre animateur de CNBC — y ont probablement contribué.

Mais depuis son sommet du 15 janvier, l’action a baissé de plus de 55 %, pour atteindre 15,17 $ vendredi dernier à la clôture des marchés. La volatilité du cours des SPAC est fréquente, et le prix de l’action de NGA devrait continuer à fluctuer, croit Michel Nadeau, expert-conseil de l’Institut sur la gouvernance.

De l’avis de l’ancien haut dirigeant de la Caisse de dépôt et placement du Québec, « l’investisseur prudent devrait attendre avant d’acheter des actions de l’entreprise, car la compagnie n’est pas à prix d’aubaine en ce moment. L’investisseur audacieux devrait peut-être y aller avec un petit montant, poursuivre la belle balade en autobus électrique, et être patient ».

Mais si vous achetez une action de la compagnie maintenant, c’est « un risque », car « ce que vous achetez, ce sont surtout des promesses », souligne M. Nadeau. « Des promesses qui vont peut-être réussir, on le souhaite, mais je pense qu’il faut être prudent », ajoute-t-il.

Car Lion a de la concurrence, rappellel’expert, et certains ont les reins solides. Dans le secteur du camion électrique, il suffit de penser à d’importantes entreprises comme Tesla et Volvo.

Un saut dans la cour des grands

L’entreprise aura de grands défis à relever, poursuit M. Nadeau. « C’est une compagnie qui marche bien, mais qui n’est pas grosse ! C’est un petit joueur qui s’en va jouer dans les ligues majeures », selon lui.

Actuellement, l’usine de Saint-Jérôme a une capacité de production de 2500 véhicules par année, et l’entreprise compte un peu plus de 300 véhicules en circulation. « Certes, Lion a déjà quelques centaines de véhicules sur la route, mais c’est encore assez peu par rapport aux milliers auxquels on s’attend en 2025. Est-ce qu’elle va être capable de gérer sa croissance ? En ce moment, la compagnie roule à 50 km/h… Est-ce qu’elle va être capable de rouler à 500 km/h ?  » se demande M. Nadeau.

Force est toutefois de reconnaître que la compagnie a cumulé plusieurs bons coups jusqu’à maintenant. Elle a notamment su capter l’intention de gros joueurs comme Amazon. En septembre dernier, Lion avait annoncé que le géant américain du commerce en ligne lui avait commandé 10 camions électriques. En janvier, dans un document déposé à la Securities and Exchange Commission (SEC), on apprenait également l’existence d’une entente obligeant Lion à protéger pour Amazon une portion de sa capacité de production jusqu’à 500 véhicules par année de 2021 à 2025, soit jusqu’à 2500 camions. Les termes du contrat prévoient aussi que Lion réserve 500 camions par an ou 10 % de sa capacité de fabrication de 2026 à 2030.

Il est toutefois précisé qu’« à l’exception des véhicules faisant l’objet d’un bon de commande existant, [Amazon] n’est pas tenue d’acheter une quantité minimale spécifiée de véhicules auprès de Lion ».

Mis à part Amazon, le constructeur a également reçu des commandes d’autres entreprises importantes, comme le Canadien National (CN), Ikea, Hydro-Québec, ou encore Autobus Groupe Séguin.

Ambitions d’expansion

Pour faire face à la concurrence et répondre à la demande croissante d’électrification des transports, Lion compte bien prendre du galon. Et son entrée en Bourse l’aidera à aller chercher des liquidités pour satisfaire sa soif de projets.

L’entreprise peut aussi compter sur l’appui des gouvernements. Au mois de mars, les premiers ministres Trudeau et Legault se sont retrouvés pour la première fois après de longs mois de pandémie, et ce, pour annoncer leur soutien à la compagnie de Saint-Jérôme.

Québec et Ottawa ont conjointement injecté 100 millions de dollars pour la construction d’une usine d’assemblage de blocs-batteries, qui permettra à Lion d’être plus compétitive sur le plan des coûts. « Ils devaient le faire, croit Michel Nadeau. Sinon l’usine de batteries de Lion aurait vu le jour aux États-Unis plutôt qu’au Québec. »

Dans les prochains mois, Lion Électrique devrait rendre publique une nouvelle annonce concernant l’ouverture d’une usine de fabrication de véhicules de 130 millions dollars américains (soit 162,4 millions de dollars canadiens) aux États-Unis.

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