Les trois priorités de la CSN

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Selon la CSN, le Québec devrait profiter de la relance pour revoir les modèles d’hébergement des personnes âgées.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Selon la CSN, le Québec devrait profiter de la relance pour revoir les modèles d’hébergement des personnes âgées.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

« La crise a fait remonter à la surface toutes les contradictions du système économique dans lequel on vit », observe Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Un an après le début de la pandémie, la centrale syndicale poursuit son combat pour la protection des travailleurs, durement mis à l’épreuve.

Au sortir de cette première année de pandémie, la CSN poursuit sa mobilisation sur plusieurs aspects, avec en tête trois priorités pour 2021. « On a mangé quand même un méchant coup comme société. Toutes les faiblesses du système sont remontées à la surface », remarque Jacques Létourneau, président de la CSN.

1. Réinvestir dans le réseau public

C’est donc sans surprise qu’une des priorités de la CSN reste le secteur public, déjà fragile avant la crise :« On était les derniers étonnés du dérapage, notamment dans les CHSLD : depuis 25 ans, au Québec, on comprime les dépenses, on est dans des politiques de déficit zéro et de remboursement de la dette », affirme M. Létourneau. Pendant qu’on insistait sur l’assainissement des finances publiques, on ne se préoccupait pas des conséquences possibles sur les services publics, observe-t-il.

« Le gouvernement du Québec doit réinvestir dans les services publics, et ça, ça commence par les conditions salariales et les conditions de travail », souligne le président de la centrale syndicale. En effet, pour attirer et retenir les infirmières, les employés de soutien comme les préposés aux bénéficiaires, épuisés par cette crise, et rebâtir les services de santé publique, de meilleures conditions devront être mises en place.

« Je parle de la santé, mais je pourrais parler de l’éducation, qui est dans un état assez déplorable aussi, avec le manque d’orthopédagogues, la crise du personnel enseignant et non enseignant », ajoute-t-il.

La CSN suivra donc de très près le prochain budget du Québec, où s’amorceront les négociations pour le secteur public. « Le gouvernement en ce moment reste dans un créneau qui pourrait nous ramener vers l’austérité, ce qui serait un non-sens, dans un contexte où la province a besoin d’oxygène », souligne M. Létourneau.

2. Plus de prévention en santé et sécurité au travail

La CSN suit également de près le dossier du projet de loi 59, qui veut moderniser le régime de santé et de sécurité du travail, qui n’a pas été revu depuis presque 45 ans. Le monde du travail a depuis évolué, encore plus depuis la pandémie et l’arrivée massive du télétravail.

Le gouvernement du Québec doit réinvestir dans les services publics, et ça, ça commence par les conditions salariales et les conditions de travail

 

Depuis une trentaine d’années, la CSN souhaite une réforme en profondeur pour renforcer la prévention, parent pauvre de la santé et sécurité au travail. « Il y a encore trop de blessés et de morts au travail, et à peu près pas de mesures structurantes de prévention », déplore M. Létourneau.

Le projet de loi innove sur certains aspects. Mais alors que la crise a encore une fois relevé les lacunes en matière de protection des travailleurs, la CSN continuera à travailler avec les autres centrales syndicales pour bonifier le projet de loi.

3. Relancer le Québec sur de bonnes bases

Les syndicats (comme les associations patronales) aimeraient aussi être plus consultés pour la reprise. « Quel genre de relance veut-on ? On trouve que le gouvernement n’est pas très bavard là-dessus, à part les quelques initiatives annoncées autour de la consommation locale et les emplois de proximité », note le président.

Or, la relance économique doit être imaginée en mettant tous les acteurs dans le coup. « Tout le monde dit qu’il faut profiter de la conjoncture pour relancer, consommer et produire autrement. Mais le gouvernement du Québec ne peut pas faire ça tout seul assis dans son bureau », poursuit-il. Il doit être à l’écoute des partenaires sociaux et syndicaux.

La relance ne peut également se faire uniquement dans le béton et le manufacturier ; elle doit faire une place aux services publics. « Pourquoi ne pas en profiter pour revoir les modèles d’hébergement des personnes âgées ? » propose M. Létourneau. La reprise serait une occasion de revoir nos façons de faire et de favoriser l’environnement, la protection des travailleurs les plus précaires ou à salaire minimum.

On se rappellera que les emplois où l’on trouve majoritairement les femmes ont beaucoup écopé durant la pandémie, tout comme les secteurs culturel, du tourisme et de la restauration. Pour la CSN, il est inconcevable de penser une reprise sans penser à ces gens.

« Ma crainte, c’est qu’une fois la crise derrière nous, on retombe exactement dans les mêmes travers », ajoute M. Létourneau. Le président appelle à une meilleure communication et écoute de tous les acteurs de la société, pour assurer un meilleur avenir aux Québécois.

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