L’absence d’aide fédérale est un signal «dangereux» pour l’industrie aérienne, dit Airbus

Airbus Canada contrôle l’A220 — l’ancien C Series de Bombardier —, des appareils assemblés à Mirabel (sur la photo), ainsi qu’à Mobile, en Alabama.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Airbus Canada contrôle l’A220 — l’ancien C Series de Bombardier —, des appareils assemblés à Mirabel (sur la photo), ainsi qu’à Mobile, en Alabama.

En tardant à octroyer une aide spécifique aux compagnies aériennes et à l’industrie aéronautique dans le contexte de la pandémie de COVID-19, Ottawa envoie un signal « très dangereux » qui pourrait avoir des répercussions à long terme, estime Airbus Canada.

« Pour le monde aéronautique, on voit que le Canada est le seul pays qui a la chance d’avoir une industrie aéronautique performante qu’il ne soutient pas », a lancé le président-directeur général du constructeur, Philippe Balducchi, jeudi. Il s’exprimait en compagnie d’autres acteurs du milieu devant un comité des Communes.

Selon lui, les grands donneurs d’ouvrage comme le géant européen Airbus pourraient hésiter à investir davantage au pays, alors que les transporteurs canadiens risquent d’avoir des difficultés à rivaliser avec leurs concurrents internationaux ayant bénéficié d’un soutien financier.

Les compagnies d’abord

Pour Airbus Canada, qui contrôle l’A220 — l’ancien C Series de Bombardier — et qui assemble les appareils à Mirabel ainsi qu’à Mobile, en Alabama, il faut d’abord venir en aide aux compagnies aériennes, « parce que c’est par elles que passe la demande ». Plusieurs dizaines de milliers de congédiements ont eu lieu chez les principaux transporteurs puisque les restrictions imposées en raison de la crise sanitaire ont fait plonger la demande. Air Canada a également annulé des commandes d’A220 alors que WestJet a fait de même avec un contrat pour 15 avions Boeing 737 Max.

Le patron d’Airbus Canada a également suggéré au comité des aides d’urgence aux fournisseurs de l’industrie qui sont plus « fragiles », de soutenir la recherche et le développement et de consentir, par exemple, à des reports de remboursements pour des prêts gouvernementaux.

Le Canada demeure le seul pays du G7 à ne pas offrir une aide spécifique à l’industrie aérienne. « Il est certain que le manque d’aide et de support à l’industrie de manière générale n’est pas un facteur encourageant pour le développement d’Airbus au Canada spécifiquement », a relaté M. Balducchi, qui n’a pas réclamé directement une aide pour Airbus Canada. Selon l’Association du transport aérien international (IATA), qui représente 290 compagnies aériennes à travers le monde, les transporteurs devraient perdre entre 75 milliards et 95 milliards de dollars américains cette année en dépit des espoirs suscités par la vaccination massive.

Recul du programme A220

Malgré la crise, a ajouté Philippe Balducchi, le géant européen a décidé d’aller de l’avant avec certains projets, comme une version de luxe de l’A220 destinée aux mieux nantis ainsi que l’ajout d’activités de préassemblage à Mirabel.

Par ailleurs, M. Balducchi a expliqué que pour l’A220, la crise a fait reculer le programme « d’approximativement deux ans en plus d’avoir un impact » sur les ventes. Trois appareils sont mensuellement produits à Mirabel, a-t-il expliqué, en ajoutant que la cadence devrait augmenter cette année. On retrouve environ 2500 travailleurs sur le site, soit environ 300 de moins qu’avant la crise sanitaire. En 2020, Airbus a livré 38 appareils A220, par rapport à 48 l’année précédente.

Le mois dernier, dans le cadre d’une conférence téléphonique visant à discuter des résultats annuels, la haute direction d’Airbus avait indiqué que l’objectif de rentabilité pour l’A220 avait été repoussé d’un an, soit à 2026. Il faudra encore injecter plusieurs centaines de millions de dollars dans le programme, selon l’avionneur.

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