Pornhub et compagnie perdent des clics

De décembre à janvier, le nombre de visites mensuelles sur Pornhub a chuté de 21%, passant de 3,2 milliards à 2,5 milliards.
Photo: Jack Taylor Agence France-Presse De décembre à janvier, le nombre de visites mensuelles sur Pornhub a chuté de 21%, passant de 3,2 milliards à 2,5 milliards.

Dans la foulée des poursuites judiciaires pour diffusion de vidéos intimes sans consentement, les sites du géant montréalais de la pornographie MindGeek ont enregistré une baisse marquée de fréquentation. La plus populaire de ses plateformes, Pornhub, a perdu son titre de site numéro un pour adultes cet automne.

C’est ce qui ressort des données de SimilarWeb, une firme britannique qui évalue la fréquentation des sites Internet. De décembre à janvier, le nombre de visites mensuelles sur Pornhub a chuté de 21 %, passant de 3,2 milliards à 2,5 milliards.

Le site qui se trouvait au sommet des sites pornographiques les plus consultés a été détrôné dans les derniers mois par Xvideos, détenu par son principal concurrent WGCZ.

Le constat est similaire pour les autres plateformes gratuites de MindGeek qui est dirigée de Montréal et emploie des centaines de personnes dans la métropole. Au cours de la même période, le nombre de visites mensuelles sur YouPorn a baissé de 26 % alors que celles de RedTube ont chuté de 32 %.

« Ce qui se déroule depuis décembre affecte MindGeek sur tous les aspects », constate Margaret MacDonald. Chercheuse au doctorat à la Faculté de l’information de l’Université de Toronto, elle est l’une des rares universitaires canadiennes à s’intéresser spécifiquement aux stratégies déployées par les plateformes pornographiques

Plusieurs démarches judiciaires

L’image de l’entreprise a tout d’abord été entachée par la publication d’une enquête du New York Times, rappelle-t-elle. Début décembre, le quotidien américain rapportait des témoignages révélant la présence de contenus illégaux qui auraient été diffusés sans consentement sur Pornhub.

Dans les jours qui ont suivi, MindGeek annonçait avoir effacé près de 10 millions de vidéos publiées par des utilisateurs non vérifiés.

À cela se sont ajoutées des démarches judiciaires médiatisées, fait-elle remarquer. Quarante femmes ont déposé en décembre une poursuite contre MindGeek et Pornhub. Elles soutiennent que des vidéos d’elles auraient été diffusées sans leur consentement et réclament 40 millions de dollars américains en dommages et intérêts.

En janvier, une Ontarienne a entrepris une demande d’action collective de 600 millions de dollars contre MindGeek au nom des personnes dont les vidéos intimes auraient été diffusées sans leur consentement.

Plus récemment, à la mi-février, c’était au tour de deux femmes en Alabama d’entamer des procédures judiciaires auprès de la Cour fédérale de l’État. Des vidéos d’elles auraient été diffusées sans leur consentement. Elles questionnent le système de vérification des utilisateurs qui partagent des vidéos sur des sites de MindGeek.

« Et dans les dernières semaines, au Canada, les dirigeants de MindGeek ont également dû répondre aux questions du Comité permanent de la protection des renseignements personnels et de l’éthique », ajoute Margaret MacDonald.

Autant d’éléments qui auraient changé la perception à l’égard de l’entreprise qui a engendré ce qu’elle qualifie « d’effet de réseau ». Une baisse de fréquentation sur la plateforme phare de l’entreprise aurait engendré une baisse de fréquentation dans l’ensemble de l’écosystème de cette dernière.

Outre les plateformes gratuites de MindGeek, le plus populaire des sites payants de l’entreprise — Pornhub Premium — a lui aussi enregistré une baisse notable de sa fréquentation (-32 %), passant de 205 millions de visites en décembre à 138 millions en janvier. Cette baisse, Margaret MacDonald l’explique en partie par les prises de position de Visa et Mastercard qui ont suspendu l’utilisation de leurs cartes sur Pornhub. « Ça n’a pas d’impact sur les sites gratuits, mais ça peut en avoir sur les sites payants. »

Mais il ne s’agit pas de la seule explication, selon elle. « Si vous payez pour de la pornographie sur Internet, vous faites partie d’une minorité et, probablement, plus soucieuse du respect de la production de ce qui s’y trouve. » Des abonnés pourraient préférer s’inscrire sur d’autres sites pour visionner le travail des actrices et des acteurs qu’ils suivent, dit-elle.

Le nombre de visites sur les sites de MindGeek est en baisse alors que le marché de la pornographie en ligne a le vent dans les voiles. Ce dernier valait 35,17 milliards de dollars américains en 2019, selon les estimations d’Absolut Market Insights (AMI). La firme de consultants, spécialisée dans les études de marché, prévoit une croissance annuelle de 15,2 % dans l’industrie d’ici 2027.


À l’instar des plateformes de diffusion en continu, comme Netflix ou Spotify, la demande sur les plateformes de pornographie a augmenté au cours de la pandémie. L’adoption de nouvelles méthodes de paiement comme les portefeuilles numériques et le paiement par cryptomonnaies en auraient facilité l’accès, indique AMI. MindGeek n’a pas répondu à notre demande de commentaires.

À voir en vidéo