Le Québec espère éviter le nouveau protectionnisme du gouvernement Biden

Le décret signé lundi implique de relever les niveaux de contenu national minimum dans le «Buy America», une loi qui s’applique à divers secteurs, dont celui de l’aluminium. Sur notre image, une aluminerie à Sept-Îles.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le décret signé lundi implique de relever les niveaux de contenu national minimum dans le «Buy America», une loi qui s’applique à divers secteurs, dont celui de l’aluminium. Sur notre image, une aluminerie à Sept-Îles.

Le Québec espère parvenir à se glisser entre les mailles de la nouvelle mouture du protectionnisme américain pour profiter lui aussi des milliards des plans de relance de Washington.

La confirmation, lundi, par le nouveau président américain Joe Biden, du resserrement des lois américaines d’achat de biens et services locaux a semé l’inquiétude chez les exportateurs québécois et canadiens qui espéraient que le départ de son prédécesseur leur permette de souffler un peu. « Le changement de garde à la Maison-Blanche va amener plus de prévisibilité, mais ce ne sera pas plus facile pour autant. Les démocrates ont l’habitude d’être plus protectionnistes et plusieurs de nos manufacturiers se montrent préoccupés par les dernières annonces faites par Biden », a déclaré mardi en entretien téléphonique au Devoir la p.-d.g. des Manufacturiers et Exportateurs du Québec, Véronique Proulx.

Le décret signé lundi par le président démocrate demande notamment un réexamen complet de l’application du Buy American Act qui permet aux gouvernements de favoriser les fournisseurs locaux dans l’attribution des contrats publics, qui se sont élevés en 2019 à presque 600 milliards de dollars américains. On vise entre autres à en clarifier les règles, à rendre le processus plus transparent, à réduire les échappatoires et à aider les plus petites entreprises à obtenir une part du gâteau. Il est aussi question de relever les niveaux de contenu national minimum notamment dans le Buy America, une autre loi qui s’applique, celle-là, au monde du transport et de ses infrastructures ainsi que de l’acier et de l’aluminium qui entrent dans leur construction.

Danger limité

Le Canada et le Québec ne devraient pas trop avoir à craindre des changements envisagés pour la première loi (Buy American Act), a estimé mardi la déléguée du Québec à New York, Catherine Loubier, dans le cadre d’une visioconférence à laquelle participaient aussi les chefs de trois autres représentations québécoises aux États-Unis et organisée par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). D’une part parce que les règles commerciales internationales et le nouvel Accord commercial Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) les protègent contre des abus et d’autre part parce qu’une « clarification des règles ne peut que leur être bénéfique ».

Elle admet qu’un relèvement du niveau de contenu national minimum dans la seconde loi (Buy America) pourrait avoir un effet plus important. Mais encore là, elle a essayé de se faire rassurante en faisant d’abord valoir que toutes ces mesures visaient principalement d’autres pays que le Canada, notamment la Chine, et que les quatre dernières années de politiques protectionnistes de Donald Trump ont permis au Canada et au Québec de se bâtir aux États-Unis un important réseau d’alliés du monde des affaires et de la politique qui croient à l’importance du maintien d’une solide intégration entre les économies américaine et canadienne.

L’une des preuves en est, dit-elle, ce regroupement de 655 000 chambres de commerce locales, associations industrielles et entreprises des deux côtés de la frontière qui s’est formé à l’occasion de la pandémie de COVID-19 pour en appeler à une réponse commune à la crise pour déboucher sur un grand « rebond nord-américain » (North American Rebound).

Des milliards qui font saliver

Véronique Proulx ne demanderait pas mieux que de voir les élus à Washington reconnaître l’importance de préserver les liens étroits tissés entre les deux économies. Après tout, le marché américain compte pour plus de 70 % des exportations du Québec et les manufacturiers pour presque 90 % des exportations québécoises. Et puis, le projet de Joe Biden d’investir 2000 milliards dans la relance de l’économie américaine et son virage vert fait rêver.

L’abondance d’hydroélectricité au Québec et son expertise dans plusieurs domaines de technologies vertes confèrent à ses entreprises un avantage concurrentiel dont il serait dommage qu’elles ne profitent pas aux États-Unis, a observé Catherine Loubier.

Mais pour le moment, Véronique Proulx craint que plus d’entreprises québécoises décident de déménager une partie de leur production aux États-Unis pour ne plus risquer de se retrouver du mauvais côté de la frontière. Si elle salue les efforts déployés par Ottawa pour rester dans les bonnes grâces commerciales de son immense voisin, elle voudrait aussi que les gouvernements au Canada révisent à leur tour les règles d’attribution de leurs propres contrats publics. Pas pour en exclure les étrangers, mais pour ne pas seulement tenir compte du plus bas soumissionnaire, mais aussi de normes en matière environnementale, de droit du travail et d’innovation.

 
 

Une version précédente de ce texte, qui laissait entendre erronément que la déléguée du Québec à New York s’inquiétait du déménagement possible d’entreprises québécoises aux États-Unis, a été corrigée.

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