Une plateforme québécoise comme solution de rechange à Amazon

Le ministre Pierre Fitzgibbon croit que cette initiative «aidera des dizaines de milliers de détaillants et de producteurs québécois à tirer leur épingle du jeu» dans cet environnement concurrentiel.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre Pierre Fitzgibbon croit que cette initiative «aidera des dizaines de milliers de détaillants et de producteurs québécois à tirer leur épingle du jeu» dans cet environnement concurrentiel.

Alors que la pandémie a propulsé les achats en ligne au profit de géants du Web, comme Amazon, une nouvelle plateforme transactionnelle québécoise devrait voir le jour l’automne prochain pour encourager l’achat local. L’annonce en a été faite lundi, en présence du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, à l’occasion du dévoilement du rapport sur les chantiers entourant l’avenir du commerce de détail au Québec.

Lancé en avril dernier, le Panier bleu — qui consiste en un répertoire d’entreprises et de produits locaux québécois — a annoncé un investissement commun de 900 000 $ avec le Mouvement Desjardins et la Banque Nationale, dans le cadre d’un projet visant à « jeter les bases d’un nouvel écosystème numérique ».

En plus de « la création d’une place de marché virtuelle commune », la valorisation de l’écosystème numérique québécois reposera également sur « l’optimisation des processus logistiques entourant le transport et la livraison afin que tous les détaillants, peu importe leur taille, puissent atteindre un niveau de service comparable aux meilleures pratiques dans l’industrie ».

Le ministre Pierre Fitzgibbon croit que cette initiative « aidera des dizaines de milliers de détaillants et de producteurs québécois à tirer leur épingle du jeu » dans cet environnement concurrentiel.

Le projet, qui sera piloté dans sa première phase par l’équipe du Panier bleu, « serait ultimement financé par un collectif d’entreprises privées, avec l’appui du gouvernement du Québec, qui entend jouer un rôle de facilitateur dans la démarche ».

Du Québéc... et d’ailleurs

Si la nouvelle plateforme transactionnelle mettra en valeur les produits québécois, elle devrait aussi permettre l’achat de produits provenant d’ailleurs. Afin d’offrir une « alternative crédible » aux plateformes comme celles d’Amazon ou de Walmart, où les « gens trouvent de tout », il faut « mettre des produits de toutes les provenances », a expliqué en conférence de presse Alain Dumas, p.-d.g. du Panier bleu.

« Si on [n’offrait] que des produits québécois, […] on serait seulement un “à côté”» a-t-il fait valoir, précisant toutefois que seraient mis en place des outils, comme des filtres, pour retrouver facilement les produits québécois sur le site.

« Est-il préférable d’acheter un téléphone intelligent ou une télévision chez un commerçant ou une plateforme internationale, ou de l’acheter chez un commerçant québécois ? », a souligné le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

Le p.-d.g. du Panier bleu et le ministre ont précisé qu’il faudrait clarifier la notion de ce qu’est un produit québécois, ajoutant que le degré de « local » d’un produit pourrait être indiqué à l’aide de différentes « teintes » de bleu sur le site. L’idée n’est toutefois pas nouvelle. La plateforme Ma Zone Québec propose déjà des produits d’ici, portant des logos bleu clair et bleu foncé.

Une initiative bien accueillie

JoAnne Labrecque, professeure à HEC Montréal, croit que le projet d’une plateforme transactionnelle québécoise développée par le Panier bleu permettra de donner un coup de pouce aux petites et moyennes entreprises québécoises, « non seulement d’un point de vue marketing, mais aussi au niveau de la distribution ». « Ça peut les aider à développer leur marché, et pas uniquement maintenir leurs ventes », souligne-t-elle.

L’initiative réjouit aussi Maude Vaillancourt, directrice d’Artisans Canada, qui possède des boutiques dans le Vieux-Montréal et le Vieux-Québec. « Dès le départ, le Panier bleu nous a énormément aidés, alors on voit d’un bon œil que le projet se poursuive et évolue », souligne l’entrepreneure.

« On existe depuis trois générations, mais notre clientèle est essentiellement touristique. Donc, malgré le fait qu’on soit présents depuis des années, on s’est rendu compte que les Québécois ne nous connaissaient pas. Le Panier bleu nous a permis d’atteindre ces clients [locaux] », ajoute-t-elle.

La pandémie a d’ailleurs eu pour effet de pousser l’entreprise, qui ne possédait pas de site Internet, à se tourner vers les ventes en ligne. « Quand on commence sur le Web, il y a beaucoup de choses, notamment d’un point de vue logistique, auxquelles on n’est pas nécessairement habitués. Alors, c’est sûr que ça va nous aider d’avoir un coup de pouce du Panier bleu pour atteindre des standards de livraison aussi bons que ceux des plus grandes compagnies », reconnaît Mme Vaillancourt.

Avec La Presse canadienne

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