Des fonctionnaires fédéraux forcés de travailler au bureau

À Service correctionnel Canada, on dit «réduire la présence des employés dans [les] milieux de travail lorsque cela est possible tout en assurant la sécurité des employés, des détenus et du public».
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne À Service correctionnel Canada, on dit «réduire la présence des employés dans [les] milieux de travail lorsque cela est possible tout en assurant la sécurité des employés, des détenus et du public».

Des fonctionnaires fédéraux du Québec déplorent de devoir travailler au bureau, alors que le télétravail est obligatoire dans la province. Un membre du personnel administratif d’un pénitencier fédéral du Québec, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles, doit maintenant se rendre au bureau deux ou trois jours par semaine. Pourtant, il juge qu’il pourrait faire l’essentiel de son travail à la maison.

« La semaine dernière, ils nous ont mis en télétravail à 100 % et ça s’est super bien passé. Là, on me dit que je dois rentrer, mais à part pour prendre du courrier ou imprimer du papier, je n’en vois pas l’utilité, dit-il. Le fait que le gouvernement provincial me dise que le télétravail est obligatoire, que je sois 100 % fonctionnel en télétravail, mais que mon employeur me dise que je dois rentrer, ça me chicote. »

Le vice-président régional de l’Alliancede la fonction publique du Canada (AFPC) affirme que des « anomalies » semblables lui ont été rapportées dans quelques ministères, dont Service correctionnel Canada. « On ne peut pas demander au cuisinier ou à l’agent correctionnel de travailler de la maison, mais c’est très possible pour les agents de libération conditionnelle ou les gens de la finance de le faire », souligne Yvon Barrière.

À Service correctionnel Canada, on dit « réduire la présence des employés dans [les] milieux de travail lorsque cela est possible tout en assurant la sécurité des employés, des détenus et du public ». Par courriel, la conseillère en relations avec les médias, Marie Pier Lécuyer, souligne que « certaines tâches peuvent uniquement être accomplies sur le lieu de travail ».

« Ce qui est dérangeant, c’est que certaines décisions sont laissées à des gestionnaires qui ont un sentiment de performance quand les gens sont au bureau, croit toutefois M. Barrière. Mais au contraire, on peut être très efficace [à la maison]. Quand on pense à des programmes qui ont été mis sur pied, comme la Prestation canadienne d’urgence ou l’aide aux entreprises, ça s’est fait majoritairement ou en totalité en télétravail. »

La COVID-19 à la CISR

Du côté de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR), environ 25 % des employés travaillent toujours dans les bureaux de trois édifices à Montréal, que le Syndicat de l’emploi et de l’immigration du Canada (SEIC) juge trop petits. Même si les audiences seront entièrement virtuelles à partir du 18 janvier, sauf pour des cas exceptionnels, du personnel administratif doit être présent en personne pour préparer de la documentation liée aux demandes d’asile et pour envoyer des décisions par la poste. Au moins 12 % des employés devront donc continuer d’aller au bureau, selon la CISR, qui juge qu’ils effectuent un travail essentiel impossible à faire de la maison.

« Plusieurs aspects de notre travail pourraient se faire de la maison, affirme pour sa part une personne qui travaille à la CISR, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles. Et tout ce qui est en papier pourrait être numérisé pour faciliter le télétravail. De ce côté-là, ça avance à pas de tortue. »

Par ailleurs, un cas de COVID-19 a été détecté jeudi parmi les employés au Complexe Guy-Favreau, après un cas au mois de décembre. L’infection d’un autre employé a été confirmée mercredi au 715, rue Peel. En tout, il y a eu 10 cas dans les bureaux montréalais de la CISR depuis le début de la pandémie, mais il n’est pas démontré que la transmission a eu lieu au travail.

La CISR devrait en faire plus pour protéger la santé des employés administratifs, selon Fabienne Jean-François, vice-présidente nationale de la SEIC. « On aurait souhaité l’arrêt des audiences jusqu’au 8 février, dit-elle. On ne veut pas minimiser l’importance des services pour les demandeurs d’asile. Par contre, compte tenu de la pandémie, la CISR doit comprendre que plusieurs membres n’ont pas l’impression qu’on met leur sécurité en avant. Il y avait déjà des retards dans plusieurs de ces dossiers depuis plusieurs années, alors on ne pense pas que retarder d’encore deux ou trois semaines la reprise des activités serait catastrophique. »

Mme Jean-François ajoute que l’employeur aurait refusé d’accorder du stationnement gratuit ou des billets de taxi aux travailleurs qui souhaitent éviter le transport en commun.

« La CISR, comme d’autres tribunaux administratifs, a maintenu l’accès à la justice, dans la mesure du possible, tout en continuant d’appliquer des mesures rigoureuses en matière de santé et de sécurité pour protéger le personnel de la CISR ainsi que les personnes comparaissant devant la Commission », a notamment répondu par courriel l’organisme gouvernemental.

L’AFPC demande pour sa part au Conseil du trésor d’indiquer clairement à tous les chefs de département que personne ne devrait se rendre sur les lieux de travail à moins que ce soit absolument essentiel. « Sinon, que les ministères sévissent contre les gestionnaires qui ne respectent pas les directives », suggère Yvon Barrière.

De son côté, le cabinet de la présidente du Conseil du trésor du Québec affirme que le gouvernement provincial ne peut agir dans ce dossier, puisque les employés relèvent du gouvernement fédéral.

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