Element AI a demandé beaucoup de temps à la Caisse de dépôt

Charles Émond, le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Charles Émond, le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec

Element AI, considérée comme l’un des symboles de l’intelligence artificielle au Québec et qui sera rachetée par la société californienne ServiceNow, s’est retrouvée au cœur des préoccupations quotidiennes de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) au cours des deux dernières années, selon son président et chef de la direction, Charles Émond.

Dans le cadre d’un événement virtuel organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain mardi, où il a notamment abordé des thèmes comme le contexte économique mondial, la transformation du Québec inc. ainsi que les orientations du bas de laine des Québécois, M. Émond est également revenu sur la transaction annoncée la veille et qui a reçu un accueil plutôt négatif au Québec.

« Est-ce que c’est exactement le scénario qu’on aurait voulu ? Pas exactement, c’est certain, a-t-il dit. C’est une entreprise dans laquelle on a investi lorsque la situation était très difficile financièrement. En fait, ce n’était pas un modèle d’affaires qui était rentable. »

Element AI, cofondée en 2016 par le chercheur de renom Yoshua Bengio et qui a déjà compté environ un demi-millier d’employés, éprouvait de sérieuses difficultés financières et faisait face à des défis au chapitre de la commercialisation. Ses revenus n’auraient été que de 10 millions $US en 2018, selon le Globe and Mail. La société montréalaise propose notamment des solutions d’intelligence artificielle s’inspirant de l’apprentissage profond pour des secteurs comme la cybersécurité, l’assurance, la finance ainsi que la logistique.

M. Émond a indiqué que la CDPQ détenait une participation d’environ 10 % dans Element AI après avoir participé l’an dernier à un cycle de financement de plus de 200 millions $US où l’on retrouvait également le gouvernement québécois. En date du 31 décembre, le placement de la Caisse dans Element AI était évalué dans une fourchette oscillant entre 30 millions et 50 millions. Cela ne permettait pas à la Caisse de bloquer une transaction, mais elle pouvait s’impliquer auprès de la société.

« Je mettrais probablement Element AI dans les dossiers qui ont le plus occupé les équipes dans les deux dernières années, a lancé le patron de la CDPQ. C’était quotidien. Notre équipe capital de risque les a accompagnés, aidés dans leur financement. Ils ont ouvert des portes pour eux auprès de certains clients au Québec. Je me suis même investi personnellement. »

M. Émond a ajouté qu’il n’y a pas « 100 % des histoires » qui se terminent comme on le souhaite et que, dans le cas d’Element AI, il n’y avait pas vraiment d’autres options que de trouver un « partenaire stratégique » afin de conserver une « certaine pérennité » et de garder des emplois.

Établie à Santa Clara, ServiceNow, qui développe des logiciels en plus d’œuvrer dans l’infonuagique, retiendra pour le moment les services de l’actuel président-directeur général d’Element AI, Jean-François Gagné, qui figure aussi parmi les fondateurs. M. Bengio devrait travailler comme conseiller technique pour le géant californien, qui a généré l’an dernier des revenus d’environ 3,5 milliards $US et dont la valeur boursière est supérieure à 100 milliards.

D’après le quotidien torontois, ServiceNow aurait déjà prévenu des employés d’Element AI qu’ils allaient perdre leur gagne-pain. Dans un courriel envoyé lundi après-midi à La Presse canadienne, la multinationale s’est limitée à dire qu’elle s’engageait à « assurer une transition en douceur pour les employés non retenus ».

La Caisse bien positionnée

Même si le gestionnaire de régimes de retraite n’a pas échappé aux turbulences provoquées par la pandémie de COVID-19, il n’y a « jamais eu l’ombre d’un problème au chapitre des liquidités » pour répondre aux besoins des déposants tout en continuant de jouer son rôle, a assuré M. Émond. La CDPQ aurait pu subir une crise de l’ampleur de celle de 2008 (la dernière crise financière) sans être affectée sur le plan des liquidités, a-t-il dit, en vantant les stratégies de gestion des risques déployées au cours de la dernière décennie. « Ses bases sont extrêmement solides. »

Au premier semestre terminé le 30 juin, la CDPQ avait affiché un rendement négatif de 2,3 %, avec un actif net qui avait reculé à 333 milliards.

La crise sanitaire a eu des répercussions plus prononcées en ce qui concerne des actifs réels, comme les infrastructures du secteur des transports, a expliqué son grand patron, ainsi que du côté des centres commerciaux dans le secteur immobilier. « On ne peut pas retourner un portefeuille de 60 milliards de dollars en immobilier en une fin de semaine de trois jours, a affirmé M. Émond, à propos des centres commerciaux. Nos déposants ne veulent pas qu’on fasse une vente de feu. »

Le REM dans la cible

En ce qui a trait au Réseau express métropolitain (REM), piloté par CDPQ Infra, le rendement devrait être au rendez-vous pour l’institution, a estimé son grand patron. La facture actuellement estimée à 6,3 milliards grimpera d’au moins 80 millions en raison d’éléments liés à la pandémie de COVID-19 ainsi qu’à de mauvaises surprises survenues dans le cadre des travaux effectués dans le tunnel Mont-Royal. Il y aura également des retards variant entre trois et six mois.

« Je suis content en ce sens que le rendement prévu de ce projet demeure dans la fourchette que l’on prévoyait », a dit M. Émond, en affirmant que des événements « totalement imprévus » étaient survenus. La Caisse vise un rendement annualisé oscillant aux alentours de 8 % pour son réseau électrique de 67 kilomètres qui doit comprendre 26 stations.

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