Miser sur les serres pour manger québécois

Le nouveau Programme de soutien au développement des entreprises serricoles pourra couvrir jusqu’à 50% des frais d’agrandissement et d’amélioration de serres, jusqu’à concurrence de 600 000$ par demandeur.
Photo: Sebastien St-Jean Agence France-Presse Le nouveau Programme de soutien au développement des entreprises serricoles pourra couvrir jusqu’à 50% des frais d’agrandissement et d’amélioration de serres, jusqu’à concurrence de 600 000$ par demandeur.

Les producteurs de fruits et légumes se bousculeront au portillon pour bénéficier de nouveaux programmes annoncés vendredi par le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, selon les Producteurs en serre du Québec. Leur objectif : mettre davantage d’aliments d’ici dans l’assiette des Québécois, été comme hiver.

La Stratégie de croissance des serresau Québec 2020-2025 prévoit 91 millions en aide financière aux agriculteurs.Le gouvernement souhaite doubler la production de fruits et légumes en serre d’ici cinq ans afin d’augmenter l’autonomie alimentaire de la province.

« On espère que ça sera suffisant », a réagi d’emblée André Mousseau, président des Producteurs en serre du Québec, qui représente près de 500 entreprises serricoles de fruits et légumes, soit la grande majorité d’entre elles. « De notre côté, on avait évalué que ça prendrait pas loin d’un milliard de dollars pour doubler la production », a-t-il poursuivi.

Le producteur de tomates, laitues et concombres Luc Verrier, à Drummondville, est l’un de ceux qui souhaitent vivement moderniser leurs installations. « Mes serres les plus récentes ont 20 ans », a souligné celui qui exploite 2700 mètres carrés de terrain. Une modernisation permettrait d’augmenter l’intérêt de sa fille, ingénieure agricole, à prendre la relève, croit-il.

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C’est, en millions, l’enveloppe d’aide financière aux agriculteurs que prévoit la Stratégie de croissance des serres au Québec 2020-2025.

M. Verrier voudrait notamment augmenter la hauteur de ses serres et installer des chariots électriques. Son projet coûterait entre 150 000 $ et 200 000 $. Il serait donc théoriquement admissible au nouveau Programme de soutien au développement des entreprises serricoles, qui pourra couvrir jusqu’à 50 % des frais d’agrandissement et d’amélioration de serres, jusqu’à concurrence de 600 000 $ par demandeur.

L’agriculteur s’intéresse aussi au Programme d’extension du réseau triphasé, une forme de distribution électrique permettant de faire fonctionner certains équipements technologiques qu’il aimerait bien se procurer. Le gouvernement a prévu une enveloppe de 21 millions à cet effet.

Pour les petits et les grands

Les plus grands producteurs pourront obtenir jusqu’à 40 % de remboursement de leurs factures d’électricité s’ils investissent au moins 3 millions pour distribuer davantage leurs produits dans les grandes chaînes d’alimentation du Québec.

Un autre programme, qui cible les plus petits projets, comprend le financement de tunnels non chauffés, dont le but est de prolonger la saison agricole au printemps et à l’automne. « Comme pays nordique, si on veut produire plus longtemps dans l’année, pour assurer une viabilité intéressante pour les producteurs, je pense qu’il fallait [annoncer de tels programmes] », a commenté Éric Duchemin, directeur scientifique du Laboratoire sur l’agriculture urbaine.

M. Duchemin souligne que l’Ontario a des programmes en place depuis plusieurs années, ce qui lui a permis de faire pousser des fruits et légumes en serre sur plus de 1000 hectares, alors que le Québec n’en exploite actuellement que 123.

« Il y a de petits producteurs de proximité qui vont vraiment profiter de ça, pour les paniers fermiers notamment. L’enjeu de ces paniers, c’est qu’ils sont souvent moins intéressants l’hiver. Avec une production diversifiée, avec des aubergines, des tomates, des poivrons et autres, ça va augmenter l’offre pour les citoyens », a indiqué M. Duchemin.

« On pourrait développer plein de nouvelles sortes de cultures, des légumes qu’il n’y a pas présentement en serre, comme des légumes chinois ou du brocoli », a affirmé M. Mousseau.

Les tarifs d’électricité

Mais pour plusieurs agriculteurs, le vrai nerf de la guerre, c’est le coût de l’électricité. Si les tarifs étaient plus bas, Luc Verrier affirme qu’il ferait pousser ses concombres l’hiver, avec de l’éclairage artificiel. Bon nombre de producteurs disent aussi qu’ils délaisseraient le chauffage au gaz.

À ce sujet, une décision de la Régie de l’énergie se fait toujours attendre. Elle s’est penchée début novembre sur une demande d’Hydro-Québec de mettre en place des tarifs réduits pour tous les producteurs en serre.

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