Desjardins pense offrir une identité numérique aux Québécois

L’équivalent d’un «portefeuille numérique» permettrait d’identifier et de certifier qu’une personne est bien la bonne. Le but: éviter les vols d’identité et protéger les informations personnelles.
Photo: Getty Images L’équivalent d’un «portefeuille numérique» permettrait d’identifier et de certifier qu’une personne est bien la bonne. Le but: éviter les vols d’identité et protéger les informations personnelles.

Le Mouvement Desjardins envisage de développer une plateforme d’identification numérique qui pourrait être partagée avec des entreprises et des particuliers. L’institution financière espère ainsi se positionner dans le projet d’identité numérique dans lequel le gouvernement du Québec a investi 41,8 millions de dollars.

« Nous sommes en réflexion quant au développement d’un écosystème d’identification et d’authentification [numérique] auquel pourraient effectivement participer d’autres entreprises », confirme au Devoir la porte-parole du Mouvement Desjardins, Chantal Corbeil. Elle précise qu’il est « trop tôt pour accorder une entrevue à ce sujet ».

Si Desjardins allait de l’avant avec un tel système d’identification, celle-ci « serait égalitaire, c’est-à-dire que tout le monde pourrait y participer », note-t-elle. Un poste a été créé pour piloter le projet à la fin de 2019.

Le gouvernement québécois a annoncé, ce printemps, l’investissement de 41,8 millions de dollars pour créer une identité numérique pour chaque Québécois. Celle-ci serait l’équivalent d’un « portefeuille numérique » qui permettrait d’identifier et de certifier qu’une personne est bien la bonne. Le but : éviter les vols d’identité et protéger les informations personnelles.

Un vaste chantier s’il en est un, indique Pierre Roberge, président du Laboratoire sur l’identité numérique du Canada. L’organisme travaille à l’accélération de l’adoption d’une telle technologie. « C’est l’équivalent de numériser la citoyenneté d’une personne sur un support numérique », résume-t-il.

Lucratif marché

Au Québec, quatre organismes gouvernementaux collaborent à la conception d’une telle identité : l’Agence du revenu du Québec, le ministère du Travail, la Régie de l’assurance maladie du Québec et Retraite Québec.

Ce « portefeuille numérique » détiendrait les informations relatives au permis de conduire, à la carte d’assurance maladie, voire au dossier de santé de chaque Québécois. Au fil des ans, pourraient s’y greffer des informations personnelles, comme les relations de parenté, les diplômes obtenus ou des données liées à sa situation financière : hypothèque, cote de crédit, informations sur les transactions. Plusieurs entreprises s’intéressent au lucratif marché en devenir de l’identité numérique. Le Devoir a recensé sept entreprises qui se sont inscrites au registre des lobbyistes dans les derniers mois pour faire valoir leurs technologies : Accenture, Hypertec, Interac, Kelvin Zéro, Mantle Technology, Notarius et Thales.

C’est l’équivalent de numériser la citoyenneté d’une personne sur un support numérique

 

L’intérêt pour ce marché naissant ne surprend pas Patrick Drolet, vice-président de Notarius. L’entreprise montréalaise a développé une signature électronique déjà utilisée par une cinquantaine d’ordres professionnels. « Avec l’identité numérique, c’est un rouleau compresseur qui s’en vient sur le plan des technologies et celui de l’identification », estime-t-il.

Son de cloche similaire de la part de Pascal Leblanc, p.-d.g. fondateur de Mantle Technology, qui perçoit l’initiative québécoise comme un tremplin pour d’autres marchés : « Non seulement il s’agit de potentiels contrats, mais ça nous permettrait aussi de faire la démonstration de l’efficacité de notre technologie. »

Créée en 2017, la start-up a développé une technologie cryptographique pour protéger les données personnelles qui s’appuie sur la chaîne de blocs (blockchain) et le transinfonuagique (cross-cloud).

Un fort potentiel

Propulsé par la hausse des fraudes d’identité et le développement technologique, le marché des solutions d’identité numérique a le vent dans les voiles.

Dans un récent rapport, Reportlinker l’évaluait à 13,7 milliards de dollars américains en 2019. La firme estimait que le marché mondial devrait croître à un rythme annuel de 17,3 % au cours des cinq prochaines années, pour atteindre à 30,5 milliards en 2024.

Les avantages sont nombreux, avance François Bédard, conseiller en innovations et en stratégies au Conseil d’identification et d’authentification numériques du Canada (CCIAN) : « Une identité numérique permettrait de réduire les coûts qui découlent des fraudes, mais également, l’accès aux services deviendrait plus efficace. »

Aussi, d’autres provinces sont à pied d’œuvre pour développer une identité numérique. La Colombie-Britannique et l’Alberta ont déjà mis au point des systèmes qui permettent aux citoyens de prouver leur identité en ligne pour accéder à des services. Les deux provinces ont relié leur programme avec le gouvernement fédéral pour permettre l’accès aux services fédéraux. L’Ontario veut également créer sa propre identité numérique.

François Bédard souligne qu’avec le déploiement à grande échelle de la 5G et le développement de villes intelligentes, le « portefeuille numérique » deviendra une pierre angulaire de la gestion des données personnelles. Le CCIAN travaille actuellement à établir des standards communs à l’échelle nationale.

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