Les transporteurs aériens demanderont-ils une preuve de vaccination?

Selon l’Agence France-Presse, d’autres groupes, notamment Korean Air et Japan Airlines, croient qu’il est trop tôt pour brosser le portrait des exigences après le déploiement d’un vaccin.
Photo: Jeff Chiu Associated Press Selon l’Agence France-Presse, d’autres groupes, notamment Korean Air et Japan Airlines, croient qu’il est trop tôt pour brosser le portrait des exigences après le déploiement d’un vaccin.

Faudra-t-il s’attendre à ce que des compagnies aériennes internationales exigent que les passagers fournissent une preuve de vaccination contre la COVID-19 avant de prendre place à bord des appareils ? Ce scénario est bien probable, estime le chef de la direction du groupe australien Qantas, dont les propos ont été accueillis avec prudence mardi par des transporteurs canadiens. Une telle mesure serait souhaitable, a toutefois avancé un expert en défense des droits des voyageurs.

En entrevue à la télévision australienne, Alan Joyce a affirmé lundi soir (heure locale) que le transporteur songe à modifier les conditions d’utilisation pour établir une telle règle auprès des voyageurs internationaux et qu’il y a même là un sujet de discussion parmi d’autres sociétés aériennes ailleurs dans le monde.

« Pour les vols intérieurs, il faudra voir ce qui se passe pour la COVID-19, mais pour les voyageurs internationaux arrivant en Australie et pour les gens qui quittent le pays, nous pensons que c’est une nécessité », a dit M. Joyce. Gouvernements et transporteurs se penchent présentement sur l’idée d’un carnet électronique, selon lui.

Les déclarations du patron de Qantas surviennent au moment où différents groupes pharmaceutiques commencent à fournir des mises à jour au sujet de l’efficacité du vaccin sur lequel ils travaillent, l’autre question consistant à déterminer le moment du déploiement potentiel et les conditions requises pour en assurer une distribution sécuritaire.

Air Canada s’est dite ravie « de constater que divers vaccins sont sur le point de recevoir une homologation, car cela va fournir aux clients et aux employés des options supplémentaires pour voyager avec plus de tranquillité d’esprit et de sécurité ». Sa porte-parole, Pascale Déry, a cependant indiqué qu’il est « prématuré de spéculer sur la façon dont ces vaccins seront utilisés étant donné qu’il reviendra en grande partie aux gouvernements de décider des exigences et des protocoles de vaccination ».

Question de droits

« J’appuierais une telle mesure lorsqu’un vaccin sera disponible », a dit en entrevue Gábor Lukács, président du groupe Droits des voyageurs, une organisation sans but lucratif qu’il a fondée il y a une douzaine d’années. Rien n’empêche les transporteurs d’exiger une telle preuve, selon lui. « Je représente les droits des voyageurs. Il y a ici deux droits. Le droit individuel, par exemple une personne qui ne veut pas se faire vacciner. Mais ensuite il y a le droit du public voyageur de ne pas être exposé à une infection. Dans le cas présent, très clairement, le droit du public à un transport sécuritaire l’emporte sur le droit individuel. »

« Je ne suis pas en train d’aborder la question de savoir si les gens devraient ou pas se faire vacciner de manière générale, a précisé M. Lukács.  Je parle ici de l’enjeu précis des passagers qui prennent place à bord d’un avion. Les gens qui ont une maladie infectieuse peuvent se voir refuser l’accès, dans des cas extrêmes. » L’avion est un espace privé et « son transporteur, comme propriétaire, a le droit d’établir des limites raisonnables pour s’assurer que ceux qui y prennent place ne présentent pas un risque pour la santé d’autrui ».

Au moment où ces lignes étaient écrites, il était impossible d’obtenir les commentaires de l’Office des transports du Canada.

« Il y a beaucoup d’inconnu concernant le déploiement du vaccin pour la COVID-19 au Canada et il est prématuré de spéculer au sujet de son impact sur l’industrie », a indiqué de son côté WestJet. La compagnie « attend avec impatience les prochaines mises à jour et nous travaillons avec les autorités réglementaires et sanitaires pour comprendre la disponibilité d’un vaccin » pour la population.

Selon l’Agence France-Presse, d’autres groupes, notamment Korean Air et Japan Airlines, croient qu’il est trop tôt pour brosser le portrait des exigences après le déploiement d’un vaccin.

De son côté, l’Association du transport aérien international (IATA) a affirmé mardi qu’elle chemine dans la dernière phase du développement d’un « laissez-passer sanitaire numérique », ce qui permettrait, selon elle, de rouvrir les frontières sans recourir aux mesures de quarantaine tant dénoncées par les transporteurs.

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