Appuyer une cause, une question d’âge

André Lavoie Collaboration spéciale
Chaque génération pose des défis en matière de philanthropie, charriant avec elle ses valeurs, ses comportements.
Photo: Getty Images Chaque génération pose des défis en matière de philanthropie, charriant avec elle ses valeurs, ses comportements.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

N'est-ce pas toutefois trop commode de catégoriser les générations, et ainsi multiplier les généralisations ? Pas pour Daniel H. Lanteigne, consultant à la firme BNP Performance Philanthropique. C’est même essentiel. « En philanthropie, il faut segmenter et avoir des approches très différentes. Je ne solliciterai pas une personne âgée avec un texto, ni un jeune avec une lettre incluant une brochure et une enveloppe-réponse : ça ne fonctionnera pas. Surtout si l’enveloppe n’est pas déjà affranchie », dit en riant celui qui a dirigé la Fondation REA, une fondation hospitalière en réadaptation.

Chaque génération pose des défis en matière de philanthropie, charriant avec elle ses valeurs, ses comportements, surtout face aux nouvelles technologies. « Les gens de la génération Y [ou millénariaux, nés entre 1984 et 1999] et Z [dite silencieuse, nés entre 1999 et 2010] ont tous un téléphone, mais je les soupçonne de rêver de ne pas avoir de ligne téléphonique ! », affirme M. Lanteigne pour souligner avec humour à quel pointils sont dépendants des textos. Ce qui, forcément, change la manière de les solliciter, de les émouvoir et de les convaincre d’appuyer une cause, surtout sur une longue période. Ils carburent surtout à l’émotion et à la proximité, plus sensibles aux campagnes de sociofinancement sur les réseaux sociaux pour soutenir « un voisin qui est passé au feu ou une personne cancéreuse de leur entourage », constate ce spécialiste de la philanthropie.

Une génération en porte-à-faux

On a souvent dit de la génération X qu’elle avait grandi dans l’ombre, écrasante, des baby-boomers, arrivée sur le marché du travail en subissant les contrecoups des diverses crises économiques des années 1980 et 1990, ce qui a ralenti certains projets de vie, dont l’achat d’une maison ou la fondation d’une famille. Encore aujourd’hui, elle semble tout autant en porte-à-faux entre ses aînés et ses cadets dans son rapport aux dons.

« Contrairement aux Y et aux Z, les X répondent encore assez bien aux campagnes plus traditionnelles, comme les envois postaux », affirme celui qui est également chargé de cours au certificat en gestion philanthropique de l’Université de Montréal. Mais cette génération est à l’image de la société en général : elle se montre généreuse, mais en phase avec les embellies économiques.

« Les X, c’est une des générations qui affichent l’un des plus grands ratios d’endettement », constate Daniel H. Lanteigne. Puisque leurs enfants sont encore aux études, qu’ils continuent de payer leur hypothèque et doivent s’occuper de leurs parents âgés, dont certains ne furent pas très économes, « ils ont de gros fardeaux financiers, et le portefeuille disponible pour les dons n’est pas si grand ». Ce qui fait en sorte qu’ils sont loin de figurer aux premiers rangs dans les palmarès de la générosité philanthropique.

Et leur générosité, contrairement aux générations précédentes, n’est plus du tout teintée de culpabilité. Les donateurs sont de plus en plus nombreux à vouloir connaître l’impact de leur don, et ils croient le savoir en scrutant les rapports annuels et les états financiers des organisations, en s’intéressant particulièrement aux frais administratifs.

« C’est une tendance au Canada anglais, affirme le consultant, qui voit l’apparition de plusieurs organismes de surveillance. Même si cela a forcé les fondations à des redditions de comptes, ce qui est très bien, il ne faut cependant pas croire que les faibles dépenses soient le seul critère de performance. Parfois, avec deux ou trois employés supplémentaires, une organisation peut aller chercher de 10 à 15 fois plus de revenus, ou une plus grande visibilité pour une cause moins connue. Si certains donateurs trouvent choquants des frais administratifs de 30 %, c’est à l’organisation de l’expliquer. » Et c’est d’autant plus important, selon Daniel H. Lanteigne, que la génération X s’avérera sans doute la dernière à afficher encore une certaine loyauté envers une organisation lorsqu’il est question de dons.