Les transporteurs touristiques demandent l’aide d’Ottawa

Les 160 entreprises québécoises œuvrant dans le transport nolisé-touristique, vivent une situation inédite.
Photo: Francis Vachon Archives Le Devoir Les 160 entreprises québécoises œuvrant dans le transport nolisé-touristique, vivent une situation inédite.

En temps normal, les mois de septembre et d’octobre représentent l’apogée de la saison touristique, les passagers étant si nombreux pour divers types de voyages qu’il manque littéralement d’autocars au Québec. Or l’absence de touristes internationaux férus de croisières et la mise en arrêt du sport universitaire, pour ne citer que ces deux facteurs, ont poussé les spécialistes du transport nolisé dans les câbles, si bien qu’ils ont demandé au gouvernement fédéral une aide d’urgence de 16 millions pour survivre jusqu’au printemps.

« Avec un arrêt prolongé comme ça, actuellement, il n’y a aucune rentrée de fonds. Dans notre chiffre d’affaires, cette période de l’année, d’avril à la fin octobre, ça représente pratiquement 90 % de notre année complète », a indiqué en entrevue dimanche Stéphane Lefebvre, président du conseil de la Fédération des transporteurs par autobus et président du Groupe Autocar Jeannois.

Les 160 entreprises québécoises œuvrant dans le transport nolisé-touristique, où l’on trouve des noms comme le Groupe Hélie (Bécancour), Autobus Galland (Laval) et Bell Horizon (Trois-Rivières), vivent une situation inédite. Bien que leur secteur d’activité ait vu les passagers s’évaporer, il faut quand même assumer les coûts liés à l’entretien minimal des véhicules, ce qui peut atteindre 3000 ou 4000 $ par mois, de même que les dépenses d’immobilisation et le maintien d’un certain bassin d’employés.

4000
C’est le nombre d’emplois au Québec que représente le transport nolisé-touristique en temps normal. En raison de la crise, 80 % d’entre eux ont été mis à pied temporairement.

« Le besoin est pressant », a dit M. Lefebvre. « Ça fait déjà plus de six mois qu’on est en arrêt. On a réussi à passer au travers, on croyait à une reprise graduelle en été ou en automne, mais là, on voit qu’il n’y a rien. L’hiver s’en vient, on veut redémarrer au printemps et on doit se rendre jusque-là. Nos frais sont exorbitants et continuent quand même. »

Pertes colossales

De manière générale, le transport nolisé-touristique représente 4000 emplois au Québec, qui compte une flotte globale se situant entre 500 et 600 autocars. En raison de la crise, 80 % de l’effectif a été mis à pied temporairement, une situation découlant de pertes estimées entre 200 et 240 millions de dollars.

Si la demande d’aide a été adressée au gouvernement fédéral, c’est en raison de la nature interprovinciale du transport nolisé. Or des démarches seront également faites auprès du gouvernement Legault, en raison des coûts engendrés par les investissements liés aux mesures de protection pour les passagers.

Au cabinet du ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, on affirme que le gouvernement « est en communication » avec des entreprises touchées. « Notre gouvernement reconnaît que le transport interurbain par autocar a été lourdement touché par la pandémie, et reconnaît également le service important que ces compagnies offrent aux Canadiens à travers le pays », a indiqué une attachée de presse. « Nous continuerons nos discussions avec nos contreparties provinciales afin de trouver des solutions. »

Le discours du Trône a d’ailleurs mentionné cette semaine qu’Ottawa compte présenter « d’autres mesures d’aide pour les industries les plus durement touchées, notamment l’industrie du voyage et du tourisme », ce qui a donné une lueur d’espoir aux entreprises.

« Notre secteur en influence beaucoup d’autres », a dit M. Lefebvre. « Notre service dessert les touristes étrangers et québécois, les équipes sportives, les équipes professionnelles, les gens qui font des voyages d’agrément d’une région à l’autre. Ça stimule l’économie dans chacune des régions, dans l’hôtellerie, par exemple, la restauration, les croisières, etc. […] Si on perd des joueurs dans chacune des régions du Québec, lorsqu’il y aura une reprise, on ne sera pas au rendez-vous, et tout ce qui gravite autour de ça non plus. »

Les compagnies de transport nolisé-touristique sont parfois responsables du transport scolaire, a fait remarquer en entrevue Marilyn Désy, directrice générale de l’association des Agences réceptives et forfaitistes du Québec. « Lors de moments plus difficiles, souvent, les compagnies s’en sortaient parce qu’il y avait le scolaire pour compenser. Mais en ce moment… S’il y a zéro aide, c’est un pan de l’économie qui va tomber. Les frais fixes sont trop gros pour ces transporteurs-là s’ils ne roulent pas. »

Même s’il y a des façons de composer de plus petits groupes, « la problématique, c’est qu’en voyage de groupe, c’est le nombre qui fait que c’est intéressant, car le prix d’appel peut être plus bas », a dit Mme Désy. Après la mise en place d’un plan sanitaire sectoriel en août, des voyages ont été organisés « et il y avait de la demande », a-t-elle dit. « Et les gens aimaient voyager avec moins de personnes à bord. Mais sans aide, ça va être une catastrophe, car les croisières internationales qui vont arriver l’an prochain auront besoin d’autocars. »

 

Fin de la Prestation canadienne d’urgence

Dimanche marquait la fin de la Prestation canadienne d’urgence (PCU), mise sur pied pour aider les Canadiens privés de revenus pendant la pandémie de COVID-19. Le gouvernement fédéral s’attend à ce que trois des quatre millions de prestataires de la PCU passent à l’assurance-emploi, qui a été assouplie. Trois autres programmes s’adressant aux travailleurs n’ayant pas accès à l’assurance emploi ont été annoncés jusqu’à maintenant par le premier ministre Justin Trudeau : la Prestation canadienne de la relance économique, la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique et la Prestation canadienne de la relance économique pour proches aidants. Ces trois programmes doivent être approuvés par le Parlement.

La Presse canadienne


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